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Après l’Ukraine, l’Europe : quelles ambitions pour Vladimir Poutine ?

Sur le front, l’armée russe consent toujours à subir des pertes colossales, estimées entre 30 000 et 35 000 soldats (tués et blessés) par mois. En 2025, elle disposait de l’ascendant sur le champ de bataille, grignotant sans cesse du territoire, mais elle n’a conquis qu’environ 1 % du territoire ukrainien. Elle n’est pas parvenue à exploiter ses petites percées car il lui manquait des réserves. Elle a aussi perdu ses capacités de manœuvre car la qualité de ses forces a baissé. Les morts au combat dans l’armée russe sont estimés entre 250 000 et 325 000, dont 7000 officiers, ce qui entraine un effet de dégradation cumulative. On sait que la Russie a plus de mal à combler ses pertes depuis l’été 2025 et que, partout dans le pays, des pressions sont exercées sur les conscrits, les étudiants et les prisonniers pour qu’ils signent un contrat avec l’armée et partent combattre en Ukraine. 

Cela dit, l’armée ukrainienne rencontre aussi des difficultés : elle perfectionne son usage des drones, mais elle peine à générer de nouvelles forces faute d’un recrutement suffisant et d’une formation adéquate ; certaines zones du front sont dégarnies et mal défendues. Les drones russes qui rôdent en permanence empêchent le ravitaillement et le repos des troupes. Malgré tout, il faut reconnaitre que les Ukrainiens ne cessent de nous surprendre. Ils innovent en permanence en s’appuyant sur les fleurons de l’industrie aéronautique et d’armement et en tirant profit du soutien que la société civile et des pays partenaires continuent d’apporter. Il est notable qu’en temps de guerre, ils aient réussi à développer une flotte de drones aériens et navals, mais aussi des missiles de croisière Flamingo et désormais une bombe aérienne guidée de 250 kilos. Ils sont maintenant capables de multiplier les attaques dans la profondeur du territoire russe, notamment dans la région de Moscou, ce qui crée de la fébrilité en Russie.

Vous expliquez que la guerre en Ukraine est un objectif important pour Moscou, mais que l’anéantissement de l’Ukraine n’est pas la fin en soi. Quel est donc l’objectif principal de Vladimir Poutine ?

Il faut bien comprendre que le président russe poursuit plusieurs objectifs en même temps et que ses objectifs ne sont pas étrangers les uns aux autres, mais, au contraire, intimement liés. On peut en distinguer trois : l’un concerne l’Ukraine, l’autre l’Europe, le troisième la Russie. 

D’abord, Vladimir Poutine veut empêcher l’Ukraine d’exister en tant qu’État pleinement souverain et indépendant, apte à décider de son régime politique et de son système d’alliance. Il n’accepte pas, en particulier, que la société ukrainienne puisse se choisir un destin européen. La guerre lui sert à détruire le pays et à subjuguer la population. Son projet d’éradication de l’identité ukrainienne apparait nettement dans les territoires occupés, désormais annexés à la Russie. Toute référence à l’identité ukrainienne y est proscrite. Les personnes soupçonnées d’être favorables à l’Ukraine subissent la répression ; les civils, en particulier les enfants et les adolescents, sont soumis à d’intenses politiques de russification.

Les ambitions du président russe ne s’arrêtent pas là, loin s’en faut. Il veut également imposer une refonte complète des arrangements de sécurité en Europe. La guerre contre l’Ukraine s’insère dans un plan plus global. Elle permet à Moscou d’ébranler la cohésion européenne, de mettre à l’épreuve la solidarité transatlantique et de saper les deux piliers de l’architecture de sécurité européenne, à savoir l’Union européenne et l’OTAN. L’objectif premier du Kremlin consiste à affaiblir, voire à faire disparaitre ces deux institutions qui, par leur existence même, l’empêchent de retrouver la position dominante qu’il occupait en Europe pendant la guerre froide. Un objectif connexe, non moins important, consiste à accélérer la désoccidentalisation de l’ordre international et à mettre fin à ce qu’ils appellent « l’hégémonie occidentale ». 

À propos de l'auteur

Céline Marangé

Chercheuse sur la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) et autrice de La guerre d’Europe a commencé (Les Arènes, avril 2026).

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