Au-delà, ces stratégies doivent s’appuyer sur les progrès de systèmes d’alerte hydrométéorologiques, venant faciliter la mise en sécurité anticipée des biens et des personnes. Dans ce domaine, la capitalisation et la modélisation de données rendent possible, par exemple lors d’un orage stationnaire, une prévision pluviométrique affinée à la parcelle, aidant considérablement aux décisions d’évacuation de personnes et de mise en sécurité d’installations critiques.
Ce type de modèle est déjà utilisé au Maroc via le système Vigirisques Inondations, déployé depuis 2023 dans plusieurs zones pilotes du Royaume pour bénéficier à des centaines de milliers de personnes recensées comme exposées.
Au-delà des États, il existe également des initiatives régionales visant à développer des systèmes d’alerte multi-risques couvrant la Méditerranée, tel MedEWSa, projet coordonné par l’Organisation météorologique mondiale. Il entend mettre en place des systèmes d’alerte précoce couvrant des aléas variés dont les inondations pluviales urbaines et les submersions marines, et à renforcer l’échange de données météo-hydrologiques, ainsi que mettre en réseau des centres nationaux.
De même, les technologies d’information aux populations évoluent et permettent de générer des alertes géolocalisées et contextualisées par SMS. Celles-ci sont diffusées à l’échelle d’une rue ou d’un quartier, tel le système FR-Alert se basant sur la technologie Intersec actuellement en vigueur en France. Elles viennent s’ajouter à la puissance informationnelle acquise ces dernières années par les réseaux sociaux (Facebook, X ex-Twitter) en cas de danger. Par ce biais, en situation de crises et en cas de risques avérés de catastrophe, des influenceurs mettent dorénavant leur notoriété aux services de l’alerte aux populations, afin de diffuser le plus largement possible conseils et bonnes pratiques. Les derniers venus (Instagram, Tik Tok) sont de ce point de vue plus utilisés pour diffuser des messages pédagogiques ou des alertes simples (pictogrammes, cartes de vigilance…).
Tous ces moyens viennent s’ajouter aux capacités traditionnelles des communes urbaines en matière de diffusion d’informations d’urgence, via notamment des panneaux à messages variables, aussi utilisés au sein des réseaux de transport et sur les axes routiers. Mais les plans, ainsi que les moyens de prévision et d’alerte, sont une chose, leur utilisation en est une autre. Sur la rive nord comme sur la rive sud de la Méditerranée, il faut donc être en mesure de tester les systèmes et les organisations prévus pour être déployés le jour J en cas d’alerte, d’incident, voire de crise. Ceux-ci doivent être éprouvés lors d’exercices destinés à mettre sous tension les équipes d’exploitation, à travers leurs dispositifs de déclenchement d’alerte et d’organisation de crise, reprenant en cela le vieil adage militaire : « à entrainement difficile, guerre facile ».
À la faveur des enseignements qui auront pu être tirés de ces exercices et d’autres mises en condition opérationnelle, des plans de progrès en matière de gestion de crise doivent ensuite pouvoir être réalisés, afin de mettre en perspectives des actions correctives à entreprendre dans des domaines techniques, technologiques, méthodologiques, organisationnels et humains.
En zone Méditerranée, la résilience des territoires face aux évènements climatiques extrêmes, occasionnant un manque d’eau — ou à l’inverse un trop d’eau — passe ainsi par ce nécessaire besoin de se réinventer et d’oser collectivement la mise en place de mesures concrètes et pertinentes visant à renforcer en premier lieu la robustesse des opérateurs de réseaux essentiels à la vie des populations.
Notes
(1) « Drought Hotspots Around the World 2023 – 2025 », US National Drought Mitigation Center en collaboration avec le United Nations Convention to Combat Desertification, UNCCD Publication, 2025.
(2) DesalData, 2021. Global Water Intelligence, Desalination Plants.
(3) À eux seuls, les pays du CCG représentent 60 % des capacités de dessalement installées dans le monde, et assurent 40 % de la production mondiale d’eau dessalée.
(4) Cité en page 4 de Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Élise Cassignol, « Géopolitique du dessalement d’eau de mer », note de l’IFRI, septembre 2022.
Légende de la photo en première page : Vue aérienne d’une installation de dessalement d’eau à Hadera, en Israël, en décembre 2022. Le gouvernement a mis en place un programme de dessalement de l’eau de mer depuis les sécheresses des années 2000, jusqu’à assurer 75 % de ses besoins. Le pays projette de multiplier par deux sa capacité de production d’eau dessalée d’ici 2050. (© Shutterstock)













