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Corée du Sud et France : l’heure des partenariats de nécessité

Invité au sommet du G7 d’Évian alors que Paris et Séoul célèbrent 140 ans de relations diplomatiques, le président sud-coréen Lee Jae-myung incarne une puissance que la France continue de regarder à travers le seul prisme de la culture. C’est une erreur stratégique.

Il y a, dans le regard que la France porte sur la Corée du Sud, une affection sincère et un malentendu tenace. Nous aimons ses séries, sa musique, son cinéma ; nous saluons son « miracle » économique. Mais cette admiration, parce qu›elle reste largement dépolitisée, masque l›essentiel : derrière l’image culturelle est apparue une puissance industrielle, technologique et stratégique de premier plan, dont la France aurait tout intérêt à faire une partenaire de premier rang.

L’occasion est rare. Le président Lee Jae-myung était invité au sommet du G7 qui s›est tenu à Évian à la mi-juin, au moment précis où Paris et Séoul commémorent le cent-quarantième anniversaire de l›établissement de leurs relations diplomatiques. Deux calendriers, l›un conjoncturel, l›autre historique, se rejoignent. Il s›agirait pour la France d›en faire autre chose qu›une commémoration polie.

La Corée du Sud, un modèle démocratique et économique ?

À l’occasion du premier anniversaire de l’entrée en fonctions du gouvernement de Lee Jae-myung, la Corée qui se présentait à Évian n’est plus tout à fait celle que nous croyons connaitre. Elle vient de traverser l’une des crises politiques les plus graves de son histoire démocratique récente, et elle en est sortie par le haut. Confrontée à une rupture constitutionnelle, la République de Corée n’a cédé ni à la paralysie ni à la rue : ses institutions ont fonctionné, l’État de droit a prévalu, l’alternance s’est faite par les urnes et dans le calme. Dans un monde où, des deux côtés de l’Atlantique, les institutions démocratiques donnent des signes de fatigue, cette capacité à absorber un choc majeur sans se renier n’est pas un détail de politique intérieure. C’est une carte stratégique et un démenti utile à ceux qui prophétisent le déclin inéluctable des démocraties.

Cette stabilité retrouvée s’est doublée d’une vigueur économique que peu avaient anticipée. La Bourse de Séoul a franchi ce printemps un seuil inédit, devenant l’un des indices les plus performants du monde cette année ; les exportations ont dépassé pour la première fois les 700 milliards de dollars sur l’année, portées par les semi-conducteurs et la demande mondiale liée à l’intelligence artificielle. Samsung, enfin, est entré dans le cercle très fermé des entreprises dont la capitalisation dépasse les mille milliards de dollars. Ces chiffres ne sont pas des trophées : ils signalent une économie qui a fait des technologies critiques le cœur de sa puissance.

Dans le même temps, Séoul a engagé l’une des stratégies industrielles les plus ambitieuses de la décennie. Avec le lancement, ce printemps, de son « Global AI Hub » et un effort national massif sur l›intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les batteries, la construction navale et les industries de défense, la Corée a tranché là où beaucoup de démocraties hésitent encore : la souveraineté technologique se construit, elle ne se constate pas. Et sa diplomatie, qu’elle qualifie elle-même de « pragmatique », poursuit un objectif que tout dirigeant français reconnaitra : préserver sa liberté d’action sans rompre ses alliances, sécuriser sa prospérité sans céder à la dépendance. Or, cette posture, trait pour trait, est aussi celle de la France.

À propos de l'auteur

Arnaud Leveau

Président d’Asia Centre, professeur associé à l’université Paris-Dauphine–PSL et auteur de La France et la Corée du Sud : partenaires naturels dans un monde de puissances moyennes (L’Harmattan, 2026).

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