Ce système est à rapprocher des qanats iraniens, des khettaras marocaines, des karez irakiens ou des foggaras algériennes. Une spécificité omanaise réside dans l’existence de trois types d’aflaj (4). Le falaj daoudi (23 % des aflaj) est celui qui ressemble le plus aux qanats. Il s’agit d’un réseau de galeries drainantes souterraines (sall) acheminant les eaux par gravité depuis la source dans la nappe (où est creusé le premier puits, appelé la « mère du falaj ») jusqu’à un point de sortie à ciel ouvert, où les eaux sont ensuite distribuées dans des canaux de surface (amid) et réparties en tours d’eau. Pour le creusement, la circulation de l’air et l’entretien, des regards (thuqba) sont aménagés le long du tracé souterrain. Traditionnellement, les canaux aériens étaient étanchéifiés grâce à un enduit de saruj (chaux produite à partir de roche locale), progressivement remplacé par du ciment.
Le falaj ayni (28 %) capte les eaux d’une source, tandis que le ghaili (49 %) détourne une partie des eaux d’un wadi (retenue d’eau, rivière ou étang). Dans ce dernier cas, chaque village construit un barrage qui dévie une partie de l’écoulement grâce à des canaux à ciel ouvert ou à des galeries souterraines jusqu’aux terres agricoles (5). Ce type est le plus répandu dans le nord du pays, mais son alimentation est saisonnière : les aflaj coulent à des périodes déterminées par la disponibilité des eaux souterraines ou de pluie. Dans l’ensemble des systèmes, la division de l’eau s’effectue grâce à un réseau de canaux secondaires qui permet, en ouvrant ou en fermant des « portes » (matérialisées par des dalles rocheuses, des balles de textile ou de fibres végétales), d’alimenter une parcelle ou de l’exclure temporairement du réseau.
Ces structures se concentrent principalement dans les montagnes du nord : les aflaj actifs se trouvent majoritairement dans la Batinah (40 %) et dans les gouvernorats d’Ach-Charqiya du Nord, d’Ad-Dakhiliyah, d’Ad-Dhahirah et de Mascate (6). Jusque dans les années 1970, les aflaj constituaient la colonne vertébrale de l’agriculture omanaise. D’un point de vue historique, la légende du roi Salomon et les sources archéologiques concordent pour faire remonter l’origine des aflaj à Oman au Xe siècle avant notre ère, bien que la tradition ait longtemps attribué leur création à l’influence perse, entre les VIe et IVe siècles. Durant le règne de Sultan ben Saif (1649-1679), le pays connut une phase intense de construction d’aflaj (7).
Une gestion collective empreinte d’ibadisme
Une fois le falaj établi, l’eau est divisée entre les personnes ayant pris part à son creusement. La gestion de l’ouvrage revient à la communauté, qui désigne, a minima, un wakil, administrateur du falaj et responsable de la gestion des affaires quotidiennes, de la distribution de l’eau, de la résolution des conflits et de l’engagement des travaux sur les réseaux. Le wakil est désigné par le cheikh (chef du village) après avoir été choisi par les propriétaires du falaj parmi les habitants. Il peut opérer seul si le système est de petite taille et compte un nombre limité d’ayants droit, ou être entouré, pour les aflaj de plus grande ampleur, d’experts techniques (arif) chargés de superviser les canaux, qu’ils soient souterrains ou de surface. Un trésorier (dallal), responsable de la mise aux enchères de certaines parts d’eau, peut également être désigné.
L’eau est répartie en temps d’irrigation selon un système de découpage des heures du jour et de la nuit. La durée nécessaire à l’irrigation de l’ensemble des parcelles est appelée dawran. Elle varie selon le site entre cinq et vingt et un jours, en fonction du débit, de la compacité du sol et de sa capacité à retenir l’humidité. Les droits d’eau ne sont pas liés à la propriété de la terre : ils peuvent appartenir à des membres d’une autre communauté, voire à des personnes résidant à l’étranger. Le wakil est rémunéré en quantité d’eau allouée, et une partie de l’eau est réservée pour être louée à ceux qui n’ont pas de part dans le falaj. L’argent récolté grâce à cette location sert à couvrir les dépenses liées au falaj, notamment les coûts d’entretien.














