La Chine fait face à ce que certains appellent la « dynamique du célibat », dans un pays où les naissances hors mariage ne sont pas acceptées. C’est un point crucial, surtout si l’on compare avec la France, qui a un des taux les plus élevés de naissances hors mariage au monde. En Chine, seul le mariage peut mener à la natalité.
Or la tendance actuelle montre une baisse du nombre de mariages et un âge de mariage de plus en plus tardif, ce qui n’encourage pas la fécondité. De plus, il y a un défi intergénérationnel : les jeunes qui souhaitent avoir des enfants n’ont souvent pas la chance d’avoir des grands-parents à proximité pour les aider pour la garde et l’éducation. En effet, la plupart des personnes âgées vivent encore à la campagne. Ce phénomène est particulièrement visible lors du Nouvel An chinois, quand plusieurs centaines de millions de personnes quittent les villes pour retourner dans leur région d’origine.
Observe-t-on des disparités démographiques entre villes et campagnes, et quelles conséquences ces différences peuvent-elles avoir sur la cohésion sociale et le développement régional ?
En Chine, la principale disparité démographique se manifeste surtout avec les différences ethniques. La majorité de la population appartient au groupe Han, tandis que 55 minorités ethniques regroupent environ 120 millions de personnes. Cependant, les évolutions démographiques des dernières décennies montrent une augmentation relative de l’importance de ces minorités pour deux raisons principales. D’abord, lors de l’instauration de la politique de l’enfant unique (1979-2015), ces minorités ont réussi à convaincre le gouvernement central à Pékin que cette restriction menaçait leur survie. En conséquence, elles ont obtenu le droit d’avoir deux enfants, même pendant cette période de rigueur en matière de natalité. Ensuite, il y a un instinct de survie au sein de ces communautés : la volonté de ne pas disparaitre les a poussées à maintenir un indice de fécondité relativement élevé.
Cependant, cette dynamique démographique est en tension avec la politique d’intégration nationale des autorités chinoises, qui cherchent à « siniser » certaines régions où les minorités sont majoritaires. C’est particulièrement vrai pour le Tibet (2) et le Xinjiang, où le gouvernement central encourage l’installation de populations Han pour diminuer la proportion démographique des minorités locales.
Existe-t-il un risque que cette évolution démographique affecte la stabilité politique intérieure du régime, notamment face aux attentes d’une population vieillissante et à une jeunesse en pleine mutation ?
Il est évident que la Chine, qui n’est pas une démocratie et où il est difficile de réaliser des sondages, ne permet pas de connaitre avec précision l’opinion de sa population. Cependant, certains signes montrent qu’une partie des citoyens n’est pas satisfaite du régime actuel. Deux attitudes illustrent ce mécontentement. La première concerne les Chinois qui ont réussi sur le plan économique et qui préfèrent investir massivement à l’étranger plutôt que de contribuer au développement de leur propre pays. La seconde se manifeste par une émigration persistante, malgré le contrôle strict exercé par Pékin aux frontières. Chaque année, des Chinois choisissent de quitter le pays, estimant que les conditions politiques, économiques et sociales sont meilleures en Amérique du Nord, en Europe ou dans d’autres régions jugées plus attrayantes.
Un mécontentement se mesure donc avec l’émigration et pourrait s’intensifier sous l’effet de deux dynamiques. La première est liée à la jeunesse, qui, bien que moins nombreuse, est en position de revendiquer davantage de la part des autorités. Si celles-ci ne parviennent pas à répondre à ses attentes, cette jeunesse pourrait exprimer ouvertement son insatisfaction. Un exemple frappant est la demande d’abolition du système du hukou (permis de résidence intérieure), que les jeunes Chinois soutiennent largement. D’ailleurs, le régime a annoncé à plusieurs reprises son intention de le supprimer, sans jamais passer à l’acte. Pékin y trouve un intérêt économique évident : la présence de centaines de millions de travailleurs peu rémunérés constitue une main-d’œuvre bon marché qui soutient la compétitivité des exportations chinoises. Malgré le caractère autoritaire du régime, cette jeunesse pourrait donc être amenée à se mobiliser.













