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Vers une influence croissante de Moscou dans la zone sud de l’océan Indien ?

Moscou agit également sur le plan humanitaire : le 27 février 2026, pour la première fois, la Russie est intervenue en soutien aux populations après le passage du cyclone Gezani. Lors d’une cérémonie officielle très médiatisée, six camions et plus d’une centaine de tonnes d’aide alimentaire ont ainsi été livrés aux autorités malgaches. Deux hélicoptères MI-8, destinés à un usage sécuritaire, ont également été livrés pour pallier l’impraticabilité de certaines voies de communication.

Une influence médiatique s’exerce ensuite avec le lancement, début avril 2026, de Russamada, émission hebdomadaire de la radio nationale malgache visant à favoriser une meilleure compréhension mutuelle. Elle est produite par l’agence de presse russe African Initiative, qui projette l’ouverture d’une école de journalisme à Antananarivo, la capitale malgache (2). African Initiative a également permis à sept influenceurs malgaches d’être invités à couvrir les célébrations du 8-Mai à Moscou.

L’influence de la Russie se joue également dans les urnes. Le 14 avril 2026, le président de la Commission électorale malgache a annoncé que Moscou pourrait garantir l’intégrité du processus électoral de l’élection présidentielle de 2027, à laquelle l’actuel président sera candidat. Moscou n’en est pas à son coup d’essai : en mars 2018, quelques mois avant l’élection présidentielle malgache, une réunion s’était tenue à Moscou entre Evgueni Prigojine (1961-2023 — chef du groupe Wagner de 2014 à sa mort), Vladimir Poutine et le candidat sortant Hery Rajaonarimampianina (2014-2018), pour lequel ils avaient développé des campagnes de désinformation en vue de sa réélection. Une démarche identique avait également été conduite en faveur du pasteur André Mailhol, autre candidat, avant d’être réorientée vers le candidat et futur président Andry Rajoelina (2018-2025).

Plus généralement, Moscou contribue à orienter la politique sur l’ile, notamment avec la création, début mars 2026, d’un parti politique malgache prorusse baptisé « Réveil patriotique de Madagascar uni » (RPMU). Dirigé par Richard Martin Rakotonirina, ancien président malgache de l’ARM, le parti se revendique « souverainiste, antinéocolonial et résolument multipolaire ». Le RPMU s’attaque frontalement aux relations historiques avec l’Occident, en particulier avec la France, accusée de maintenir des mécanismes freinant le développement économique du pays (3).

Enfin, la pénétration russe de la société malgache passe par l’influence religieuse, dans le prolongement d’une stratégie continentale prenant appui sur la contestation catholique africaine des orientations de Benoît XVI d’ouverture à certaines évolutions sociétales, massivement rejetée par des sociétés et des régimes subsahariens. De plus, l’affaiblissement des moyens de l’Église catholique sur le continent a eu des effets sur sa capacité à organiser les baptêmes. Dans ce contexte, l’Église orthodoxe de Moscou a engagé une offensive visant à rallier les mécontents. Ainsi, à Madagascar, on assiste à une poussée de l’Église orthodoxe russe, qui développe de nombreuses actions en différents points du territoire. Cette présence s’observe également, quoique de manière marginale, à Maurice.

Le grand bond en avant de la coopération militaire russo-malgache

Alors qu’en 2022, un accord de coopération militaire avait été conclu pour cinq ans, portant sur la fourniture, la formation et la maintenance de matériel, la nouvelle présidence du colonel Randrianirina vient, là aussi, accélérer les choses. Ainsi, le 20 décembre 2025, un avion militaire russe a effectué la liaison avec Madagascar, via les Seychelles, pour une livraison de matériel à destination de la garde présidentielle : drones Boomerang, lunettes FPV (vue embarquée), 43 caisses d’armes contenant des fusils d’assaut, des fusils sniper (de précision) et des systèmes de roquettes antichars (4). Une délégation de 40 personnes accompagnait cette livraison afin de discuter de la coopération militaire.

Le 14 janvier 2026, c’est une délégation d’instructeurs militaires russes qui est arrivée dans le pays pour prendre ses quartiers. À sa tête se trouvait le général Andrey Averyanov, ancien chef de l’unité 29155, unité de planification et d’engagement des actions spéciales secrètes de la Direction générale des renseignements (GRU) à l’étranger. Il est aujourd’hui considéré comme le chef de l’Africa Corps — anciennement groupe Wagner —, dont la vocation est de mener des actions militaires et politiques. Le 1er avril 2026, une nouvelle livraison a mis à disposition de la Défense malgache deux chars de combat BMP-3, leurs munitions et d’autres matériels. Enfin, entre mai et juin 2026, 10 membres du Bataillon de sécurité de la primature (BSP), chargés de la protection du président malgache, ont suivi une formation de six semaines dispensée par des opérateurs russes spécialisés.

À propos de l'auteur

Jérôme Vellayoudom

Docteur en intelligence économique et chercheur associé au laboratoire CEREGE de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Poitiers ainsi qu’à l’Observatoire géopolitique de l’Indopacifique de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

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