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ASCALON, d’un futur standard d’arme de char à une solution immédiate

Un char de combat a, pour la première fois, fait la démonstration d’un système d’armes téléopéré de 140 mm. C’est au groupe franco‑allemand KNDS que les armées doivent cette avancée majeure. Elle n’est pourtant qu’un point d’étape pour ASCALON, ce programme lancé il y a quatre ans en vue du programme franco-allemand de système de combat terrestre principal (MGCS) et, depuis, étendu aux parcs actuels.

Janvier 2022. KNDS (alors Nexter) lance le programme « Autoloaded and scalable outperforming gun » (ASCALON). L’objectif initial du groupe franco‑allemand était alors limpide. Il s’agissait de démontrer un nouveau couple arme‑munition de 140 mm compact et évolutif dans une tourelle téléopérée intégrée sur un châssis de char. Quatre ans plus tard, ce jalon est atteint au terme d’une démonstration réussie sur le champ de tir portugais d’Alcochete, dans la banlieue de Lisbonne. Intégré sur un châssis de char Leopard 2A4 directement disponible, ASCALON aura offert un spectacle en plusieurs actes : du tir fixe sur une cible fixe aux tirs en défilement, en rapprochement et à 90° depuis une tourelle téléopérée par l’équipage installé en châssis.

Préfiguré par le démonstrateur EMBT‑ADT 140 dévoilé en juin 2024 au salon Eurosatory, le montage mobilisé au Portugal reposait sur une chaîne de pointage héritée du Leclerc mais légèrement adaptée. Derrière la téléopération de la tourelle, la vingtaine de tirs réalisés aura démontré l’absence de dégradation des performances de précision de ce nouveau calibre. Pour l’équipe d’ASCALON, le succès de cette phase dite « ADT 140 » se clôturera symboliquement par un prix « ingénieur général Chanson » remis durant le salon Eurosatory par l’Association de l’armement terrestre (AAT).

Vers un nouveau standard

Intégrer l’ASCALON 140 dans un système téléopéré aura exigé de maîtriser la prise de masse et de volume d’un calibre bien supérieur à ceux rencontrés actuellement. Traduite en chiffres, cette arme de 48 calibres reste en deçà de 3,1 tonnes pour une longueur totale de 7,3 m, soit à peine 200 kg et 40 cm de plus que le canon de 120 mm du Leclerc. Elle conserve par ailleurs le choix retenu pour le Leclerc d’un équilibrage au niveau des tourillons.

ASCALON, ce sont quelque 300 munitions tirées à ce jour lors de cinq campagnes d’essais. Le système atteint un niveau de maturité technologique TRL 6. Il est donc dérisqué et aux portes d’une dernière phase de développement, prélude à un cycle de qualification. Quand d’autres les découvrent, les techniques de chargement automatique, maîtrisées en interne grâce au Leclerc, auront elles aussi été mobilisées en début d’année à Alcochete. L’ASCALON 140 a alors mis en œuvre un démonstrateur de chargeur qu’il restera à affiner et militariser. Parmi toutes les munitions visées, l’obus‑flèche est le plus avancé. Lui aussi atteint un TRL 6. Cette munition d’environ 1,3 m a été tirée à plus de 2 km jusqu’à fin 2025. Les résultats parlent d’eux‑mêmes : la probabilité d’atteinte de la cible se révèle supérieure à 90 % dans une fourchette de portées cohérente avec le combat de char tel qu’il se conduit aujourd’hui, à savoir entre 1 500 et 3 000 m en tir direct.

Derrière son profil unique et son frein de bouche innovant, ASCALON comprend plusieurs innovations moins visibles. KNDS a ainsi fait le pari de doubler le volume de chambre intérieur par rapport aux standards existants pour tirer à plus faible pression tout en augmentant la puissance en sortie de bouche. Celle d’un obus‑flèche de 140 mm, par exemple, sera de 17 à 20 MJ contre une dizaine de MJ pour les systèmes actuels. Les choix techniques se traduisent également sur la cartouche. Le système d’allumage a été complètement modifié pour favoriser la flèche la plus longue possible tout en garantissant la maîtrise d’un phénomène courant dans l’artillerie, celui des ondes de pression.

La charge thermique augmente avec le calibre mais, paradoxalement, un autre apport d’ASCALON concerne la diminution de l’usure du tube. Jusqu’alors peu contraignante, cette problématique est prégnante à l’heure où resurgit l’hypothèse d’un engagement majeur. Un conflit tel que celui en cours en Ukraine est synonyme d’intensité dans l’emploi des armements, donc d’usure accélérée et de remplacement précoce. KNDS privilégie quant à lui une durée de vie accrue pour mieux compenser le cycle difficilement compressible de création d’un tube, de l’ordre de plusieurs mois. Cette durée de vie ne peut être divulguée, mais tirer un obus‑flèche de la famille ASCALON permet de l’augmenter de 18 à 20 %.

La prise de maturité d’ASCALON est le résultat d’un investissement sur fonds propres de plusieurs dizaines de millions d’euros. Elle bénéficie aussi du soutien de la DGA depuis 2019, à l’origine de plusieurs Projets de technologies de défense (PTD). L’appui étatique de la France aura permis de faire émerger plusieurs briques, en particulier sur les munitions. Particulièrement complexe, la munition guidée de 140 mm fait l’objet d’une étude autofinancée qui doit l’amener à TRL 5 vers fin 2028.

Un éventail de connaissances et de briques technologiques parfois issues d’autres domaines ont été agrégées en ce qui concerne les munitions intelligentes, dont ce qui a été fait sur l’obus guidé de 120 mm issu du programme Polynege, l’obus d’artillerie de 155 mm Katana et la coopération sur les autodirecteurs avec des grands acteurs du domaine en France. D’autres études portent sur le chargement. Plusieurs pistes sont explorées dans ce domaine, mais toujours avec l’enjeu central de maintien de l’excellence de la capacité actuelle d’un Leclerc.

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