Un autre effet secondaire de la politique de l’enfant unique est la forte préférence culturelle pour les garçons. La Chine fait face aux conséquences du déficit significatif de naissances féminines. Dans un premier temps, ce phénomène a conduit à des pratiques violentes : certaines familles faisaient disparaitre les nouvelles-nées, parfois en les plongeant dans de l’eau bouillante. Par la suite, l’avènement des échographies a facilité le recours massif à des avortements sélectifs lorsque le fœtus était une fille. Et le déficit de filles a accentué la chute de la natalité.
Une troisième cause souvent négligée concerne les « populations flottantes ». La République populaire de Chine maintient un système de passeport intérieur, le hukou, qui régule les déplacements et l’installation à l’intérieur du pays. De nombreux migrants internes, vivant illégalement dans les villes, sont des résidents irréguliers. Par conséquent, leurs éventuels enfants ne sont pas reconnus par l’État et n’ont pas accès aux services de santé ni au système éducatif. Cette situation pousse ces populations, estimées à près de 300 millions de personnes, à limiter fortement leur fécondité.
L’urbanisation rapide est un autre facteur clé à considérer. Pendant la période communiste, de 1949 jusqu’aux années 1970, le gouvernement était opposé à l’expansion urbaine. Cependant, à partir des années 1980, le Parti communiste chinois a lancé un vaste mouvement d’urbanisation. Cela a entrainé une hausse des prix de l’immobilier et deux conséquences négatives sur la natalité. D’une part, nombre de jeunes actifs vivent maintenant en ville, loin de leurs parents restés à la campagne, ce qui prive les familles d’un soutien pour la garde d’éventuels enfants. D’autre part, une norme sociale bien ancrée exige que les jeunes hommes soient propriétaires d’un logement avant de se marier, ce qui retarde l’âge du mariage et diminue ainsi les chances d’avoir une grande famille.
Quels effets concrets cette évolution démographique a-t-elle déjà sur l’économie chinoise, notamment en termes de marché du travail, de consommation et d’innovation ?
Les changements démographiques en Chine ont déjà un impact significatif sur le marché du travail, et ces effets devraient s’accentuer dans les années à venir. La population active du pays a commencé à diminuer depuis le milieu des années 2010. Étant donné que la création de richesses dans un pays est, toutes choses égales par ailleurs, liée à la taille de sa population active, cette baisse soulève des inquiétudes quant à un éventuel ralentissement de la capacité de production de richesses.
Le succès économique de la Chine a largement reposé sur un vaste réservoir de main-d’œuvre rurale à bas cout, qui était abondant. Cependant, ce réservoir de travailleurs peu couteux est en train de s’épuiser. Selon les principes de l’offre et de la demande, cette diminution devrait inévitablement entrainer une augmentation des salaires par rapport aux périodes précédentes. Le marché du travail connait donc une véritable transformation : après une phase d’expansion continue de la population active et d’une main-d’œuvre rurale nombreuse, le pays a, depuis le milieu des années 2010, entamé une ère marquée par la raréfaction de cette ressource et le déclin de la population active.
En ce qui concerne la consommation, les changements sont tout aussi profonds. La structure des marchés de consommation est étroitement liée à la pyramide des âges : les besoins des jeunes, des adultes et des personnes âgées sont très différents. Ainsi, la répartition démographique de la population chinoise influence directement l’évolution de ces marchés.
Une autre question cruciale concerne les capacités d’innovation dans une société vieillissante. Au-delà de la diminution numérique de la population active, la Chine devra également faire face à un vieillissement de cette même population, avec une augmentation du pourcentage de travailleurs âgés de 50 ans ou plus et une baisse relative de ceux de moins de 50 ans.
Pékin a mis en place des mesures pour encourager les naissances (assouplissements, aides financières, campagnes de valorisation) : pourquoi ces politiques peinent-elles à inverser la tendance ?
Ces politiques ont peu de chances de changer la donne, car la Chine a créé une situation où « l’hiver démographique » — c’est-à-dire une très faible fécondité — est presque devenu la norme. Les raisons de cette faible natalité sont déjà bien connues, mais il est particulièrement difficile de les inverser. Que ce soit à cause de la politique d’urbanisation, des choix en matière de logement, ou encore du manque de qualité de vie, ces problèmes ne se résolvent pas du jour au lendemain.













