La Chine est considérée comme « l’usine du monde » et aspire à devenir la première puissance mondiale d’ici 2049, cent ans après l’arrivée au pouvoir du Parti communiste. De son côté, l’Inde peut prétendre à devenir un second centre industriel mondial, notamment si des compagnies occidentales choisissent de se désinvestir en Chine pour des raisons politiques. Certaines sociétés américaines et européennes se sont déjà installées en Inde, à l’image d’Apple — notamment pour l’assemblage de ses smartphones —, ainsi que HP et Dell. Par ailleurs, l’Inde investit activement dans plusieurs pays de la zone indopacifique.
Une rivalité apparait également entre l’Inde et la Chine dans la fourniture d’aide lors des catastrophes naturelles, notamment les fréquents cyclones qui frappent la région. En effet, les deux pays revendiquent au-delà de leurs frontières leur capacité à fournir une assistance humanitaire. La montée en puissance de leurs forces armées en matière de projection et d’intervention auprès des populations sinistrées contribue à accroitre leur soft power.
La Chine n’est pas seulement active en Asie du Sud, mais également sur ses marges, notamment en Afghanistan et en Birmanie. En Afghanistan, elle s’intéresse aux ressources minières et envisage de créer des liaisons routières, voire ferroviaires, entre sa province du Xinjiang et l’Iran, dans le cadre du projet des nouvelles routes de la soie. En Birmanie, la Chine consolide un corridor économique reliant sa province du Yunnan au port de Kyaukpyu sur le golfe du Bengale. De son côté, l’Inde porte aussi un intérêt stratégique à la Birmanie, où des mouvements sécessionnistes issus de ses provinces du nord-est disposent de bases arrière. Par ailleurs, des communautés ethniques identiques vivent de part et d’autre de la frontière entre les deux pays. En Afghanistan, l’Inde veut exercer une influence pour créer une menace sur le front occidental du Pakistan. Elle pourrait investir dans la construction de barrages sur la rivière Kaboul et son principal affluent, la rivière Kunar, ce qui suscite l’inquiétude d’Islamabad, puisque la rivière Kaboul est un affluent majeur de l’Indus.
L’Inde s’efforce de contrer la Chine en océan Indien. Sa marine nationale est en plein développement : elle dispose déjà de 16 sous-marins, dont des sous-marins nucléaires d’attaque et lance-engins. Ses garde-côtes, loin d’être négligeables avec 152 navires et 78 aéronefs, assurent la sécurité rapprochée des côtes. Par ailleurs, pour faire face aux menaces terrestres venues de la Chine mais aussi du Pakistan, l’Inde a renforcé son armée de terre, qui compte plus de 3 700 chars de combat et près de 10 000 pièces d’artillerie.
Conclusion
Toutes deux membres du Sud global, l’Inde et la Chine agissent parfois de concert contre l’Occident dans les organisations internationales, notamment au sein de l’Organisation mondiale du commerce. Mais le soft power de la Chine rencontre peu de succès en Asie du Sud. C’est plutôt par son hard power qu’elle impose sa marque. Elle s’impose ainsi auprès des gouvernements en difficulté, mais suscite le mécontentement des populations locales.
Légende de la photo en première page : Des marins indiens rencontrent leurs homologues américains lors de l’exercice « Malabar 2024 ». L’objectif de cet exercice, qui existe depuis 1992 et qui rassemble depuis 2020 l’Inde, les États-Unis, le Japon et l’Australie, est de montrer leur engagement pour la sécurité maritime dans l’Indopacifique et d’accroitre l’interopérabilité entre les forces navales de ces pays qui sont par ailleurs tous membres du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (QUAD). (© US Navy)













