Le vendredi 13 février, un homme armé d’un couteau qui attaquait un gendarme sous l’Arc de Triomphe a été a abattu. Condamné pour s’en être pris à des policiers en Belgique en 2012, déjà avec une arme blanche (1), il avait purgé sa peine en France et avait été libéré au mois de décembre dernier. Connu donc de longue date des services de sécurité, il avait pris soin, le 13 février, de prévenir le commissariat d’Aulnay-sous-Bois de sa volonté de passer à l’acte (2).
Récidiviste, pas moins radicalisé en 2026 à la fin de sa peine qu’il ne l’était en 2012 lors de sa première attaque, ce djihadiste incarne parfaitement le défi de long terme auquel sont confrontées les autorités et qu’elles ne comprennent peut-être pas.
La lutte continue derrière les barreaux
Au plus fort de la campagne djihadiste qui a visé la France et l’Europe (3) entre 2014 et 2017, les services de police français interpellaient chaque semaine un si grand nombre de complices ou de sympathisants de l’État islamique que les prisons durent s’adapter à l’arrivée en masse de ces détenus, dangereux, prosélytes, mus par une idéologie qui appelait à la guerre contre la France et glorifiaient le martyre (4).
Le monde carcéral, intrinsèquement en première ligne contre les phénomènes criminels, ne découvrit évidemment pas l’islam radical avec le califat. Les premières incarcérations d’islamistes radicaux sunnites avaient eu lieu au début des années 1990 lors des premiers démantèlements de réseaux de soutien aux maquis algériens, et le flot de djihadistes ne s’était jamais tari, alimenté par les différentes séquences par lesquelles est passé le phénomène.
La prison constitue pour les radicaux l’illustration de la répression forcément injuste dont ils sont la cible et la démonstration de la justesse de leur cause. Pour les djihadistes, opérationnels comme idéologues, elle a toujours été considérée comme une étape presque inévitable et une occasion de mettre sa foi à l’épreuve. Elle est aussi, en France comme en Algérie ou en Irak, un théâtre d’opérations où il est possible de recruter de nouveaux adeptes, de constituer de nouveaux réseaux, de préparer des attentats, voire d’en commettre (5).
La lutte dans les établissements pénitentiaires entre les islamistes radicaux et les autorités semble se dérouler dans l’indifférence générale. Elle est pourtant essentielle, mais n’intéresse la presse qu’à l’occasion d’attentats comme celui du 13 février (6). Le public peut alors toucher du doigt la mobilisation de l’État dans les prisons, invisible et ingrate, mais surtout de longue haleine.
L’obsession de la récidive terroriste
La lutte contre le terrorisme est par essence affaire d’anticipation, et cette logique s’applique avec encore plus de force à la gestion de la population pénale condamnée. L’anticipation rejoint alors la lutte contre la récidive, déjà au cœur de la politique mise en œuvre dans les prisons par la Direction générale de l’administration pénitentiaire (DGAP). Il ne s’agit pas pour l’État de rééduquer ou de déradicaliser – l’expression est d’ailleurs proscrite –, mais de désengager d’une idéologie violente les djihadistes et les détenus soupçonnés d’adhérer aux thèses de l’islam radical.
Cette stratégie répond aux impératifs sociaux de l’administration pénitentiaire, chargée d’accompagner la réinsertion des détenus à la fin de leur passage derrière les barreaux. Appliquée à la lutte contre le terrorisme islamiste, elle contribue à la politique globale antiterroriste péniblement déployée après les années terribles que furent 2015 et 2016. Aux côtés de la mobilisation de la communauté du renseignement et des réformes de l’appareil judiciaire, la lutte contre la radicalisation, dans une optique préventive, est ainsi devenue une véritable politique publique, notamment incarnée par le Plan national de prévention de la radicalisation (PNPR) dont le nom, « Prévenir pour protéger », dit tout (7).
Déclinée au sein des prisons françaises, cette stratégie de détection et de prise en charge de la radicalisation a donné naissance à une mécanique d’une grande complexité (8). Celle-ci a pris la forme de quartiers spécialisés dans certains établissements pénitentiaires, armés par des équipes capables de composer avec des détenus dangereux, à la radicalisation extrême et ayant parfois une connaissance ancienne de la vie en détention. L’objectif, par ces tentatives de désengagement, est de contribuer à la lutte contre le djihadisme en démontrant aux détenus que leur interprétation de l’islam repose sur des erreurs théologiques (9), en les convainquant par le dialogue que la violence n’est pas un mode d’expression acceptable et en les accompagnant à leur sortie de détention vers des dispositifs de prise en charge spécialisés afin de poursuivre le travail engagé.














