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En Macédoine, une sortie de crise durable ?

Le chef du parti SDSM et Premier ministre macédonien depuis le 17 mai 2017, Zoran Zaev. Arrivé en deuxième position lors des élections législatives du 11 décembre 2016 (49 sièges contre 51 pour le VMRO, parti conservateur au pouvoir), le SDSM était parvenu dès la fin du mois de janvier à obtenir le soutien des partis de la minorité albanaise du pays (25 % de la population). Mais la transition, qui apparaissait dès lors comme une formalité, s’est heurtée à une véritable guérilla constitutionnelle du pouvoir en place. (© Gouvernement de la République de Macédoine)

Après une longue instabilité et l’arrivée au pouvoir de la social-démocratie grâce à un programme anticorruption contre la droite conservatrice, Skopje entame des réformes nécessaires à une certaine refonte de la vie politique et qui l’autorisent à regarder de nouveau vers l’Europe. Retour sur trois ans de crise.

Ces dernières années, la République de Macédoine s’est retrouvée à plusieurs reprises sous les feux de l’actualité internationale en relation avec différents évènements. Si le problème de la tristement fameuse « route des Balkans » l’a faite émerger du brouhaha médiatique, en lien avec les questions de migrations internationales, c’est sa situation politique intérieure troublée qui l’a inscrite durablement dans les manchettes. Après la révélation par le leader de l’opposition de l’existence d’un vaste réseau d’écoutes téléphoniques organisé par la Sécurité intérieure du pays, alors dirigée par le cousin du Premier ministre de l’époque, s’est ensuivie la publication des fameuses « bombes » par Zoran Zaev, leader du parti social-démocrate d’opposition (SDSM). Ces enregistrements issus des écoutes organisées révélèrent une série de scandales au sommet de l’État macédonien, donnant la preuve de la collusion longtemps dénoncée entre le VMRO-DPMNE au pouvoir et l’appareil d’État. De l’utilisation de ses moyens à des fins d’enrichissement personnel par un groupe de responsables politiques baptisé « la famille » en raison des liens unissant ses membres, à la manipulation de processus électoraux, en passant par l’asservissement de la justice et des principaux médias, elles mettaient en lumière l’existence d’un système de contrôle total des institutions destiné à servir les intérêts du parti et de son chef. Ces « bombes », distillées par le SDSM, lui ont surtout permis d’organiser son retour sur le devant de la scène et de se replacer au centre d’une contestation croissante depuis le début de la décennie 2010.

Une crise de longue durée

La crise politique traversée par le pays s’inscrit en effet dans un temps plus long, comme en témoigne la multiplication des élections législatives anticipées depuis 2008. Alors que l’exercice du pouvoir par le gouvernement de Nikola Gruevski, Premier ministre depuis 2006, prenait une teinte autoritaire, la multiplication des mesures à l’encontre de toute forme d’opposition a progressivement entrainé la montée de la grogne dans une partie de la population. Pourtant, avant 2014, l’expression de ce mécontentement ne se retrouvait encore que très peu dans la rue – à l’exception notable des manifestations consécutives à la mort sous les coups d’un policier du jeune Martin Neskoski en juin 2011 et de celles de décembre 2012 à la suite du vote contesté du budget 2013, qui a vu les députés de l’opposition expulsés de la séance.

C’est la volonté d’étendre le contrôle du gouvernement sur les universités qui entraina, fin 2014, les premiers mouvements massifs de revendication s’inscrivant dans la durée. Initialement focalisés autour de l’opposition à l’évaluation de l’enseignement (1) par des examens conduits sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur, ces manifestations et blocages des universités ont progressivement pris une teinte plus générale en cristallisant la colère sourde d’une partie de la population du pays. Ils se sont néanmoins éteints progressivement alors que le gouvernement concédait un retrait de sa réforme de l’université. L’orage semblait passé.

Durant toute cette période, l’opposition n’est pas parvenue à profiter de la rancœur montante pour se positionner en alternative au gouvernement de droite nationaliste du VMRO-DPMNE, malgré les prémices de contestation de 2011 et 2012. Il aura fallu attendre 2013 pour que le leader historique du parti social-démocrate, Branko Crvenkovski, en quitte la direction et laisse la place à une nouvelle génération de dirigeants. Figure historique du parti et ancien Premier ministre et président de la République de Macédoine, il faisait figure de repoussoir pour une partie de l’électorat marqué par les conséquences socio-économiques de la transition vers l’économie de marché qui caractérisaient les années 1990. Pointé du doigt comme portant une importante part de responsabilité dans l’effondrement de l’activité économique durant cette période, il était également accusé d’avoir permis de nombreuses privatisations sauvages, sources d’enrichissement personnel d’anciens apparatchiks du régime yougoslave reconvertis en hommes d’affaires, voire d’avoir lui-même profité de celles-ci. Sa mise à l’écart et son remplacement par Zoran Zaev en 2013 s’inscrivaient donc dans un objectif de restauration de la crédibilité du parti en vue de le rendre à nouveau audible au sein de la société macédonienne. Et, si les débuts ont été difficiles pour le SDSM, l’épisode des « bombes » l’a replacé au centre du jeu puisque c’est à sa suite qu’a été organisée à Skopje, le 17 mai 2015, la première grande manifestation, fruit de la mobilisation d’une série d’acteurs de l’opposition, SDSM en tête. Suivie de l’occupation du boulevard situé devant le siège du gouvernement, cette manifestation avait pour objectif de contraindre le gouvernement au dialogue, mais également d’organiser le retour du SDSM au sein d’un Parlement qu’elle boycottait depuis les élections législatives de 2014. Objectif atteint, avec la signature des accords de Przino en octobre 2015, prévoyant notamment la nomination d’un procureur spécial chargé de faire la lumière sur les affaires nées de l’écoute des enregistrements, la perspective d’une démission du Premier ministre Nikola Gruevski (réalisée en janvier 2016), ainsi que des mesures visant à améliorer les conditions d’organisation d’élections législatives, prévues pour avril 2016. Les évènements qui suivirent, et notamment l’épisode de la Sarena Revolucija (révolution des couleurs) (2), ont confirmé cette position nouvelle associant le SDSM à une contestation sociale née hors de ses bases.

Les élections de décembre 2016, des résultats en demi-teinte pour l’apogée de la crise
Bien que les délais initialement prévus n’aient pu être tenus en raison des tensions opposant les partis politiques dans l’application des accords de Przino, ce qui a valu la signature d’un Przino 2 suite à la révolution des couleurs, les élections ont fini par se tenir le 11 décembre 2016 et ont donné lieu à des résultats contrastés et une confusion majeure alors que Zoran Zaev (SDSM) et Nikola Gruevski (VMRO-DPMNE) proclamaient tous deux leur victoire.

D’une certaine façon, ils avaient tous les deux de bonnes raisons de le faire. Pour Nikola Gruevski, le VMRO-DPMNE restait le premier parti de la République de Macédoine avec 38,14 % des voix. Il était arrivé en tête également sur l’ensemble du territoire en dehors de la circonscription à majorité albanaise du Nord-Est du pays et de l’une des deux circonscriptions de la capitale, Skopje. Cette « victoire » était néanmoins en demi-teinte, alors que le parti perdait un grand nombre de voix et une dizaine de députés, ce qui le privait de sa majorité absolue au Parlement.

Quant au SDSM, bien qu’il ait ambitionné la victoire, ses 36,66 % des voix marquaient déjà une progression spectaculaire par rapport aux 25 % des élections de 2014. Ils lui ont surtout permis d’obtenir 49 députés au Parlement, soit seulement deux de moins que le VMRO-DPMNE, et ont validé la stratégie de Zoran Zaev et Radmila Sekerinska, vice-présidente du parti. Enfin, au vu de ce que l’on pouvait qualifier de mauvais résultats du VMRO-DPMNE, ils plaçaient le parti dans une position où le pouvoir était accessible.

Le rôle crucial de la minorité albanaise

De leur côté, les partis albanais traditionnels que sont le BDI (Union Démocratique pour l’Intégration) et le PDSH (Parti Démocratique des Albanais) ont enregistré une forte baisse du nombre de leurs électeurs et de leurs députés, passant respectivement de 19 à 10 et de 7 à 2. Ils ont également vu l’émergence d’autres acteurs captant une partie des voix de cette minorité ethnique avec l’apparition du parti erdoganiste BESA (5 députés), et de l’Alliance des Albanais (2 députés).

In fine, le VMRO-DPMNE et le SDSM se retrouvaient tous deux en position de composer une majorité parlementaire. Or le BDI, partenaire de coalition historique du VMRO-DPMNE au sein du gouvernement, a fini par décider de tourner le dos à son ancien partenaire en refusant la coalition, renonçant au passage au principe « vainqueur avec vainqueur » sur lequel ils s’étaient mis d’accord en 2007. Ils ont préféré rejoindre d’autres partis albanais au sein de la plate-forme albanaise (Albanska Platforma) pour négocier leur soutien au SDSM.

L’importance de la minorité albanaise dans ces élections n’est pas seulement liée aux résultats électoraux de ses partis, mais peut-être bien plus à la croissance d’un vote SDSM au sein de ce groupe, motivé par une opposition croissante au gouvernement du VMRO-DPMNE. Le parti social-démocrate cherchait en effet à « désethniciser » le vote et à revenir à une différenciation idéologique et non ethnique des partis. Motivés par la domination du VMRO-DPMNE chez les Macédoniens (au sens ethnique du terme), le SDSM avait notamment décidé d’intégrer des membres de la communauté albanaise impliqués dans l’opposition au régime à des positions électives de leur liste électorale. Leurs bons résultats dans les circonscriptions à majorité albanaise illustrent la pertinence de ce choix, confirmé par les résultats des élections législatives. Ils ont par ailleurs joué un rôle majeur dans la décision du BDI de ne pas renouveler une coalition avec la droite nationaliste macédonienne, qui l’éloignait de sa base électorale et risquait d’avoir des conséquences désastreuses aux élections locales de 2017 (3).

Fruit de ces configurations, le SDSM a obtenu le soutien de plusieurs partis albanais en vue de la constitution d’un gouvernement, non sans s’engager sur des points clés portés par la plate-forme albanaise (voir infra). Cette orientation provoqua l’opposition d’une partie de la population favorable au VMRO-DPMNE et donna au président Gjorgi Ivanov, issu de ce même parti, un argument pour refuser de confier à Zoran Zaev le mandat pour former un gouvernement.

Manifestant leur opposition de façon quotidienne lors de rassemblements organisés par une « initiative citoyenne » issue des rangs du VMRO-DPMNE, ces opposants accusaient Zaev de nuire aux intérêts supérieurs de la République de Macédoine et des Macédoniens en mettant en péril l’unité du pays. Leur mouvement a atteint son paroxysme avec les épisodes du 27 avril 2017 : alors que le Parlement, réuni en session plénière, organisait un vote pour élire un nouveau président de l’Assemblée, étape cruciale dans la constitution d’un gouvernement par le SDSM, les manifestants regroupés devant le Parlement en ont forcé les portes devant une police bienveillante et opportunément peu présente, et avec la complicité de certains députés du VMRO-DPNE. Les scènes de violence qui ont suivi et les accusations de manipulation portées à l’encontre de Nikola Gruevski en lien avec le directeur de la Sécurité intérieure, membre de son parti, ont fini de leur ôter toute crédibilité et contraint le Président à accepter de nommer Zoran Zaev Premier ministre.

L’UE et les USA, médiateurs de la crise

L’ensemble de ce processus a fortement impliqué divers acteurs de la communauté internationale en fonction de leurs intérêts particuliers. Ainsi, si Nikola Gruevski était à l’origine perçu par Européens et Américains comme un facteur de stabilité dans le pays, sa dérive autoritaire et l’éloignement progressif du pays des chemins de l’intégration euro-atlantique les ont conduits à lui retirer leur soutien. Et bien que leur défiance envers une opposition jugée peu sérieuse et mal préparée perdurât, la gestion de la crise par le VMRO-DPMNE a fini de les convaincre de lui retirer leur soutien. Certes, la Russie a fait entendre une voix contradictoire en marquant son soutien à Nikola Gruevski. Mais ses intérêts dans le pays n’étaient pas suffisants pour motiver un engagement supérieur. D’autant que les pays amis de la région, la Grèce et surtout la Serbie, entretiennent avec la République de Macédoine des relations ambigües, voire conflictuelles, avec lesquelles un engagement massif pour la République de Macédoine aurait été en contradiction.

Le soutien des USA et de l’UE s’est alors porté presque par défaut sur le SDSM, qui apparaissait comme la seule alternative possible. Il s’est manifesté au travers de pressions exercées sur le gouvernement de Nikola Gruevski pour accepter de négocier et de faire des concessions en vue d’une sortie de crise. La valse des ambassadeurs se succédant aux sièges des partis politiques à Skopje ainsi que l’implication directe de l’Union européenne ont donc poussé les acteurs vers la table des négociations.

Mais ces pressions ont également servi d’argument au VMRO-DPMNE, qui accusait le SDSM d’être dangereux pour les intérêts supérieurs du pays. Le discours offensif de Nikola Gruevski au soir des élections du 16 décembre 2016, déclarant devant la foule amassée sous les fenêtres de la commission électorale qu’il ne se laisserait pas voler la victoire, dénonçait sans ambages les interventions étrangères (4). Mais, à court d’options pour s’y opposer, il a dû se résigner à reconnaitre le mandat donné à Zoran Zaev pour former le gouvernement.

Quand l’Albanie s’implique

L’Albanie apparait comme un autre acteur majeur de la crise au niveau régional et ce, même si ses interventions n’ont pas été nombreuses. Le fait qu’Edi Rama, Premier ministre du pays alors également en campagne électorale (5), convoque à Tirana les principaux partis albanais pour s’entretenir avec eux et demander leur union, a été interprété comme une ingérence majeure par la population macédonienne. La formation à Tirana de cette « plateforme albanaise » avait en effet abouti à la formulation de revendications communes aux partis ainsi regroupés, fonctionnant comme conditions préalables à toute entrée dans une coalition gouvernementale. Principale de ces revendications, les partis albanais demandaient à ce que l’albanais devienne une langue officielle sur l’ensemble du territoire et pas seulement dans les communes où les individus se déclarant comme tels représentent plus de 25 % de la population. Cette revendication implique également que l’albanais devienne pleinement une langue officielle au sein des institutions, où n’est reconnue pour l’instant que la langue parlée (et non écrite).

Une population divisée

Ces évènements, qui ont pris fin avec la formation par Zoran Zaev d’un gouvernement à la fin du mois de mai 2017, ont révélé les fractures qui traversent la société macédonienne. La politisation à outrance de la vie quotidienne, consécutive à l’utilisation à outrance par le VMRO-DPNE de l’accès à l’emploi public comme moyen de s’assurer la fidélité de ses électeurs, a profondément divisé la population. Dans un contexte économique difficile, marqué par un chômage officiellement à 22,6 % (6), cette ressource était pour beaucoup une occasion unique d’accéder à un emploi stable.

Cette pratique, bien que poussée à l’extrême par le gouvernement de Gruevski, est loin d’être nouvelle et se retrouve également tant dans les périodes pendant lesquelles le SDSM était au pouvoir qu’à l’époque yougoslave, durant laquelle l’adhésion au parti était un élément clé de réussite professionnelle. Elle est à l’origine de la grande appréhension chez les militants du VMRO-DPMNE, à l’heure du changement de pouvoir, et explique en grande partie sa capacité mobilisatrice alors qu’il pratiquait par ailleurs le chantage au licenciement pour s’assurer d’une présence importante à ses meetings et autres manifestations. Elle explique également l’hostilité envers le SDSM de ces militants ou simples employés de la fonction publique embauchés via une connaissance au sein du parti : la lutte pour le politique devient dans ces conditions très concrètement une lutte pour la survie au quotidien.

Il serait pourtant erroné de voir dans l’adhésion au VMRO-DPMNE le seul résultat d’un système de corruption organisé à grande échelle. Après le fiasco économique du passage à l’économie de marché ainsi que le conflit armé ayant opposé en 2001 les forces de sécurité macédoniennes à des groupes armés albanais dans le sillage des évènements du Kosovo, le rejet du SDSM est profond chez des sympathisants de droite qui voient dans le VMRO la seule entité politique capable de protéger leurs intérêts et ceux de la nation. Cet élément est un oubli majeur de notre lecture occidentale de la révolution des couleurs, qui se contente d’y voir une opposition entre, d’un côté, le peuple, et de l’autre, une caste au pouvoir ne tenant ses partisans que par la corruption. S’il s’agit d’une partie de la réalité, les classes les plus populaires restent bien souvent fidèles au VMRO, alors que ses opposants sont principalement issus de populations urbaines, ayant souvent suivi des études supérieures (hormis les populations albanaises engagées dans la contestation, selon des mécanismes déjà décrits).

La division de la société macédonienne telle qu’illustrée par cette crise est profondément différente de la vision trop souvent ethnicisée qui dominait par le passé, alors que des processus sociaux globaux, tels que la gentrification du centre de Skopje, suggéraient déjà des frontières sociales en mouvement. La tentative de Nikola Gruevski d’ethniciser la crise n’a pas pris, en dehors des cercles les plus fervents de ses partisans, la rancœur contre ce gouvernement agissant comme un ciment suffisamment puissant pour unir derrière un même but des populations vivant leur appartenance à ce pays commun, la République de Macédoine.

Une stabilité durable ?

Du point de vue régional, l’arrivée au pouvoir du SDSM s’est rapidement traduite par des signes positifs d’apaisement. L’accord de bon voisinage et de coopération signé avec la Bulgarie au début du mois d’aout 2017 illustre le changement de ton radical de la diplomatie macédonienne. En se rapprochant d’un voisin avec lequel les contentieux historiques et identitaires sont nombreux (7), la République de Macédoine sort d’une situation pouvant lui causer des soucis dans son intégration euro-atlantique, comme elle envoie un message fort à la communauté internationale et à ses voisins (8). Malgré son fort potentiel clivant, cette mesure n’a pas déclenché d’opposition farouche de la part d’un VMRO se voulant porteur d’une version fortement nationaliste de l’histoire macédonienne.

Sur le plan de la politique intérieure, les résultats sont pourtant moins visibles, malgré l’abrogation d’un certain nombre de mesures symboliques de la période passée. Le système de contrôle des institutions instauré par Nikola Gruevski et ses proches gêne considérablement ce nouveau gouvernement auquel l’administration n’obéit qu’en partie. Le « plan 3-6-9 » annoncé au début du mois de juillet 2017 (9) apparait comme difficile à mettre en œuvre. Présenté comme une feuille de route destinée à relancer l’intégration européenne du pays via la réalisation rapide de réformes permettant un fonctionnement démocratique du Parlement et la rénovation du système judiciaire, hautement corrompu, sa mise en œuvre souffre des obstructions des membres de l’ancienne majorité, tant au Parlement qu’au sein du système judiciaire. Les nombreuses passes d’armes entre majorité et opposition au Parlement ainsi qu’entre procureur spécial et juges nommés par l’ancien gouvernement, illustrent ces pesanteurs qui freinent l’agenda fixé par le gouvernement.

Les résultats des élections locales du 15 octobre 2017 laissent cependant envisager une situation se stabilisant dans la durée après la débâcle du VMRO-DPMNE, qui perd la majorité des municipalités du pays (et nombre de ses bastions), parmi lesquelles celle de Skopje. Du point de vue des citoyens, les digues semblent avoir rompu et les choix du gouvernement sortent renforcés d’élections locales cruciales pour la vie des partis politiques alors que le VMRO perd de sa superbe. Il faudra néanmoins attendre le second tour pour confirmer ces dynamiques et scruter les réactions d’un Nikola Gruevski qui ne semble pas encore prêt à quitter la scène, bien que les appels au renouvellement issus de sa formation se multiplient.

Après cette victoire, les choix du Premier ministre semblent validés et un certain renouveau démocratique se profile. Il faudra néanmoins que le gouvernement fasse ses preuves en parvenant tout d’abord à faire fonctionner les institutions et l’administration pour avancer dans la mise en œuvre de son programme, mais surtout à éviter les sirènes d’un usage partisan de l’emploi public bien ancré dans la culture politique du pays.

Notes

(1) En proposant d’instaurer ce qu’il appelait un « contrôle externe » (Eksterno Testiranje), le gouvernement envisageait de contrôler les connaissances des étudiants en dehors du cycle universitaire. Ce fut perçu par les professeurs et les étudiants mobilisés comme une ingérence du gouvernement dans le programme de leurs cours, ainsi que comme un moyen de pression à l’encontre de l’un des derniers bastions de la liberté d’expression au sein de la fonction publique.

(2) La révolution des couleurs fait suite à l’annonce par le président Ivanov, le 13 avril 2016, de la grâce accordée à l’ensemble des personnes mises en examen dans l’affaire des écoutes. Durant les manifestations organisées pour protester contre cette mesure, les manifestants remplissaient des ballons de peinture et les projetaient sur des bâtiments symboliques de la politique nationaliste du VMRO-DPMNE et de sa gestion des affaires du pays.

(3) Suite au premier tour des élections municipales d’octobre 2017, le BDI semble bien résister. Il voit néanmoins se confirmer la concurrence du parti BESA, ainsi que celle de l’Alliance des Albanais, également incluse dans la coalition gouvernementale.

(4) « Quelques ambassadeurs ont commencé à beaucoup se mêler de la politique intérieure du pays », disait-il alors. (Source : www.24vesti.com)

(5) Les élections législatives se sont tenues en Albanie le 25 juin 2017 et ont vu le Parti Socialiste d’Edi Rama obtenir la majorité absolue au Parlement en étant crédité de 48,3 % des voix.

(6) Ce taux de chômage est donné par la Direction nationale de la Statistique de la République de Macédoine mais est potentiellement sous-estimé eu égard au manque de fiabilité et d’indépendance caractérisant toutes les institutions macédoniennes ces dernières années.

(7) Bien que la Bulgarie soit le premier État à avoir reconnu la République de Macédoine en 1991, le pays ne reconnait toujours pas la langue macédonienne ni la nation macédonienne, en lien avec l’idée très répandue en Bulgarie selon laquelle les Macédoniens seraient, en réalité, des Bulgares, parlant un dialecte du Bulgare. De cette position découlent alors de nombreux contentieux souvent basés sur l’interprétation d’évènements historiques passés analysés à la lumière des enjeux nationaux contemporains.

(8) Cette mesure a d’ailleurs été suivie de la visite du ministre des Affaires étrangères grec à Skopje, prenant acte de ce changement d’atmosphère dans les relations avec son voisin du Nord.

(9) Il prévoyait d’engager rapidement un ensemble de réformes destinées à renforcer la crédibilité de la République de Macédoine en tant que candidat à l’adhésion, avec comme ligne de mire l’ouverture de négociations dans un délai de 9 mois.

 

Article paru dans la revue Diplomatie n°89, « Corée du Nord – Mythes et réalités d’une nouvelle puissance nucléaire », novembre-décembre 2017.

• Cyril Blondel, Guillaume Javourez, Marie Van Effenterre (dir.), « Habiter l’espace post-yougoslave », La Revue d’études comparatives Est-Ouest, no 4, vol. 46, 2016, 292 pages.
• Keith Brown, The Past in Question: Modern Macedonia and the uncertainties of Nation, Princeton, Princeton University Press, 2003, 320 p.

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