Type-26 : le pari de BAE Systems

Dès la fin des années 1990, la Royal Navy envisage l’achat d’une nouvelle classe de frégates ASM destinées à remplacer les Type-23. Plusieurs études sont lancées, mais, de retards en réductions budgétaires, il faut finalement attendre 2017 pour voir la mise sur cale du Glasgow, tête de sa classe. Entre-temps, ce qui était le Future surface combattant (FSC) est devenu le Global combat ship (GCS) – avec en ligne de mire les marchés exports.

Le pari, du point de vue commercial, est indubitablement réussi. Avec 15 bâtiments pour la marine canadienne, neuf pour l’Australie et huit pour le Royaume-Uni – soit un total de 32 bâtiments –, c’est aujourd’hui le plus gros programme de frégates encore à réaliser au monde (1). Son histoire a cependant été mouvementée et plusieurs entraves se posent toujours à sa réalisation. L’origine du programme remonte aux réflexions sur le futur des bâtiments d’escorte britanniques. Dès 1998, plusieurs options sont étudiées, y compris des catamarans – un navire d’essais, le Triton, sera même construit –, mais aussi la scission des fonctions sur trois classes (escorteur ASM, bâtiment de stabilisation et patrouilleur hauturier) dotées de modules spécialisés. Finalement, ce sera une option plus conventionnelle qui sera retenue en 2009, avec une grosse frégate ASM monocoque, la question du patrouilleur étant mise de côté. Le véritable coup d’envoi remonte à 2010, avec un cahier des charges revu et deux variantes : ASM et appui. Si la vision initiale portait sur un bâtiment de 141 m de long pour un déplacement de 6 850 t.p.c., des contraintes budgétaires entraînent une réduction du tonnage à 5 400. Dans le même temps, le lancement du programme implique pour la Royal Navy de supprimer l’option qu’elle avait posée pour deux destroyers Type‑45. Il est alors encore question d’une première entrée en service en 2020.

Mais le design évoluera encore : en 2014, le bâtiment passe à plus de 8 000 t.p.c. Or la Strategic defense and security review de 2015 impose une réduction budgétaire globale aux forces britanniques. Conséquence directe, la cible de Londres est revue à la baisse. De 13 navires initialement envisagés afin de remplacer nombre pour nombre les Type‑23, la cible passe à huit, sachant qu’une nouvelle classe de bâtiments, plus légers et moins coûteux, sera ensuite développée et acquise dès que les finances le permettront. Ce seront les Type‑31. In fine, après que plusieurs contrats d’études et de développement ont été signés au fil des ans, le programme entre dans une phase critique et est même gelé en 2016, à cause de problèmes techniques et de financement, et de batailles juridico-­politiques autour des chantiers qui seront mobilisés. De facto, la classe représente un enjeu crucial en termes industriels et doit intégrer la planification de BAE, où se succèdent les deux porte-­avions de classe Queen Elizabeth de même que les trois patrouilleurs de classe River.

Finalement, le contrat pour les trois premières unités, d’un montant de 3,7 milliards de livres, est signé en juillet 2017. Le coût total des achats est alors estimé à 8 milliards de livres pour les huit unités, sachant que 13 bâtiments auraient coûté 11,5 milliards (2). Les deux premières mises sur cale interviennent en juillet 2017 et août 2019. Entre-­temps, la tête de classe reçoit son nom : Glasgow. Concrètement, elle devrait entrer en service en 2027, et la deuxième unité en 2029. Les succès commerciaux arrivent également. Dès 2016, la Type‑26 est présélectionnée par l’Australie, qui entend remplacer ses frégates de type Anzac (programme SEA 5000). En 2018, BAE est officiellement sélectionné pour neuf unités qui prennent le nom de classe Hunter et qui seront construites par ASC Shipbuilding. Au Canada, le consortium combinant Lockheed et BAE est choisi en octobre 2018 pour 15 bâtiments construits localement par Irving Shipbuilding, dans l’optique d’une première admission au service durant les années 2020.

Les caractéristiques techniques

Avec une longueur de 149,9 m pour une largeur de 20,8 m, les Glasgow sont des bâtiments de grande taille bénéficiant d’un haut degré d’automatisation, ce qui doit permettre de réduire l’équipage à 157 hommes (51 passagers supplémentaires peuvent être accueillis). Basiquement, ce sont des frégates à dominante ASM, mais leur philosophie dépasse cette seule mission. Elles doivent ainsi pouvoir servir de points d’appui au déploiement de forces spéciales ou à des missions contre-­narcotiques, de contre-­piraterie ou d’aide lors de catastrophes naturelles. Pour ce faire, elles sont dotées d’une grande baie de mission modulaire communiquant avec le hangar hélicoptère et traversant la largeur du navire, et pouvant accueillir jusqu’à quatre RHIB (Rigid hull inflatable boat), des conteneurs ou, à terme, des drones de surface et sous-­marins. Elles disposent d’un système permettant la mise à l’eau ou à quai des chargements, par bâbord et tribord. S’y ajoute une baie indépendante pour un RHIB à bâbord. Le hangar lui-même peut accueillir un hélicoptère de la classe 12 t – concrètement, un Merlin – de même que des hélidrones ou encore un ou deux Lynx Wildcat (3). La plate-­forme hélicoptère peut en revanche permettre à un CH‑47 Chinook d’apponter.

Classiquement maintenant, ses superstructures sont inclinées afin de réduire la réflexion radar. De même, les cheminées sont dotées de dispositifs de dilution des échappements, permettant de réduire la signature infrarouge. La signature acoustique n’a pas été oubliée. La coque est isolée et la propulsion du navire est un arrangement CODLOG combinant deux moteurs électriques approvisionnés par quatre générateurs diesels MTU Type 20V 4000 M53B, une turbine à gaz MT‑30 pouvant assurer un surcroît de puissance ; l’ensemble entraîne deux lignes d’arbre. Le bâtiment peut ainsi dépasser les 26 nœuds et assurer l’escorte des porte-aéronefs de classe Queen Elizabeth. En théorie, l’autonomie du navire sur propulsion diesel-électrique est de 13 000 km.

L’armement a été sujet à plusieurs évolutions, quant à sa nature et à son positionnement. La configuration finalement retenue comprend un canon de 127 mm Mk45 Mod. 4 de 62 Cal. d’une portée maximale de 36 km. Toujours sur la plage avant se situent 24 cellules de lancement verticales Mk41, soit huit de moins qu’initialement prévu. Le choix du VLS (Vertical launch system) américain peut sembler étonnant. Certes, la Royal Navy dispose de missiles de croisière Tomahawk – plus précisément des UGM‑109, lancés depuis des sous-marins nucléaires d’attaque –, mais elle n’est dotée d’aucun autre missile pouvant être lancé depuis des Mk41 (4). Une autre inconnue porte sur l’armement antinavire. Londres a décidé de retirer du service ses RGM‑84 Harpoon tout en s’engageant avec la France dans le programme FC/ASW (Future cruise/anti-ship weapon). Or ce dernier ne devrait déboucher qu’en 2030… Dès lors, soit la Royal Navy fait le choix d’un abandon capacitaire de près d’une dizaine d’années, soit elle décide d’acheter le LRASM américain. Ce dernier a effectivement été testé depuis des cellules verticales et pourrait être vu comme une solution intérimaire… ou définitive, ce qui impliquerait de mettre un terme au programme commun avec la France (5).

La défense aérienne est assurée par 48 missiles à lancement vertical Sea Ceptor, positionnés dans des silos spécifiques en deux groupes de 24 : l’un sur la plage avant, devant les VLS Mk41, l’autre derrière la cheminée. D’une portée supérieure de 25 km et d’un poids de 99 kg, les missiles remplacent les Sea Wolf, y compris sur les Type‑23, et permettent d’engager aussi bien des aéronefs que des missiles antinavires, supersoniques ou non. L’engin est à guidage radar actif et dispose d’une liaison de données bidirectionnelle, éliminant le besoin d’un radar de contrôle de tir. La défense rapprochée s’articule autour de deux CIWS (Close-in weapon system) Phalanx hexatubes de 20 mm et de deux canons de 30 mm DS30M Mk2 positionnés sur les côtés du hangar. S’y ajoutent des miniguns Mk44 et des mitrailleuses.

La Type-31, palliative aux Type-26

Si la Royal Navy ne disposera que de huit Type‑26, elle recevra en revanche cinq Type‑31, plus légères, dont les entrées en service s’étaleront entre 2024 et 2028. C’est finalement le consortium entre Babcock, BMT et Thales qui a été annoncé vainqueur de la compétition en septembre 2019, avec un design, l’Arrowhead 140, dérivé des frégates antiaériennes danoises de classe Iver Huitfeldt (1).

Ce seront des bâtiments de 5 700 t pour une longueur de près de 138 m, propulsés par quatre diesels et deux lignes d’arbre. Leur armement sera plus léger : un canon de 57 mm, deux canons Bofors Mk4 de 40 mm pour la protection rapprochée et 24 missiles Sea Ceptor – et donc aucun missile antinavire et aucun tube lance-­torpilles, du moins, dans un premier temps.

Elles embarqueront un Merlin ou deux Lynx Wildcat (le pont pouvant accueillir un Chinook) et disposeront de quatre baies pour des RHIB, de même que d’un espace modulaire de 119 m2, positionné sous le pont hélicoptère. Le système de capteurs est également revu à la baisse, avec un sonar de proue, un radar 3D Thales NS110 AESA en bande S, des radars de navigation et un ou plusieurs systèmes EO Mirador Mk2. Les Type‑31 pourraient également être proposées à l’exportation.

Note

(1) Voir la fiche technique qui leur est consacrée dans DSI no 101.

Représentation informatique des futures Type-31. (© Babcock)

Étonnamment, les Type‑26 ne disposent pas de tubes lance-­torpilles, leur mise en œuvre devant s’effectuer par les hélicoptères. Leur armement a par ailleurs évolué. Les missiles antinavires légers Sea Venom à guidage infrarouge, d’une charge de 30 kg pour une portée de 20 km environ devraient ainsi entrer en service en 2022, en remplacement des Sea Skua. Seuls les Lynx Wildcat en seront dotés. De même, eux seuls recevront le missile Martlet, un engin à guidage laser de 8 km de portée pour une charge de 6 kg dérivé du Thales LMM, particulièrement pertinent contre les embarcations légères ou les véhicules. Paradoxalement donc, et au moins dans un premier temps, la diversification des armements héliportés va se trouver neutralisée par une configuration où il faudra choisir entre lutte ASM – avec un Merlin – ou antisurface – avec un ou deux Wildcat, qui peuvent certes embarquer des torpilles… mais ne disposent pas de sonar embarqué.

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