Magazine Diplomatie

L’empire est mort, vive l’empire !

Un intermède multipolaire

Envisager la multipolarité comme un système international permettant de redistribuer de manière plus équitable les déséquilibres de puissance de la période unipolaire que nous avons connue récemment revient à faire preuve d’une cécité historique dangereuse pour la stabilité mondiale. La multipolarité entraine un accroissement de la méfiance et constitue ainsi un système crisogène. Loin d’apporter la stabilité, la multipolarité au XXIe siècle permettra ainsi à une puissance impérialiste d’émerger et de dominer le système.

Les empires ont toujours existé. Si un célèbre ouvrage de l’historien Jean-Baptiste Duroselle laisse entendre la fin des empires, cela ne signifie nullement que le principe d’empire lui-même disparaitra un jour. Il s’agit plutôt de mettre en lumière l’éternel recommencement impérialiste, par lequel la loi du plus fort l’emporte. Tout empire, inévitablement, finit par s’effondrer. Parfois, les États ayant des ambitions impérialistes sont obligés de faire preuve de patience et de mettre leurs ambitions en pause, en attendant une opportunité pour atteindre le Saint Graal de l’éternité impériale… quête annonciatrice de leur déclin futur puisque, en effet, tout empire périra.

Notes

(1) Christopher Layne, « The unipolar exit: beyond the Pax Americana », Cambridge Review of International Affairs, vol. 24, n°2, juin 2011, p. 160.

(2) Björn Hettne, András Inotai, Osvaldo Sunkel, « Globalism and the New Regionalism », The New Regionalism, vol. 1, 1999, p. 17.

(3) Niall Ferguson, « A World Without Power », Foreign Policy, juillet-aout 2004, p. 32.

(4) Richard N. Haass, Foreign Policy Begins at Home: The Case for Putting America’s House in Order, Basic Books, 2014, p. 48.

(5) John Mearsheimer, The Tragedy of Great Power Politics, W.W. Norton & Company, 2001, p. 21.

(6) Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, Vintage Books, 1987.

(7) Walter Lippmann, U. S. Foreign Policy: Shield of the Republic, Little Brown, 1943, p. 7-8.

(8) Christophe Réveillard, « La puissance américaine face aux cycles hégémoniques : l’hypothèse Wicht », Géostratégique, n°29, Institut français des relations internationales (IFRI), 2010, p. 84.

Légende de la photo en première page: Le 15 aout 2025, le président russe Vladimir Poutine est reçu en Alaska par son homologue américain Donald Trump afin d’aborder la question de la guerre en Ukraine. Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a ravivé les craintes liées aux ambitions impérialistes de Moscou, et que l’Europe assiste à un alignement de l’administration Trump sur la propagande du Kremlin, les pays d’Europe de l’Est comme la Pologne ou les États baltes n’ont d’autre choix aujourd’hui que de se préparer à une possible invasion, les services secrets allemands ayant averti en octobre 2025 qu’une attaque de la Russie contre un pays de l’OTAN pourrait avoir lieu avant 2029. (© Kremlin​.ru)

Article paru dans la revue Diplomatie n°136, « Les États-Unis de Donald Trump : une puissance prédatrice en déclin ? », Novembre-Décembre 2025.
0
Votre panier