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La pauvreté en France : enracinement et inégalités

Malgré le contexte de légère reprise économique que connaît la France depuis 2016, et malgré son système de protection sociale, les indicateurs de pauvreté dans notre société demeurent élevés. On souligne même l’existence de plus de 500 bidonvilles, synonyme d’exclusion urbaine et économique. Mais les inégalités sont grandes entre les territoires, qui ne sont pas concernés de la même façon par ce fléau social.

En 2016, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), 13,9 % de la population vivaient, en France, en dessous du seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian (soit 1 015 euros par mois pour une personne seule). Même si ce taux de pauvreté monétaire est en légère baisse de 0,3 point par rapport à 2015 (14,2 %), le nombre de pauvres a augmenté de 1 million de personnes entre 2005 et 2015. Environ 8,9 millions d’individus sont concernés. L’INSEE souligne également la persistance de la « pauvreté en conditions de vie » (appelée également « privations matérielles »), indice mesurant l’incapacité à couvrir les dépenses considérées comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (restrictions de consommation, insuffisance des ressources, retards de paiement, difficultés de logement). Ce taux de pauvreté matérielle était de 11,9 % en 2016. 14,7 % des 30-45 ans, 24,9 % des personnes ne disposant d’aucun diplôme, 20 % des ouvriers, 46,1 % des chômeurs, 27,3 % des foyers monoparentaux… sont affectés. En 2016, le Secours catholique a accueilli environ 1,5 million de personnes, dont la moitié était des enfants. Les raisons de cette pauvreté monétaire et « en conditions de vie » sont connues. Le chômage tout d’abord, qui touche 9,7 % de la population active en octobre 2017 (3,74 millions de chômeurs), mais aussi les faibles salaires liés à l’augmentation du travail à temps partiel pour les actifs les moins qualifiés (travailleurs pauvres), sans oublier la hausse des prix en général, particulièrement dans l’immobilier.

Des inégalités territoriales fortes

La France de la pauvreté n’offre pas un visage homogène. Sur le territoire métropolitain, la Corse est la région la plus touchée (20,3 % en 2015), devant les Hauts-de-France (18,3 %). À l’opposé, la Bretagne (10,7 %) et les Pays de la Loire (11,1 %) sont les plus épargnées. L’Île-de-France est dans une situation intermédiaire avec un taux toutefois supérieur à la moyenne nationale (15,6 %). À l’échelle départementale, en France métropolitaine, la Seine-Saint-Denis (27,8 %) et la Haute-Corse (22,5 %) sont les territoires les plus touchés, au contraire de la Haute-Savoie (9,3 %) et des Yvelines (9,3 %) (cf. carte 2). La situation en outre-mer est plus inquiétante qu’en France métropolitaine, car les taux sont nettement plus élevés. Parmi les DROM, c’est la Réunion qui connaît la situation la plus dramatique avec 41,8 % de la population vivant en dessous du seuil, devant la Martinique (32,1 %). Parmi les 15 communes de France où les taux de pauvreté sont les plus élevés, 13 se situent à La Réunion. Pour l’ensemble du pays, le taux de pauvreté est moins important dans les communes rurales (9,3 %), ce qui n’est pas le cas des agglomérations de plus de 200 000 habitants (13,2 %), l’agglomération parisienne se situant au-dessus (14,5 %). Paradoxe : trois quarts des pauvres ne vivent pas dans les quartiers dits « prioritaires » de la politique de la ville.

Cette pauvreté prend parfois la forme de l’exclusion la plus absolue qui aboutit à vivre dans la rue (cf. documents 1 et 2). L’association Trajectoires estime qu’entre 15 000 et 20 000 personnes vivent dans les 571 bidonvilles recensés en France en 2017, dont 113 sont en Île-de-France. Il est envisageable que la croissance économique actuelle donne des résultats encourageants, mais elle ne réduira pas brutalement ces statistiques. Petite embellie cependant : entre décembre 2015 et mars 2017, le nombre d’allocataires du RSA a diminué de 5 %, soit 95 000 personnes de moins. 

Article paru dans la revue Carto n°45, « Péninsule arabique : Un espace sous tension», janvier-février 2018.

 

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