Par rapport à 2022, des dynamiques sociales et économiques ont-elles influencé cette évolution électorale ?
L’évolution électorale récente en Amérique latine s’inscrit dans un contexte social et économique complexe, marqué par une croissance économique limitée et des problèmes structurels persistants, notamment en matière de redistribution des richesses. Un indicateur clé à cet égard est le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités au sein des sociétés. L’Amérique latine est malheureusement la région la plus inégale de la planète. Néanmoins, un pays a vu ce coefficient diminuer ces dernières années : le Brésil ; ce qui constitue un signe positif dans une région souvent confrontée à des perspectives économiques moroses.
Cette diminution relative des inégalités traduit des changements structurels importants. Parmi ceux-ci figure une réforme fiscale majeure, avec l’instauration d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) unifiée à l’échelle nationale. Cette harmonisation fiscale rompt avec un système antérieur fragmenté, où chaque État appliquait ses propres règles, entrainant une forme de concurrence fiscale interne. En unifiant et en rendant plus transparentes les modalités d’imposition, cette réforme contribue à renforcer la prévisibilité et la stabilité de l’économie brésilienne.
Par ailleurs, des ajustements fiscaux ont été opérés sur l’impôt sur les sociétés et les particuliers. Ces mesures ont consisté à alléger, voire exonérer, la charge fiscale pesant sur les ménages les plus modestes, tout en introduisant de nouveaux mécanismes pour taxer davantage les plus hauts revenus, notamment ceux qui échappaient jusqu’alors à l’impôt via des structures annexes, comme les holdings ou des biens détenus à l’étranger. Ces réformes structurantes jalonnent le chemin vers une transformation économique plus durable.
Fait notable, ces avancées ont été adoptées malgré des forces conservatrices majoritaires au Congrès brésilien, qui se trouvent régulièrement en décalage avec les priorités du président Luiz Inácio Lula da Silva. Ce paradoxe souligne la complexité du paysage politique et institutionnel brésilien, où des progrès importants peuvent néanmoins émerger dans un contexte de tensions idéologiques.
Observe-t-on globalement une érosion de la confiance dans les institutions démocratiques ?
Les études d’opinion, telles que celles menées par V-Dem sur la qualité de la démocratie ou le Latinobarómetro, dirigé par Marta Lagos au Chili, montrent une tendance à l’érosion de la confiance des citoyens latino-américains envers leurs institutions démocratiques ainsi que leurs élites politiques et économiques. Cette dégradation varie toutefois selon les contextes nationaux. Par exemple, au Brésil, l’implication accrue des forces armées dans la gouvernance sous Jair Bolsonaro a contribué à une dégradation de leur image auprès de l’opinion publique. Ce phénomène s’inscrit dans ce que le professeur Manuel Alcántara de l’université de Salamanque qualifie de « démocraties fatiguées » en Amérique latine. Selon les termes d’Alcántara, il existe une lassitude croissante des citoyens, qui se manifeste par une crise de la représentation, comme en témoignent l’épuisement des partis politiques, la perte de confiance dans les institutions et les niveaux élevés d’insatisfaction démocratique, le tout dans un contexte de mutations socioculturelles rapides induites par la révolution numérique (2). Néanmoins, il demeure essentiel d’analyser ces évolutions en tenant compte des spécificités propres à chaque pays.
En matière d’ingérences étrangères dans les scrutins latino-américains, des exemples récents et significatifs sont-ils à relever ? Quelles menaces pèsent sur les prochaines élections dans la région et quels pays seront particulièrement sous surveillance ?
En 2025, l’ingérence étrangère dans les scrutins latino-américains s’est illustrée notamment par le soutien explicite de Donald Trump au candidat Nasry Asfura au Honduras, qui a finalement été élu. Par ailleurs, aux États-Unis, l’administration a également manifesté un appui marqué envers Javier Milei en Argentine, par exemple à travers un prêt du Trésor américain accordé au gouvernement argentin, accompagné du soutien public de Donald Trump à ce candidat. Ces exemples soulignent l’influence directe exercée par certains acteurs étrangers dans les processus électoraux de la région.













