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Shahed et Geran : l’évolution du premier des OWA-UAV

Il ne s’agit donc pas uniquement de systèmes visant à épuiser la défense antiaérienne ukrainienne : les Shahed/Geran sont également utilisés pour des frappes, d’autant plus si l’on prend en compte les missiles effectivement armés et qu’on les distingue des leurres de tous types. Or le nombre de cibles touchées s’est accru au fil des mois (voir tableau ci-dessus). Cela est dû à la concrétisation de la saturation, mais aussi à un effet de masse dynamique. La production de Shahed/Geran croît ainsi de manière plus importante que celle de drones intercepteurs, tandis que les stocks de missiles antiaériens « haut de trame » connaissent régulièrement des phases d’épuisement. Jusqu’à un tiers des Shahed armés ont pu faire mouche à partir de mai 2025, alors que cette proportion était de moins de 5 % en février.

La plus grande efficacité des drones est également due à la diversification de leurs systèmes de navigation et d’autoprotection. La navigation satellitaire des premiers Shahed/Geran a pu faire l’objet de brouillage ou de spoofing, mais la Russie a rapidement déployé des groupes d’antennes CRPA (Controlled reception pattern antenna) permettant de maximiser la puissance des signaux satellites valides tout en atténuant les interférences extérieures. Les OWA-UAV actuellement produits peuvent en compter jusqu’à 16. Une deuxième étape a consisté à doter certains des engins d’un système de caméras couplé à une IA, elle – même liée au système de pilotage et permettant au drone de s’engager dans des manœuvres évasives, contrant ainsi les drones antidrones. Le système de navigation a également pu évoluer par une diversification/sophistication.

Une première voie consiste à utiliser des puces 4G afin de contrer les effets du brouillage visant les GPS en établissant, de facto, une liaison de données bidirectionnelle permettant de télépiloter des drones dotés de caméras ou de s’appuyer sur les réseaux GSM pour récupérer des données de navigation – comme un smartphone utilisant Google Maps. Des hackers ukrainiens du Fenix analytical cyber center ont infiltré les systèmes de planification des vols de drones russes. Dans un certain nombre de cas, ils pouvaient accéder aux flux d’images, mais se sont également aperçus que la Russie avait installé des répéteurs sur les tours 4G en Biélorussie. C’est dans ce cadre qu’ils ont eu accès à des discussions démontrant que l’incursion de drones Gerbera en Pologne, les 9 et 10 septembre 2025, était considérée comme un test, certes politique, mais aussi technique, permettant de valider une infrastructure destinée à être utilisée contre les flux d’armements à destination de l’Ukraine et en provenance de Pologne.

Une deuxième modalité a été l’installation, depuis septembre 2024, de terminaux Starlink permettant de télépiloter le missile afin d’en augmenter la précision tout en réduisant sa vulnérabilité au brouillage. Ces évolutions n’ont pas concerné que les Shahed/Geran, mais aussi le BM‑35, un système russe similaire, faisant passer sa portée utile à 500 km. Fin janvier 2026, SpaceX a cependant limité l’usage de ses terminaux à ceux évoluant à une vitesse supérieure à 75 km/h – pour ceux qui ne sont pas dûment enregistrés. Ceux qui n’étaient pas mentionnés sur la « liste blanche » établie par les services ukrainiens ont également été désactivés.

L’armement a lui aussi évolué. Le Shahed‑136 était équipé d’une charge explosive à fragmentation, et d’un deuxième étage à charge creuse, de 53 kg environ. Mais la Russie s’est plutôt concentrée sur des charges explosives simples, de même que sur des charges thermobariques, de 50 kg et de 90 kg – avec pour effet de réduire la portée de l’engin. Des mines antichars à influence PTM‑3 ont également été observées, positionnées sous les ailes. Certains avancent qu’elles sont utilisées pour la défense contre les drones antidrones, mais elles peuvent tout simplement renforcer l’effet destructeur au moment de l’impact. Début janvier, certains Shahed recevaient des missiles de courte portée Verba, d’autres ayant préalablement été observés avec des R‑60 – imposant l’installation d’une caméra, d’un système de communication et de plusieurs servocommandes pour mettre en œuvre le missile et déclencher les tirs.

La famille des Shahed/Geran va continuer à évoluer. Les premiers Geran‑3, équipés d’un réacteur, ont déjà été observés – et étaient plus spécifiquement dotés de terminaux Starlink. Ils diffèrent des Shahed‑238 iraniens et dénotent une adaptation faite par et pour la Russie. De même, fin 2025, un nouveau drone, le Shahed‑107 a été observé en opération en Ukraine, sachant que l’Iran l’avait présenté en 2024. S’il montre une certaine continuité avec le Shahed‑101, plus petit, la logique ici diffère : c’est une munition rôdeuse télépilotée de longue portée (environ 1 500 km) et il n’est pas certain qu’elle connaisse le même succès que les Geran.

Légende de la photo en première page : Deux Geran-2 à Moscou, en avril 2025. Le camion lanceur n’est pas représentatif. (© Oleg Elkov/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°107, « La révolution aérobalistique », Avril-Mai 2026.
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