Une impossible neutralité pour les États caribéens
La Caraïbe se retrouve au premier rang d’une diplomatie américaine recentrée sur son hémisphère. La volonté trumpienne de remodeler son espace proche affecte en profondeur les équilibres géopolitiques régionaux. Face à une neutralité devenue intenable, chaque État caribéen se voit contraint de se positionner face aux injonctions de Washington. Les divergentes observées d’un pays à l’autre témoignent ainsi d’une solidarité régionale mise à rude épreuve. Certains, comme la République dominicaine et Trinité-et-Tobago, se sont parfaitement alignés sur les demandes du président américain et ont ouvert leurs bases militaires aux soldats états-uniens. D’autres ont adopté des positions beaucoup plus mesurées, parfois même critiques, à l’image d’Antigua-et-Barbuda, de Sainte-Lucie ou de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, dont des navires de pêche ont encore récemment été visés par des frappes américaines. Mais cette distance diplomatique est-elle viable à long terme face à un voisin aux méthodes désinhibées ? À l’exception notable de la Colombie et du Vénézuéla, la Caraïbe est composée de petits, voire de très petits États, qui ne font pas le poids face à la puissance asymétrique des États-Unis : que peuvent Saint-Kitts-et-Nevis, peuplé de seulement 46 000 habitants, ou le Belize, qui en compte 400 000, face aux volontés du locataire de la Maison-Blanche ? D’autant plus que les économies de ces États sont extrêmement dépendantes du grand voisin, que ce soit en matière de tourisme, d’échanges commerciaux ou de politique de visas.
Au cœur d’une hybridation entre politique intérieure et enjeux géopolitiques, les nouvelles orientations diplomatiques de Washington marquent la fin de la parenthèse post-guerre froide dans la Caraïbe. Ce retour assumé d’une logique de sphère d’influence fait de la région un espace pivot de la rivalité systémique entre les États-Unis et leurs grands compétiteurs. Face aux pressions économiques, aux menaces fiscales, aux ingérences politiques et aux interventions militaires, les États caribéens se retrouvent singulièrement démunis, et la région, déjà ébranlée après une année, risque de ressortir profondément fracturée du second mandat de Donald Trump.
Notes
(1) Cet article ne tient pas compte du Mexique.
(2) En français : « Après des années de négligence, le ministère de la Guerre va rétablir la suprématie militaire américaine dans l’hémisphère occidental ». Department of War, 2026 National Defense Strategy, janvier 2026, p. 17 (https://tinyurl.com/4ybvuu9z).
(3) La Colombie, le Pérou et la Bolivie sont les trois principaux producteurs de cocaïne.
(4) Les Haïtiens avaient été accusés de manger les animaux domestiques par J. D. Vance, alors colistier de Donald Trump.
(5) Wendy Edelberg, Stan Veuger, Tara Watson, « Macroeconomic implications of immigration flows in 2025 and 2026: January 2026 update », Brookings, 13 janvier 2026 (https://tinyurl.com/52na94ut).
(6) Selon ce rapport, le solde net migratoire est estimé, en 2025, entre -10 000 et -295 000 personnes.
(7) Passant d’une valeur de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 518 milliards de dollars en 2024.
(8) The White House, « The Inaugural Address », 20 janvier 2025 (https://tinyurl.com/yvpad9zs).
(9) Selon un centre de recherche stratégique belge : Transatlantic Task Force, « China-Venezuela Relations », Beyond Horizon, 19 décembre 2025 (https://tinyurl.com/mpmjr8yx).
(10) Réserves estimées à plus de 330 milliards de barils.
(11) Mayela Armas, « Venezuela approves 15-year extension of Russia-linked oil joint ventures », 20 novembre 2025 (https://tinyurl.com/4xbut5ym).
(12) Élections législatives le 8 mars ; premier tour de l’élection présidentielle le 31 mai ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 21 juin.
(13) Élections générales le 30 aout ; éventuel second tour de l’élection présidentielle le 6 décembre.
(14) Faute de pouvoir refaire les pleins de kérosène sur place.
Légende de la photo en première page : Des Marines américains s’entrainent à bord d’un navire en mer des Caraïbes, le 17 septembre 2025. Depuis fin aout, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire dans la région, notamment près du Vénézuéla, déployant environ 15 000 soldats pour soutenir le Commandement Sud, chargé des opérations en Amérique latine et dans les Caraïbes. (© Corps des Marines des États-Unis/Tanner Bernat)













