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La BOPE, une police militaire singulière

Devenue mondialement célèbre par les films Troupe d’élite et les déboires du capitaine Nascimento, la force militaire de la BOPE (Batalhão de Operações Policiais Especiais – bataillon des opérations spéciales) ne laisse personne indifférent. Cette police militaire, dont les membres sont des héros pour certains, des criminels pour d’autres, est utilisée depuis quelques années comme force première dans la pacification des favelas de l’État de Rio de Janeiro en vue des grands événements sportifs (Coupe du monde de football, Jeux olympiques). Retour sur ce corps militaire pas comme les autres, où les spéculations vont bon train.

BOPE : do Rio de Janeiro

Tout d’abord, remettons les choses dans leur contexte, la BOPE n’est pas active sur l’immense territoire brésilien, mais se limite à l’État de Rio de Janeiro, l’un des vingt-sept que compte la République fédérative du Brésil. Chaque État a sous son contrôle deux types de police (1) : une police civile et une police militaire, qui ont pour rôle premier de maintenir l’ordre public dans l’État. La police militaire, appartenant à l’armée de réserve, comprend plusieurs corps, dont la médiatique BOPE.

La BOPE a son propre quartier général, un ancien casino repris aux narcotrafiquants, situé sur les hauteurs sud de la ville, sur le Morro do Pereirão, dans le quartier de Laranjeiras. En contrebas de la colline se situe une des première favelas sécurisées par la BOPE. Elle est considérée comme la plus sûre de toute l’Amérique latine ! Cette partie représente pour le bataillon la zone verte, c’est-à-dire la zone sous contrôle, sans danger. Vient ensuite la zone jaune, qui représente toute la ville de Rio de Janeiro. Enfin, il y a la zone rouge, qui correspond à des endroits localisés de la ville où se trouvent généralement des favelas. C’est une zone hostile, celle des narcotrafiquants où la BOPE intervient.

Pour entrer à la BOPE, chaque candidat doit être membre d’un corps de la police militaire depuis au minimum dix ans, avoir une excellente condition physique, médicale et psychologique. Le prétendant doit ensuite suivre deux cours pour espérer intégrer l’unité Fluminense. Un cours d’opérations spéciales (Curso de Operações Especiais – COEsp) d’une durée pouvant aller de trois à six mois. Pendant cette période, l’aspirant est formé à des types d’intervention en zone de conflit et à des sauvetages d’otages. Le second cours s’étend sur quatre semaines et forme à des actions tactiques (Curso de Ações Táticas – CAT). La formation est très sélective et seul un petit nombre de personnes parvient à incorporer les troupes spéciales.

À n’importe quel moment, la BOPE peut être appelée en soutien des autres bataillons militaires de l’État de Rio. Pour tenir le rythme et rester toujours prête à la moindre intervention, la police spéciale suit un entraînement spécifique. Elle s’exerce plusieurs fois par semaine dans la favela en contrebas de son QG. De cette façon, les membres du bataillon spécial rodent leurs tactiques et se familiarisent avec la topographie particulière des bidonvilles qui constitueront leurs scènes d’opération à venir. Ces entraînements permettent aux nouvelles recrues de s’habituer à combattre dans de petits espaces, d’apprendre à se protéger dans un endroit où les abris sont rares et le danger omniprésent. Le maniement des armes, notamment du fusil automatique, ainsi que le jujitsu et le combat de rue sont inscrits dans la formation, ce qui explique que la BOPE soit considérée comme la meilleure troupe militaire au monde dans la gestion des problèmes en bidonville. En mission, l’équipement de ces troupes d’élite peut dépasser les 30 kg !

La pacification des favelas

La favela est un type de construction que l’on retrouve partout au Brésil et qui suscite en Europe la curiosité (une fois encore, les films comme La Cité de Dieu ou La Cité des hommes y sont pour quelque chose). L’Institut Pereira Passos (2) définit ce type d’agglomérat comme « une zone majoritairement résidentielle occupée par une population à bas revenus (3) et caractérisée par la précarité des infrastructures et des services publics, des rues étroites et un alignement irrégulier, des lots de taille et de formes irrégulières, ainsi que des constructions non enregistrées et non conformes aux schémas légaux (4) ».

Pour rappel historique, les premières favelas se sont construites au milieu du XIXe siècle, sous le règne de l’empereur Pedro II. Puis, le krach boursier de 1929 suivi de la crise des déserts, combinés à un changement de régime politique, accentuent le développement de ces bidonvilles. Les décennies qui suivent confirment cette marche en avant, et l’exode rural fait augmenter la population des favelas. Avec la situation économique délicate du Brésil pendant les années 1980 et 1990, leur développement s’intensifie sur tout le territoire national. Il y a actuellement plus de 6 300 favelas au Brésil, dont 23,2 % se trouvent à São Paulo et 19,1 % à Rio de Janeiro (5). En 2011, l’Institut brésilien de géographie et de statistique (6) a estimé à plus de 11 millions (7) le nombre de personnes vivant dans les favelas (8), soit une augmentation de 6 % depuis les années 2000.

Parallèlement, en 1978, la dictature en place (9) décide de constituer une milice pour lutter contre ses opposants : l’ancêtre de la BOPE est née. Dès 1980, pour endiguer l’insécurité, les États fédérés sont obligés d’établir des politiques de sécurité ciblant les favelas. Chaque État mène une politique régionale avec plus ou moins de succès. En mars 1988, le décret no 11.094 crée la Compagnie indépendante des opérations spéciales (Companhia Independente de Operações Especiais – CIOE) propre à l’État de Rio de Janeiro. En mars 1991, sur les bases du CIOE, est créé par le décret no 16.374 le bataillon des opérations de police spéciales, la BOPE, qui remplace petit à petit le CIOE.

À son accession au pouvoir en 2002, le nouveau président Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, fait face, sur le territoire national, à une explosion de l’insécurité en provenance des favelas. Il décide alors de promouvoir un groupe de travail sur le crime organisé ainsi qu’un nouveau système de sécurité publique (Sistema Único de Segurança Pública) (10), mais la politique de pacification des favelas ne va commencer que lors de son second mandat. Les premières interventions de la BOPE se produisent au cours de l’année 2007 et elles s’accentuent dès 2009 ; les mêmes années où le Brésil apprend qu’il organise la Coupe du monde de football de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 – vous avez dit coïncidence ? De l’aveu même du colonel Robson Rodrigues de la police militaire de Rio de Janeiro, dans un article paru dans Le Monde diplomatique (11), « ce sont bien les Jeux olympiques qui dictent notre choix ».

In fine, c’est la venue des grands événements sportifs mondiaux qui a ramené les questions sécuritaires au premier plan. Le Brésil doit profiter de son image de vitrine, notamment à Rio de Janeiro, pour satisfaire les besoins des touristes. Pour cela, la capitale Fluminense doit être la plus sécurisée possible. Le gouvernement de Rio ne veut plus laisser la main aux trafiquants de drogue, notamment au Comando Vermelho (commando rouge), la plus grande organisation criminelle de Rio de Janeiro. C’est à ce moment que la BOPE a pour mission première de reconquérir ces territoires. Peu à peu, la politique de la pacification des favelas prend forme, et s’articule en quatre phases distinctes : la reconquête, la stabilisation, l’occupation, la postoccupation.

Les deux premières étapes sont gérées par la BOPE, tandis que les deux dernières sont du ressort d’une seconde police militaire, l’Unité de Police Pacificatrice (UPP) entraînée pour occuper des fonctions plus locales, étendues dans le temps (12).

L’action et la médiatisation comme arme de la BOPE

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