Ainsi, en plus de 15 stations, correspondant à une capacité de production de 192 millions de mètres cubes par an, 16 nouvelles usines de dessalement devraient voir le jour d’ici à 2030 au Maroc, dont celle du Grand Casablanca. La première pierre en a été posée par le prince héritier Moulay Hassan, le 10 juin 2024. Une fois construite et mise en exploitation, elle sera la plus importante d’Afrique. Une première tranche, prévue pour être opérationnelle fin 2026, fournira 548 000 m³ d’eau traitée par jour. La seconde phase, prévue pour la mi-2028, devrait porter cette capacité à 822 000 m³/j.
À l’occasion de la visite récente du président français Emmanuel Macron, le Royaume du Maroc a également signé avec le groupe Veolia un protocole d’accord pour un partenariat stratégique visant à développer un second projet de dessalement d’eau de mer. Situé à proximité de Rabat, sur la côte Atlantique, le projet comprend la construction, le financement et l’exploitation, sur une durée de 35 ans, d’une usine de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 822 000 m3 d’eau potable. Elle est destinée à approvisionner les régions de Rabat-Salé-Kénitra et de Fès-Meknès pour couvrir les besoins en eau de près de 9,3 millions d’habitants.
Le grand voisin du Maroc, l’Algérie, s’est également lancé massivement dans des programmes de dessalement. Sous le président Bouteflika, le pays a connu une décennie d’investissements hydrauliques (2002-2012) à nul autre pareils, si ce n’est, sur la même période, ce que la Chine a su consentir pour anticiper et répondre à ses besoins en eau. L’objectif poursuivi visait alors à répondre à ses enjeux sécuritaires en matière d’alimentation en eau, notamment en raison du stress hydrique désormais diffus et permanent rencontré, en raison entre autres de la surexploitation des ressources en eau souterraines d’Algérie. Depuis mars 2023, placé sous la tutelle d’une Agence nationale de dessalement de l’eau (ANDE), ayant pour mission de réaliser, d’exploiter et d’assurer la maintenance des stations de dessalement de l’eau et des infrastructures et équipements y afférents, l’essor du dessalement permet au pays de disposer de 25 stations opérationnelles le long de ses côtes, avec une capacité totale de 2,6 millions de m³/jour, fournissant environ 18 % de l’eau consommée et desservant 6 millions de personnes. Cinq nouvelles stations d’une capacité de 300 000 m³/jour chacune sont les dernières nées de ce programme national. Elles sont appelées à porter la capacité de production de l’Algérie à 3,8 millions de m³/jour d’ici la fin de l’année 2030.
Dans l’espace méditerranéen, ce sont également plus spécifiquement les iles, menacées par le manque de ressource hydrique et confrontées à une forte croissance de la demande domestique et touristique, qui sont concernées par la croissance du dessalement. Aux premiers rangs de celles-ci se trouvent Malte et Chypre : Malte en dépend désormais à 100 % pour son alimentation en eau ; ce chiffre est de 70 % pour Chypre.
La rive nord de la Méditerranée n’est pas en reste. En effet, en l’espace de vingt ans, l’Espagne est devenue le premier pays d’Europe et le cinquième au monde en termes de capacités installées, avec près de 70 stations de dessalement marines, sur les plus de 700 que compte le pays. Ce sont cinq millions de mètres cubes d’eau douce qui y sont désormais produits chaque jour à partir d’eau de mer. La plus emblématique de ces usines est celle qui alimente en eau Barcelone. D’une capacité de 200 000 m³/j, ce qui en fait la plus importante à l’échelle européenne, elle s’affirme comme une artère vitale pour l’alimentation en eau des 4,5 millions d’habitants que compte le Grand Barcelone.
Cette dynamique ainsi constatée sur les deux rives de la Méditerranée explique pourquoi il est estimé que, d’ici 2030, entre 30 à 40 millions de m³ seront dessalés chaque jour dans la seule zone méditerranéenne (2). Ces chiffres sont à comparer avec la production journalière mondiale actuelle de 115 millions de m³, réalisée au travers de 20 000 usines, principalement localisées dans les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), organisation régionale regroupant six monarchies arabes autour de la mer d’Arabie (3).

Carte ci-dessus : Le stress hydrique se mesure en prenant le ratio entre la demande totale en eau et les ressources disponibles en eau renouvelable, surface et souterraine. La demande en eau comprend les usages domestiques, industriels, agricoles et ceux liés à l’élevage. Les ressources renouvelables disponibles prennent en compte la variabilité saisonnière et la capacité de stockage des barrages. Des valeurs élevées indiquent une plus forte concurrence entre les usagers.
Enfin, face au manque d’eau venue du ciel, une autre ressource en eau alternative connait une forte croissance pour répondre aux enjeux de sécurité hydrique en Méditerranée : la réutilisation des eaux usées.
L’État d’Israël, qui réutilise 87 % de ses eaux usées, a montré le chemin dans cette voie. La plus emblématique des réalisations israéliennes est la station de Shafdan. Les eaux usées d’environ 2 millions de personnes y sont traitées, puis réutilisées, soit 130 millions de m3/an d’effluents. L’eau traitée reste alors un an sous terre avant d’être redirigée vers le désert du Néguev. La totalité des eaux traitées de Shafdan fournit ainsi 70 % de l’eau nécessaire à l’irrigation de la région désertique du Néguev.













