Le 120 mm n’a pas dit son dernier mot
Il n’aura fallu que deux années aux équipes françaises pour faire la preuve de l’évolutivité d’ASCALON. Dès juin 2024, KNDS dévoilait une déclinaison en 120 mm. Pourquoi ce calibre plutôt qu’un autre ? Pour l’interopérabilité qu’il garantit. Entre le Leclerc, le Leopard 2, le M‑1A2 Abrams américain, le futur Challenger 3 britannique et le K2 coréen, plusieurs milliers de chars en service contribuent à faire du 120 mm la norme au sein de l’OTAN et au‑delà. Il le restera pendant encore plusieurs décennies, comme l’annoncent les centaines de Leopard 2 remplissant aujourd’hui le carnet de commandes côté allemand. C’est un segment dans lequel il faut donc se démarquer tout en anticipant une possible bascule vers une performance accrue avec le standard de demain. ASCALON a été conçu dès l’origine dans ce but. Imaginé comme une famille d’armes de char, il permet un changement de calibre sans toucher à cet ensemble « noble », central et essentiel à la sécurité que sont la culasse et son mécanisme d’ouverture. Son architecture a par ailleurs été étudiée pour faciliter la monte et la démonte du tube par l’avant. Environ 20 minutes suffisent pour réaliser l’échange entre deux calibres identiques, démonstration à la clef devant des délégations étrangères. Basculer d’un calibre à un autre demandera quelques adaptations supplémentaires en tourelle, mais ce choix audacieux permet de proposer une gamme évolutive tout en évitant une requalification complète, coûteuse et chronophage.
Le canon d’au plus 55 calibres d’ASCALON 120, nativement téléopérable mais pouvant être aussi intégré en tourelle habitée, est en outre taillé pour accueillir et tirer toutes les munitions au standard 120 mm actuellement en service. Que celles‑ci soient allemandes, coréennes ou américaines, « l’interopérabilité de cette arme est native » à condition de rester dans la longueur de 984 mm établie par le standard OTAN et de ne pas dépasser la pression nominale admissible en chambre. Si, côté français, l’ASCALON 120 tirera la munition explosive F1 en usage plutôt que de relancer un développement, KNDS travaille depuis un moment sur une munition‑flèche optimisée implémentable sur l’obus SHARD, bientôt ajouté à l’arsenal des cavaliers français. Héritier des technologies développées pour son équivalent en 140 mm, cet obus‑flèche sera spécifiquement dimensionné pour traiter les blindages complexes combinant des protections passives et réactives de dernière génération. Plusieurs dizaines d’exemplaires ont été tirés à ce jour. Plusieurs centaines d’autres le seront d’ici à 2029 et l’atteinte du niveau TRL 7, soit une munition qualifiée qu’il restera essentiellement à industrialiser.
Des marchés à conquérir
Horizon initial d’ASCALON, le programme MGCS (Main ground combat system) prend du retard. Fixée à l’origine pour 2035, sa matérialisation a désormais glissé d’une décennie. La suite immédiate est encore incertaine. Attendue l’an dernier, la contractualisation d’un premier marché d’études et de démonstrations technologiques auprès de la coentreprise formée par KNDS France, KNDS Deutschland, Thales France et Rheinmetall reste pour l’instant lettre morte et est au mieux espérée pour fin 2026. Ce retard n’élimine pas pour autant le besoin des armées française et allemande. Un échec de la coopération n’étant plus exclu, chacun revoit ses plans pour, a minima, garantir la soudure en attendant un éventuel dénouement.
L’Allemagne privilégie ainsi le développement d’un char de nouvelle génération doté du canon Rh‑130 L/52 de 130 mm proposé par Rheinmetall pour MGCS. Livrée au‑delà de 2030 et appelée à rester en service durant 25 ans, cette nouvelle itération amène la France à suivre le mouvement pour succéder à un char Leclerc dont le retrait démarrerait en 2037. La préparation d’une capacité de char intermédiaire a donc été officialisée par l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024‑2030 pour pallier le risque d’une rupture temporaire de capacité. Selon le plan actuel, des études seront lancées avant 2030 pour ensuite basculer sur un développement d’ici à 2035. En découlerait un programme qui ne cherchera pas à traiter des obsolescences mais à préfigurer la suite en adoptant les premières briques de robotisation, de protection active, de téléopération, ou encore de Tir au‑delà de la vue directe (TAVD).
Cette actualisation doit encore être adoptée. KNDS prépare déjà sa copie, en témoignent les concepts Leclerc Evolution et Leopard 2 A‑RC 3.0 dévoilés en 2024 et en mesure d’emporter l’ASCALON 120. Si l’option intermédiaire est actée et s’assortit de financements, un démonstrateur de char pourrait émerger dès 2030. Un prototype et un premier système de série suivraient à l’horizon 2032, permettant d’être au rendez‑vous de la fin de vie des 200 chars Leclerc rénovés. Un armement français sera privilégié au travers d’ASCALON. L’avenir dira ce qui ressortira des futurs arbitrages capacitaires, calendaires, financiers et industriels.













