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Du air-air au sol-air : l’enjeu de la modularité en missilerie

Si nombre d’États ont conservé des capacités surface-air à longue, moyenne et courteportée, une mutation importante n’aura pas échappé aux observateurs de ces deux derniers segments : l’usage de plus en plus généralisé de missiles air-air. La tendance semble appelée à durer… jusqu’au point de prendre en compte les missiles surface-air à longue portée ?

Passer du sol-air au air-air représente évidemment un avantage en logistique haute comme en stratégie des moyens. Les commandes étatiques ne concernent plus qu’un seul type d’engin, dont les logiciels sont parfois modifiés, ce qui facilite la maintenance et la formation, et permet aussi d’accroître les volumes globaux, avec pour effet de réduire relativement les coûts d’achat. La gestion industrielle et la mise en place des chaînes de montage sont également facilitées. Les VL MICA, NASAMS (Norwegian advanced surface-to-air missile), IRIS‑T SLM (Surface launched missile) et SLS (Surface launch standard) ou encore CAMM (Common anti-air modular missile) sont emblématiques de cette évolution qui, en réalité, n’est pas tout à fait nouvelle. Le Sidewinder a ainsi longtemps été le missile surface-­air à courte portée de l’US Army (Chaparral) et est toujours utilisé par Taïwan. Le Sparrow a été décliné en Sea Sparrow, en Skyguard (couplé à des canons), en Spada et en Albatros. Mais il est un fait que la qualité des autodirecteurs a limité l’avantage offert – la dernière version du Chaparral était d’ailleurs dotée d’un système proche de celui du Stinger.

Les Européens en tête

Or, l’arrivée de missiles air-air à guidage actif – et non plus semi-­actif – a changé la donne, tout comme les performances des poudres permettent d’envisager des systèmes non plus affectés à la courte, mais bien à la moyenne portée. L’AIM‑120 AMRAAM (Advanced medium range air-to-air missile) peut ainsi être lancé depuis les lanceurs terrestres ou depuis des navires, avec quatre ESSM (Evolved Sea Sparrow missile) par cellule verticale (1). Mieux encore, sur le NASAMS‑3, des missiles AIM‑9X ou des AMRAAM‑ER (Extended range) peuvent être utilisés. Sur les lanceurs NASAMS‑2 (huit missiles par lanceur), la portée est de l’ordre de 30 km, bien moindre que sur la version air-air, mais avec pour avantage de ne nécessiter qu’un radar d’alerte – le plus souvent un MPQ‑64 – et un PC de tir. Un système électro-optique peut aussi y être ajouté. La portée passe à 60 km avec l’AMRAAM‑ER. L’installation des lanceurs peut se faire de manière statique ou sur des camions. La formule, qui utilise un missile largement disponible, a séduit, avec 15 pays acheteurs (2) ou utilisateurs. Si de bonnes performances ont été observées en Ukraine, la disponibilité du système dépend largement du bon vouloir de Washington… qui, paradoxalement, n’a commandé que quelques exemplaires du NASAMS, pour la protection rapprochée de la capitale fédérale.

Le VL MICA français peut être utilisé aussi bien depuis des batteries terrestres – sept pays acquéreurs (3) – que depuis des navires (14 pays acquéreurs (4)). Sa portée est d’environ 20 km jusqu’à une altitude de 9,1 km, mais elle pourrait s’accroître considérablement si des MICA NG sont utilisés : ses composants étant miniaturisés, une nouvelle propulsion, à double impulsion, sera intégrée. La batterie compte là aussi un radar (Ground Master 200), un PC de tir et de deux à six lanceurs avec chacun huit missiles prêts au tir. Ces derniers sont soit la version à guidage infrarouge, soit celle à guidage radar actif. Évolution intéressante, des lanceurs VL MICA pourront être intégrés aux batteries SAMP NG.

L’IRIS‑T de Diehl est décliné en SLS de 12 km de portée et de 6 km d’altitude et en SLM. Si ce dernier atteint 40 km de portée et 20 km d’altitude, c’est aussi parce que le missile est différent, avec une section de propulsion plus large et une liaison de données pour la première partie du vol. Le capteur infrarouge utilisé pour l’interception est protégé durant le vol par un cône réduisant la traînée et améliorant les performances. Le SLS peut être utilisé depuis un TELAR (Transporter-erector-launcher and radar) comme le BvS10 doté d’un radar Giraffe‑1, mais le SLM nécessite des radars plus lourds comme le Ground Master 200 ou le TRML‑4D. Un IRIS‑T SLX est en cours de développement, avec une portée passant cette fois à 80 km pour une altitude de 30 km. Le bilan commercial du système est bon, du fait de son succès opérationnel en Ukraine, mais aussi de son inclusion dans l’European sky shield initiative allemande (5). Six pays ont commandé ou reçu des SLS (6) et onze des SLM (7). L’IRIS‑T est par ailleurs intégré, avec l’AIM‑9, sur le NOMADS commandé par la Norvège et les Pays-Bas… avec un système C2 issu du NASAMS.

Le CAMM diffère un peu : si l’ASRAAM (Advanced short-range air-to-air missile) est bien sa base, l’autodirecteur et l’électronique embarquée sont de nouvelle génération. Il a d’abord été destiné à fournir un équivalent à l’ESSM dans le cadre du programme Sea Ceptor, avec 25 km de portée et une altitude maximale d’interception de 10 km et a été choisi par huit pays en plus du Royaume-­Uni (8). Dans le cadre du Land Ceptor/Sky Sabre, destiné à la British Army, il est intégré sur des lanceurs à huit cellules et est couplé avec un radar Giraffe. Les 22 batteries commandées par la Pologne, seul client export, dans le cadre du programme Narew en sont proches. La prochaine étape pour le programme est la mise au point, en cours avec l’Italie, du CAMM‑ER, significativement plus lourd (160 kg contre 99), mais dont la portée passe à 45 km. Il remplacera à terme les Aspide et Skyguard en service en Italie, et un partenariat de production a déjà été conclu avec la Pologne. Un CAMM‑MR, de 100 km de portée, est en cours de conception avec la Pologne.

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