L’exigence de la haute intensité
L’invasion russe en Ukraine en février 2022 a bousculé les certitudes occidentales sur la conduite des guerres modernes. Les pertes d’hélicoptères russes, de chars, de bateaux et même d’avions de combat ont mis au jour la vulnérabilité de ces vecteurs des trois milieux dans les conflits de haute intensité. Le combattant terrestre s’enterre, les sous‑marins et les drones maritimes évoluent là où les bateaux ne peuvent plus aller, quant à l’avion de combat, il opère une mue indispensable vers une furtivité accrue et une connectivité permettant un combat collaboratif aérien repensé avec des plateformes autonomes. Tous ces milieux voient une dronisation de la guerre qui génère immanquablement une rupture doctrinale pour les armées.
Les hélicoptères n’échappent pas à ce constat : la prolifération des systèmes sol‑air et des capteurs a en effet augmenté leur vulnérabilité sans solution technologique évidente de contournement. La dronisation des hélicoptères progresse en cohérence avec les avancées technologiques, mais ne répondra pas à court terme aux besoins de transport de troupes pour des raisons doctrinales et psychologiques. Les armées ne sont prêtes que dans des cas exceptionnels, souvent d’urgence vitale, à faire embarquer des passagers sur des drones où aucune intervention humaine directe ne serait possible en cas de brouillage ou de dysfonctionnement.
S’agissant de la furtivité, si les Américains ont bien tenté de développer le RAH‑66 Comanche, un hélicoptère réputé furtif, ils ont finalement annulé en 2004 ce projet de Boeing‑Sikorsky en raison de son coût prohibitif. Il reste néanmoins probable que les briques technologiques développées ont pu servir à améliorer des appareils existants. Ainsi, lors de l’opération « Neptune’s Spear » en mai 2011, au cours de laquelle Oussama Ben Laden a été neutralisé, un hélicoptère du raid a été endommagé puis détruit sur place. Ses débris ne correspondaient à aucun hélicoptère connu mais laissaient entrevoir des carénages particuliers, sans doute issus de ces briques de furtivité. Cet hélicoptère secret n’a d’ailleurs jamais été revu depuis 2011, pas même lors de l’opération « Absolute Resolve » au Venezuela.
Améliorer la survivabilité des hélicoptères
S’adapter à la haute intensité par une survivabilité augmentée se traduit concrètement par la nécessité d’investir dans des systèmes d’autodéfense adaptés à la menace, et en particulier des contre‑mesures électroniques, des leurres et des brouilleurs. La sempiternelle course d’innovation entre l’épée et la cuirasse contraint les systèmes d’autoprotection des hélicoptères, non seulement à gagner la course aux obsolescences, mais plus encore à innover et développer de nouvelles protections contre les missiles et drones anti‑aériens. Aujourd’hui, ces protections sont les leurres actifs, les drones anti‑drones, les lasers capables d’aveugler les autodirecteurs infrarouges (de type DIRCM – Directed infrared counter‑measures), et enfin des systèmes de leurrage du signal électromagnétique de type DRFM (Digital radio frequency memory). Ce système DRFM capte le signal radar émis, le convertit en un format numérique pour le modifier puis renvoie un signal de brouillage avec des changements de fréquence, des inversions de phase, des répétitions de signaux ou l’ajout de bruit, trompant ainsi le radar ennemi.
Cependant, limiter la réflexion au renforcement de l’autoprotection des aéronefs serait une erreur. Connectivité, signatures réduites, travail en réseaux avec des capteurs et des effecteurs, saturation de l’espace aérien, optimisation des trajectoires, coordination et évolution en raid multi‑vecteurs de type COMAO (Composite air operations) sont autant de facteurs pouvant réduire les vulnérabilités des hélicoptères.
La vitesse, nouveau leitmotiv des opérations héliportées
Lors de l’invasion de l’Ukraine, la Russie a mené des assauts de jour, et ceux‑ci ont malgré tout réussi alors que le premier des préalables à une opération héliportée moderne est de la réaliser de nuit pour s’affranchir des armes légères d’infanterie et de certains MANPADS (Man‑portable air‑defense systems). Cela démontre que l’effet de surprise et la vitesse d’exécution de la manœuvre restent des critères de réussite immuables. Le deuxième enseignement de la guerre en Ukraine est plutôt un rappel sur la primauté, pour survivre, du couple hauteur de vol et vitesse. S’il est aisé de voler bas de jour, il est autrement plus compliqué de le faire la nuit en raison des multiples obstacles pouvant ne pas être perceptibles par des jumelles de vision nocturne. Une solution crédible est d’utiliser des systèmes d’augmentation de la vision (EVS – Enhanced vision system), qui viennent ajouter à la vision humaine une image infrarouge et/ou une image obtenue grâce à des amplificateurs de lumière.













