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L’eau à Oman : enjeux diachroniques de la gestion de la pénurie

C’est en effet cette dernière qui demeure la plus consommatrice des eaux prélevées : si la valeur ajoutée de l’agriculture, de la foresterie et de la pêche ne représente que 2,3 % du PIB en 2023, l’agriculture concentrait 82 % des prélèvements d’eau en 2018, bien qu’en recul par rapport à 1991 (93,9 %). Les deux autres pôles de consommation sont l’industrie (13 % en 2018, contre 1,6 % en 1991) et les usages domestiques (5 %, contre 4,6 %). Ces chiffres illustrent les efforts de modernisation entrepris par Oman sous l’impulsion du sultan Qabous ibn Saïd al-Saïd (1940-2020), au pouvoir de 1970 à sa mort. Depuis les années 1990, le gouvernement s’attache à diversifier son économie dépendante des hydrocarbures : en 2021, ils représentaient 29,2 % du PIB (contre 79,3 % en 1979) et les deux tiers des exportations de marchandises (contre 99,8 % en 1979).

Contraintes légales et développement d’alternatives

Avec le début de la phase de développement de la décennie 1970 et l’importante demande en eau que cela suppose, Oman a élaboré des législations destinées à protéger la ressource et les structures hydrauliques, tout en tenant compte des droits établis par la tradition (8). En 1988, l’eau a été déclarée « ressource nationale » par le décret no 83/88, définissant un cadre législatif pour la gestion et la conservation des eaux (déclaration des travaux sur les aflaj, protection contre la pollution). En 1989, sont créés le ministère des Ressources en eau et le département des Aflaj, chargés de la protection de l’eau et des ouvrages, tandis que le décret no 72/89 vise à réguler l’irrigation dans la Batinah, notamment par des incitations financières. En 2000, le « Master Plan 2000-2020 pour les ressources en eau » vise à cadrer l’exploitation, tandis que le décret no 29/2000 renforce les mesures de protection et de régulation. Le no 114/2001, quant à lui, concerne la gestion des déchets afin de prévenir les pollutions. Face à l’abaissement des aquifères et aux prélèvements massifs, le no 40/2023 propose de réguler davantage le secteur de l’eau en imposant une autorisation préalable pour certaines activités. Ces mesures sont complétées par l’inscription de cinq aflaj omanais sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Al-Muyasser, Daris, Al-Katmeen, Al-Malki et Al-Jeela).

Le gouvernement omanais développe des alternatives à l’utilisation d’eau douce, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer. Le pays compte de nombreuses usines, dont cinq principales – Sohar, Barka, Ghubrah (Mascate), Sur et Salalah –, et de nouvelles implantations sont planifiées. À terme, Sohar 3 devrait couvrir 80 % des besoins de la Batinah. Entre 2012 et 2022, le volume d’eau dessalée a doublé, passant de 200 millions à 400 millions de mètres cubes par an, tandis que le sultanat s’oriente progressivement vers des solutions moins consommatrices (procédé d’osmose inverse, notamment), dans l’optique d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. En 2020, l’entreprise française Osmosun a inauguré la première station de dessalement alimentée à l’énergie solaire dans le Dhofar, et les grands projets récents (comme Ghubrah 3) intègrent systématiquement la production d’énergie verte (solaire ou éolienne) en plus du dessalement.

Une autre alternative repose sur la réutilisation des eaux usées, majoritairement issues de l’exploitation pétrolière : pour un baril de pétrole, huit à neuf barils d’eau sont nécessaires, qu’il faut ensuite traiter. Le pays compte environ 150 usines de traitement, pour un volume de 42 millions de mètres cubes. Ces eaux traitées servent à l’irrigation des jardins publics des principales villes, l’excédent étant rejeté en mer. Enfin, depuis 1985, le gouvernement a mis en place des barrages de recharge destinés à retenir les eaux de pluie et de crue afin de favoriser leur infiltration et la reconstitution des nappes.

À Oman, les ressources en eau sont inférieures aux besoins. Longtemps, la gestion de la pénurie a reposé sur les systèmes traditionnels des aflaj, considérés comme durables dans la mesure où, ne reposant que sur la pente pour drainer l’eau des nappes, ils ne mettaient à disposition que la quantité réellement disponible, prévenant ainsi la surexploitation des ressources. Désormais partiellement délaissés, car coûteux et peu adaptés à des modes de production capitalistiques, les aflaj courent le danger d’une disparition, et avec elle celle des savoir-faire et des pratiques liés à l’organisation socio-spatiale qu’ils avaient façonnée. Pour répondre à la fois à la dégradation des systèmes traditionnels et à l’accroissement de la demande en eau, le sultanat a mis en place des mesures de protection et de patrimonialisation, tout en cherchant à développer des modalités alternatives de production d’eau douce pour la consommation domestique et l’irrigation.

Notes

(1) Talal al-Awadhi et Shawky Mansour, « Spatial Assessment of Water Quantity Stress in Sultanate of Oman Provinces: A GIS Based Analysis of Water Resources Variability », in Journal of Geographic Information System, vol. 7, no 6, 2015, p. 565-578.

(2) Hayder A. Abdel Rahmnn et Abdallah Omezzine, « Aflaj Water Resources Management: Tradable Water Rights to Improve Irrigation Productivity in Oman », in Water International, vol. 21, no 2, 1996, p. 70-75.

(3) Abdullah Saif al-Ghafri, « Overview about the Aflaj of Oman », Conférence internationale sur les khettaras du Maroc et de la péninsule Arabique, octobre 2018.

(4) Les trois types d’aflaj omanais sont appelés daoudi, ayni et ghaili. Le premier doit son nom à une légende selon laquelle le roi Salomon, lors d’un séjour à Oman sur la route du Yémen, a ordonné à un djinn (génie) la construction de 1 000 qanats par jour. Les deux autres signifient respectivement « source » et « flot » ou « courant » en arabe.

(5) Abdullah Saif al-Ghafri et al., « Falaj Indigenous knowledge in Oman and Iran », in AlterNative: An International Journal of Indigenous Peoples, vol. 19, no 2, juin 2023, p. 484-494.

(6) Zaher bin Khalid al-Sulaimani, Tariq Helmi et Harriet Nash, « The Social Importance and Continuity of Falaj Use in Northern Oman », International History Seminar on Irrigation and Drainage, Téhéran (Iran), 2-5 mai 2007.

(7) Soumyen Bandyopadhyay et Brigit Mershen, « Falaj Communities in Oman: A Case for Local Governance?: Ibadi Legal Rulings and Spatial and Ethnohistorical Observations », in Journal of Material Cultures in the Muslim World, vol. 3, no 1, octobre 2022, p. 6-47.

(8) Marwa Daoudy (dir.), Troubled Waters in Conflict and a Changing Climate: Transboundary Basins Across the Middle East and North Africa, Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center, 2024.

Légende de la photo en première page: Le falaj omanais est une technique traditionnelle pour répondre à la pénurie d’eau dans le pays, comme ici à Wadi al-Abyad, en 2020. © AFP/Shutterstock/Xinhua

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°69, « France-Algérie : la grande déchirure », Janvier-Mars 2026.

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