On peut aussi penser à la figure du dragon, animal mythique associé à la puissance et à la prospérité, omniprésent dans les événements internationaux, les cérémonies officielles et les produits dérivés. Les arts martiaux, et notamment le kung fu, popularisés par le cinéma de Hong Kong et encore valorisés dans les pratiques sportives et touristiques, constituent un autre vecteur fort de diffusion culturelle. Les festivals traditionnels (Nouvel An lunaire, Fête des lanternes, Fête de la mi-automne), désormais célébrés dans de nombreuses villes à travers le monde, inscrivent eux aussi des marqueurs chinois dans le quotidien des publics étrangers. On peut également mentionner le panda, devenu une véritable icône mondiale, mobilisé dans le cadre d’une diplomatie culturelle et affective efficace. Et cette liste est loin d’être exhaustive : gastronomie, médecine traditionnelle, calligraphie ou encore opéra chinois font aussi partie de ce répertoire foisonnant de symboles exportés.
Dans quelle mesure les blockbusters chinois récents (The Wandering Earth, Ne Zha et surtout Ne Zha 2) contribuent-ils à promouvoir une image moderne et innovante de la Chine à l’international ? Quels sont les défis rencontrés par l’industrie cinématographique chinoise pour rivaliser avec Hollywood sur la scène mondiale ?
Les blockbusters chinois récents affichent une montée en puissance technique. The Wandering Earth (2019) a marqué un tournant en proposant une superproduction de science-fiction, genre longtemps dominé par Hollywood, avec des effets spéciaux de niveau international et une diffusion sur Netflix qui lui a donné une visibilité mondiale. Ne Zha (2019) et Ne Zha 2 (2025) ont confirmé l’essor de l’animation numérique, battant des records historiques au box-office chinois. Ces films prouvent que l’industrie sait produire des univers modernes et spectaculaires.
Mais leur succès reste avant tout domestique : la quasi-totalité des recettes provient du marché intérieur, tandis qu’à l’étranger leur diffusion demeure limitée, souvent restreinte aux diasporas. La Chine ne cherche d’ailleurs pas vraiment à concurrencer Hollywood sur le terrain de l’influence mondiale. Alors que les studios américains visent un public global, Pékin privilégie des récits centrés sur la fierté nationale, l’héroïsme collectif et l’innovation technologique. Ce recentrage assure des triomphes au niveau national, mais limite mécaniquement le rayonnement culturel chinois à l’international.
Les peluches Labubu, qui font fureur en Chine, sont désormais populaires en Europe ou aux États-Unis. Comment expliquer le succès de cette marque ? Dans quelle mesure cette dernière, en s’inspirant de la culture chinoise traditionnelle et en collaborant avec des artistes internationaux, participe-t-elle à la diffusion du soft power chinois ?
Le succès des peluches Labubu s’explique d’abord par leur esthétique singulière : mignonnes mais un peu étranges, elles s’inspirent de créatures du folklore chinois tout en adoptant un style contemporain qui séduit un public mondial. Leur diffusion est portée par la société Pop Mart, qui ne les vend que dans ses propres magasins, en Chine comme à l’étranger. Cette exclusivité, renforcée par des séries limitées, des boites surprises et des collaborations avec des artistes internationaux, entretient un fort engouement autour de la collection. Très vite, Labubu est devenu un phénomène sur les réseaux sociaux, gagnant en popularité en Europe et aux États-Unis. Là où Pop Mart est particulièrement habile, c’est dans sa capacité à transformer une référence chinoise en objet de consommation mondialisé. Ces figurines et peluches n’ont pas besoin de traduction : elles s’intègrent directement dans le quotidien comme accessoires, objets décoratifs ou pièces de collection. En s’ouvrant à des collaborations internationales, la marque conserve son identité chinoise tout en élargissant son attrait.
À travers Labubu, on voit ainsi émerger une forme de soft power plus discrète mais efficace : non pas des récits grandioses, mais des objets familiers qui diffusent, de manière presque imperceptible, des codes esthétiques chinois dans la culture globale.













