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Nouveau service national et renforcement des effectifs : les conditions économiques du succès

Après la défaite d’Iéna en 1806, la Prusse avait introduit le service militaire obligatoire. En 2025, Berlin a cherché à répondre aux mêmes enjeux – avoir des effectifs militaires suffisants – en lançant un nouveau modèle de service militaire volontaire après avoir supprimé la conscription en 2011. En France, le président de la République a aussi souhaité instaurer un service militaire volontaire. Est-ce une réponse appropriée pour apporter aux armées l’épaisseur dont elles pourraient avoir besoin en cas de tensions, voire de conflit ?

Labandon du service national obligatoire a été le reflet des dividendes de la paix que beaucoup, en Occident, attendaient après la fin de la guerre froide. Comme l’écrivait le Premier ministre Édouard Balladur en ouverture du Livre blanc sur la défense de 1994, « la défense de la France ne se joue plus immédiatement à ses frontières ». Cependant, le contexte géostratégique actuel change la donne. Les armées ont besoin de gagner en masse et en épaisseur.

Le recours à un service volontaire apparaît comme un compromis entre une armée entièrement professionnelle et un service obligatoire. « Oui, notre jeunesse a soif d’engagement », soulignait récemment le président de la République (1). « Il existe une génération prête à se lever pour la patrie, notre armée est le cadre naturel d’expression de ce besoin de servir. » Le sentiment patriotique est un facteur important, mais peut-il suffire pour atteindre les effectifs souhaités ? D’autres incitations semblent nécessaires, car, pour les jeunes Français, effectuer un service volontaire représente un coût d’opportunité en termes de formation, de carrière et de rémunération.

Figure 1

Une armée professionnelle a l’avantage d’être immédiatement déployable et, de ce fait, de dissuader un adversaire potentiel de tenter une aventure militaire. Cependant, elle est très coûteuse, car les armées sont en concurrence avec les employeurs civils pour recruter. La contrainte budgétaire conduit à des effectifs réduits qui s’avèrent insuffisants dans le cas d’une guerre d’attrition, dont la guerre en Ukraine souligne le retour.

Figure 2

Historiquement, la conscription constituait la solution pour des armées en masse, avec un coût faible, tout du moins en apparence. Cependant, elle s’avère peu efficace au regard de la technicité de la guerre aujourd’hui. La durée du service militaire est aussi insuffisante pour que les appelés puissent acquérir un niveau optimum de compétences. Même si leur formation est efficace, il est fort probable qu’une fois libérés de leurs obligations, ils perdent rapidement ces compétences faute de mise en pratique. En cas de crise, la population réellement mobilisable et déployable se limite donc aux personnes ayant récemment fait leur service militaire.

Figure 3

Le nouveau service national mis en place dès cette année, d’une durée de dix mois et s’adressant aux 18-25 ans, apparaît ainsi comme un compromis, mais sera-t‑il la bonne réponse tel qu’il est proposé ? Le recours au volontariat semble pertinent, car la conscription obligatoire et universelle ne correspond plus aux besoins militaires. Les armées n’ont plus vocation à mobiliser la totalité d’une classe d’âge. La France suit ici le modèle de la Suède : sur les 100 000 jeunes mobilisables chaque année en Suède, seuls 4 % à 8 % effectuent un service militaire.

Même si le besoin en effectifs reste limité, le nouveau service national est-il suffisamment attractif pour garantir qu’un nombre approprié de jeunes répondront à l’appel ? L’objectif est ambitieux : 3 000 jeunes à l’été 2026, 10 000 en 2030 et 50 000 en 2035. Il faut garder en tête que, pour les militaires de carrière, les armées embauchent environ 22 000 personnes chaque année. Le défi n’est donc pas des moindres.

Se pose donc la question de l’attractivité et des incitations financières associées. Le président de la République a annoncé une rétribution de 800 euros par mois, hors prime, à laquelle s’ajoutent le logement et les repas. Ce montant apparaît bien modeste quand le SMIC dépasse 1 800 euros. L’approche française contraste avec la stratégie d’attractivité adoptée par d’autres pays européens en termes d’efficacité.

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