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Vers une influence croissante de Moscou dans la zone sud de l’océan Indien ?

La Russie dans les autres iles de la ZSOI

Ailleurs dans la région, si l’influence de la Russie n’est ni aussi importante ni aussi diversifiée qu’elle ne l’est à Madagascar, elle n’en demeure pas moins présente.

La Russie entretient une relation de longue date avec les Comores, qu’elle stimule depuis 2022 par son appui constant à la revendication du retour de Mayotte dans le giron comorien. Ces relations ont été renforcées par l’annonce de l’installation d’un consul honoraire, puis par celle de l’ouverture d’une ambassade russe à Moroni, la capitale, à la fin de l’année 2026, où une « maison russe » a déjà été inaugurée en janvier. Enfin, les Comores font partie des pavillons de complaisance utilisés par la flotte fantôme russe, comme l’indique l’arraisonnement par les forces françaises du pétrolier Grinch, en janvier 2026.

La compagnie russe Aeroflot prévoit de faire son retour dans l’archipel des Seychelles à partir du 8 juillet 2026, avec un vol hebdomadaire — rythme qui sera triplé à compter d’octobre 2026. Air Tanzania a également manifesté son intention d’opérer un vol vers Moscou via la capitale, Mahé. Depuis le début de l’année 2026, environ 22 000 touristes russes se sont rendus aux Seychelles. Au-delà de la manne touristique, le développement des connectivités aériennes est de nature à structurer un resserrement des liens de coopération dans une diversité de domaines avec un pays idéologiquement lié à la Russie depuis l’indépendance, comme l’a rappelé le président seychellois, Patrick Herminie (depuis 2025), le 22 avril dernier, lors de sa rencontre avec son homologue russe. Il a remercié Moscou pour l’aide humanitaire apportée dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et a confirmé sa présence au sommet Russie-Afrique prévu en octobre 2026.

Le Kremlin s’intéresse également au territoire français de Mayotte, notamment à travers son soutien aux Comores. De plus, la fragilité économique et sociale territoriale, accrue par le cyclone Chido et conjuguée aux problématiques migratoires ainsi qu’à leur traitement, structure une véritable vulnérabilité cognitive (5).

Autre territoire français visé par Moscou : La Réunion, que le Kremlin cherche à déstabiliser en s’attaquant à des questions sociales sensibles. Fin juin 2019, Kémi Séba s’est rendu à La Réunion à l’invitation du Komité Panafrikin Réyoné, qui « prône l’émancipation et l’autodétermination ». Son propos s’est articulé autour de la situation sociale du territoire, que l’on ne « saurait séparer de la question de l’identité ». Les 21 et 22 janvier 2025, le Baku Initiative Group a invité à Bakou une petite délégation de jeunes Réunionnais militants identitaires à une conférence sur l’indépendance de La Réunion (6). Ces opérations n’ont pas eu d’effet à ce stade. Mais le soubassement sociologique et historique du territoire, conjugué à des fragilités économiques et sociales structurelles accrues par une conjoncture défavorable, constitue le point d’ancrage de narratifs répondant au cadre et à l’objectif de la doctrine Karaganov (7).

Enfin, le contentieux franco-malgache au sujet des iles Éparses est régulièrement activé par Moscou, qui s’exprime en faveur de « la souveraineté malgache sur ces iles » et dit se tenir « prêt à contribuer par tous les moyens possibles à un règlement politique de ce différend ».

Une approche systémique nécessaire

Au regard du cadre d’analyse compétition-contestation-affrontement, Moscou renforce sa présence dans la ZSOI, et en particulier à Madagascar, qui en constitue le point nodal. Cette progression repose sur une dynamique réticulaire insulaire, articulée autour des volets compétition et contestation : elle se traduit à la fois par un renforcement du volet compétition, et par une diversification des espaces sociaux et des vecteurs de contestation (8).

Pour les territoires français de la zone, cette architecture et cette dynamique d’ensemble interrogent la relation entre société civile et stabilité territoriale, ainsi que l’expression régionale du volet confrontation, selon l’évolution de la situation en Europe.

Pour y répondre, une approche systémique s’impose, prenant en compte l’ensemble des facteurs crisogènes et stratégiques dans leurs interactions : sécurité, enjeux maritimes, sourcing (approvisionnement), transition alimentaire, santé, climat, développement territorial, dynamiques sociales et sociétales, formation, recherche, etc. À ce stade, il n’existe aucune comitologie prospective, inclusive et permanente sur ces questions, pourtant documentées et portées depuis plusieurs années par la recherche à La Réunion.

Notes

(1) Global Initiative Against Transnational Crime Organization, Qui fabrique les drones russes ? Les migrantes exploitées pour l’économie de guerre de la Russie, mai 2025 (https://​rebrand​.ly/​x​v​p​g​g4t).

(2) Laurence Caramel, Guilhem Fabry, « A Madagascar, la Russie en quête d’une nouvelle place forte en Afrique », Le Monde, 5 mai 2026 (https://​rebrand​.ly/​j​5​z​g​323).

(3) Rija R., « Coopération : présence renforcée des Russes », Midi Madagasikara, 15 avril 2026 (https://​rebrand​.ly/​j​e​u​f​970).

(4) All Eyes on Wagner, « À Madagascar, la Russie relance son opération séduction : armes, drones, culture et offres financières, orchestrées par ses émissaires », 1er février 2026 (https://​rebrand​.ly/​5​h​e​2​hm6).

(5) Jérôme Vellayoudom, « Migration, Comores, Russie, Chine : Mayotte, territoire d’expression des rapports de force globaux », Diplomatie, n°127, mai-juin 2024, p. 34-37, mis en ligne le 7 juin 2024 (https://​rebrand​.ly/​s​i​h​h​dul).

(6) Antoine Geslin, « L’Azerbaïdjan vise La Réunion », Le Quotidien de La Réunion et de l’océan Indien, 21 janvier 2025, p. 4.

(7) https://​rebrand​.ly/​m​3​0​d​kgp

(8) https://​rebrand​.ly/​a​3​v​o​bbt

Légende de la photo en première page : Le 19 février 2026, le nouveau dirigeant de Madagascar, Michaël Randrianirina, est reçu à Moscou par Vladimir Poutine afin d’aborder les perspectives d’avenir de la coopération russo-malgache dans divers secteurs ainsi que sur les questions internationales. (© Kremlin​.ru)

Article paru dans la revue Diplomatie n°140, « L’océan Indien, carrefour des enjeux mondiaux », Juillet-Août 2026.

À propos de l'auteur

Jérôme Vellayoudom

Docteur en intelligence économique et chercheur associé au laboratoire CEREGE de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Poitiers ainsi qu’à l’Observatoire géopolitique de l’Indopacifique de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

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