Alors que le monde est secoué par les politiques menées par l’administration Trump depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, la politique japonaise est en proie à des troubles internes et externes, entrainant une étrange stagnation.
Une alternance politique avortée
Sur la scène politique intérieure, les élections générales qui ont suivi la dissolution en octobre 2024, ont abouti à un gouvernement minoritaire dirigé par le Premier ministre Shigeru Ishiba, qui avait été élu comme président du Parti libéral-démocrate (PLD) le mois précédent. En effet, à la suite d’affaires de détournement de fonds politiques impliquant plus de 80 députés (1) (révélées sous l’administration Kishida), ainsi qu’à deux années de baisse des revenus réels (bien que son taux d’inflation soit deux fois moins élevé qu’en Europe), le parti au pouvoir a perdu 67 sièges et donc la majorité. Le partenaire de coalition du PLD, le parti bouddhiste Komeïtô, a également perdu huit sièges, laissant le parti au pouvoir avec seulement 215 sièges sur 465. Il s’agissait du troisième gouvernement minoritaire au Japon, après ceux de 1954 et de 1994.
Cependant, cette situation n’a pas abouti à une alternance. Non seulement parce que le résultat de l’élection était une surprise, mais aussi parce que les principaux partis d’opposition n’ont pas réussi à s’unir pour former un gouvernement. Bien que le premier d’entre eux, le Parti démocrate constitutionnel, ait obtenu 148 sièges, soit un gain de 52 sièges, d’autres partis, en allant du parti néolibéral le Parti de l’Innovation jusqu’au Parti communiste, n’ont pas été en mesure de s’unir derrière un programme commun. De plus, au Japon, où le Sénat dispose d’un fort pouvoir de veto, l’absence de majorité à la chambre haute entrainerait rapidement une paralysie de gouvernance. En partant de ce constat, la stratégie du Parti démocrate serait donc d’attendre que le PLD perde sa majorité à la chambre haute — dont les élections se tiennent en juillet prochain — afin de réaliser le changement de gouvernement lors des prochaines élections de la Diète. Mais, cela présuppose un vaste rapprochement entre les différents partis d’opposition, une stratégie maintes fois défendue, mais jamais réalisée depuis le retour du PLD au pouvoir, en 2012.
Le gouvernement Ishiba, désormais minoritaire, a été contraint de faire des compromis sur les demandes du Parti de l’Innovation et du Parti démocrate du peuple, dont le total de sièges est passé de 11 à 28 entre 2021 et 2024. Le budget a été finalement adopté en acceptant la proposition du Parti de l’Innovation de rendre les universités gratuites par le biais d’allocations au foyer. La diversité des positions politiques des partis d’opposition a finalement placé le PLD dans une position avantageuse.
Le facteur Trump : un défi existentiel ?
Après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, le Premier ministre Shigeru Ishiba a demandé une rencontre officieuse avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Mais cela lui a été continuellement refusé en raison de la loi Logan, qui interdit au président élu de négocier avec des dirigeants étrangers avant son investiture. Étant donné que Donald Trump avait déjà rencontré ses homologues italien ou argentin, ce n’était qu’une excuse illustrant le peu d’importance qu’il accordait au Japon. Toutefois, le Premier ministre japonais a été le deuxième dirigeant étranger à rencontrer le président Trump en février, après Benyamin Netanyahou.
L’une des principales préoccupations dans l’opinion publique nippone était de savoir si le nouveau président approuverait le rachat de US Steel par Nippon Steel, auquel l’administration Biden faisait obstacle. Bien que le président Trump eut déclaré qu’il serait favorable à l’idée, à condition qu’il s’agisse « d’un investissement » plutôt que d’une prise de contrôle, et sans en préciser la nature, il était clair que l’administration Ishiba avait été lésée. En effet, lors de la conférence de presse conjointe, le président américain a confondu Nippon Steel avec le constructeur automobile Nissan, et il a mentionné le nom de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe à trois reprises. Alors que le nouveau locataire de la Maison-Blanche préfère être franc et direct, contrairement à son homologue japonais qui est distant et attaché aux principes, Donald Trump n’avait peut-être pas l’intention de faire de son homologue japonais un partenaire de négociation, au regard de son mandat qui s’annonce probablement de courte durée.














