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Le nationalisme italien, de la fierté européiste au nativisme eurosceptique ?

La formation d’un gouvernement commun par la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 Étoiles de Luigi Di Maio début juin 2018, pourrait marquer la fin d’une période, commencée à la fin des années 1940, d’internationalisme libéral et d’européisme chez les dirigeants italiens.

Parce que le nationalisme fut l’une des sources majeures du fascisme (1922-1943), il a connu une longue éclipse en Italie des années 1940 aux années 2010. Depuis peu, la défense des intérêts nationaux italiens revient au cœur des préoccupations de l’opinion publique. En effet, les deux partis sortis vainqueurs des élections du 4 mars 2018 et associés depuis lors dans le gouvernement – la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 Étoiles (M5S) –, si différents par ailleurs, mettent au centre de leurs préoccupations les intérêts des seuls Italiens et n’hésitent pas à critiquer l’Union européenne.

L’Italie républicaine, un régime fondé en réaction au nationalisme fasciste

L’Italie fut le premier théâtre où se développa le nationalisme du XXe siècle en Europe. Dès avant la Grande Guerre, un mouvement nationaliste d’un genre nouveau s’y développe. Il a certes des ambitions territoriales en Europe et coloniales en Afrique, mais il se targue aussi de prétentions spirituelles et révolutionnaires contre la « bourgeoisie ». Assimilé au Ventennio fasciste (1922-1943) et à son épilogue de la République sociale italienne (RSI) (1943-1945), il est rejeté par les partis antifascistes. En effet, au-delà de leurs divisions pendant la guerre froide (1947-1991), ils partagent une même foi internationaliste. La Constitution républicaine, qu’ils approuvent en 1946-1948, inscrit ainsi d’emblée la nouvelle Italie comme un État membre de la communauté internationale (1).

Cette orientation ne se démentira jamais par la suite : l’alliance occidentale, l’ouverture commerciale et la construction européenne sont au cœur du projet des partis anticommunistes au pouvoir de 1947 à 1992. Prenant le contrepied de toute prétention à l’autarcie des dernières années du fascisme, ils œuvrent pour ouvrir des marchés aux exportateurs italiens, que ce soit en participant au GATT dès sa création en 1947, à la CECA en 1951 ou au Marché commun en 1957.

Dans cette « République des partis » (antifascistes), les héritiers du fascisme resteront toujours marginaux. Même si la Constitution interdit la reconstitution du Parti National Fasciste (PNF) et la « loi Scelba » de 1953 la propagande fasciste, l’Italie républicaine accepte dès 1946 l’existence d’un parti néofasciste, le Mouvement Social Italien (MSI). La RSI a laissé derrière elle une génération de jeunes « anciens combattants » auxquels il a paru plus sage de concéder une vitrine légale, plutôt que de les confiner dans l’illégalité. Ces anciens de la RSI vont célébrer leur vie durant leur cause perdue. Jusqu’au seuil des années 2000, ils formeront une bonne part des militants et dirigeants du néofascisme. Le MSI se présentera à toutes les élections nationales à compter de 1948, en recueillant en moyenne autour de 5 % des suffrages, jusqu’en 1992 (2). L’aspect mémoriel, souvent lié à une histoire familiale, du néofascisme ne se démentira pas au fil des années. En outre, conformément au culte de la violence par le fascisme, des militants ou organisations néofascistes, en rupture avec le légalisme et l’électoralisme du MSI, ne cesseront d’affronter les militants de gauche dans la rue – et, pour les plus radicaux, d’organiser des attentats, tout particulièrement pendant les « années de plomb » (1969-1982). Le néofascisme ne porte alors aucun autre projet que l’anticommunisme, le culte de la mémoire des vaincus et le mépris de la classe dirigeante républicaine.

L’Italie dans la compétition économique des nations les plus développées

Le retour de l’idée nationale en Italie remonte aux années 1980. Sous la direction d’un président du Conseil socialiste, Bettino Craxi (1934-2000), le gouvernement célèbre en 1987 le dépassement par le PIB italien du PIB britannique, faisant ainsi de l’Italie, pour un court instant, la cinquième puissance économique mondiale. Les Italiens ont alors le sentiment d’avoir réussi à faire passer leur ancienne « nation prolétaire » (comme l’appelait le fascisme) de la périphérie au centre de l’économie mondiale. Cette fierté va de pair avec un investissement renouvelé dans la construction européenne. Les dirigeants italiens participent à la relance européenne qui va aboutir à l’Acte Unique (1986), puis aux traités de Maastricht (1991-92). Ils engagent dès ce moment l’Italie à participer à la future « monnaie unique ».

La conjonction de la fin de la guerre froide (1989-1991), d’une crise politique connue sous le nom de « Mains propres » (1992-1993) et de l’éclatement du Système monétaire européen (SME) en 1992, qui force à dévaluer fortement la lire, emporte tous les anciens partis de gouvernement et ouvre la période dite de la « Seconde République » (1993-2013). Ces déconvenues ne mettent pas fin aux ambitions italiennes. Le nouveau parti de centre-droit qui se crée et s’affirme à la faveur de cette crise reprend un slogan footballistique pour son propre nom : Forza Italia (FI), littéralement « Allez l’Italie ! ». Ce slogan rappelle le rôle de son fondateur, Silvio Berlusconi, comme le propriétaire de l’une des grandes équipes du Nord de l’Italie, le Milan AC, alors en pointe dans les championnats européens. La promesse majeure de S. Berlusconi, se présentant comme un entrepreneur à qui tout a réussi, est en effet de continuer à enrichir les Italiens dans le cadre de la compétition économique mondiale, de reprendre une trajectoire ascendante après une crise perçue comme un simple incident de parcours.

Pour gagner en 1994 les premières élections de la « Seconde République », puis pour former un premier gouvernement, S. Berlusconi fait appel au MSI. Ce parti, alors dirigé par Gianfranco Fini, est implanté à Rome et dans le Sud. En raison du souvenir des crimes de la RSI, il reste impopulaire dans le Nord du pays occupé en 1943-1945 par l’Allemagne. L’alliance FI/MSI ne vaut donc qu’au Sud, et elle y apparaît d’autant plus porteuse que le MSI y bénéficie alors d’une image de probité due à l’exclusion de ses dirigeants locaux et nationaux de tout poste exécutif depuis des décennies. Pour se légitimer face à l’opinion italienne, G. Fini se déclarera bientôt « postfasciste », et le MSI deviendra Alliance Nationale (AN) début 1995 en prenant le gaullisme pour modèle. Dans le Nord du pays, S. Berlusconi s’allie à la Ligue du Nord (LN). La LN, un cartel de partis régionalistes créé par Umberto Bossi en 1989-1991, défend les intérêts du Nord de l’Italie contre « Rome la voleuse » et le Sud « mafieux » et « assisté ». Elle se rallie à la cause de S. Berlusconi au nom de l’entrée du Nord de l’Italie dans la future zone Euro. La LN s’affirme en effet alors européiste. Avec cette double alliance, S. Berlusconi offre aux électeurs des anciens partis de gouvernement la possibilité d’empêcher l’arrivée au pouvoir des héritiers du Parti communiste italien (PCI). Ce dernier, devenu en 1990 le Parti démocratique de la gauche (PDS), s’est rallié à l’européisme et au néo-libéralisme. Il domine dès 1993 l’alliance de centre-gauche.
Des choix économiques résolument européistes depuis 1992 en dépit des alternances

Cette alliance des droites berlusconienne, postfasciste et ligueuse mènera aux gouvernements Berlusconi des années 1994, 2001-2006 et 2008-2011. Contrairement à ce qu’auraient pu laisser imaginer les tonalités thatchériennes des débuts de FI en 1994 et gaulliennes des premières années d’AN, c’est à une normalisation européiste à laquelle on assiste. G. Fini devient en tant que ministre des Affaires étrangères le représentant de l’Italie à la Convention pour l’avenir de l’Europe (2003-2004), et il amène AN sur des positions européistes. FI rejoint en 1998 le Parti populaire européen (PPE) et siège aux côtés des héritiers de la démocratie chrétienne. Seule la LN connaît une évolution inverse. À compter de 1999, U. Bossi professe l’euroscepticisme le plus radical, mais, par solidarité gouvernementale, ses députés, sénateurs et ministres ne feront jamais obstacle à une intégration européenne accrue, comme lors de la ratification du traité de Lisbonne (2009).

Certes, à en croire les sondages, les électeurs de l’alliance des droites se montrent moins enthousiastes envers la construction européenne que ceux de l’alliance de centre-gauche qui lui fait face, mais ces réticences n’ont guère d’impact sur les politiques suivies au fil des alternances. Tout au long des années 1992-2011, les dirigeants de droite ou de gauche qui se succèdent à la tête de l’Italie vont maintenir la même ligne économique censée faire regagner à l’Italie le statut enviable qu’elle avait obtenu dans les années 1980 : ouverture des marchés, flexibilité du marché du travail, austérité budgétaire. En effet, la croissance des années 1980 avait eu pour contrepartie une importante dette publique. Pour en garantir le service aux investisseurs internationaux et diminuer les taux d’intérêt versés, tous les gouvernements depuis 1992 ont fait le choix de maintenir un solde primaire positif : hors intérêts de la dette, les dépenses publiques ont toujours été inférieures aux rentrées fiscales.

Au plus fort de la crise européenne des années 2010-2012, sous la pression des autres pays de la zone Euro, S. Berlusconi doit abandonner le pouvoir au profit d’un ancien Commissaire européen, Mario Monti. Ce dernier, avec le soutien de tous les partis de gouvernement, à l’exception de la LN, met en œuvre un choc d’austérité. Ce dernier aboutit à une récession plus prononcée encore que celle qu’avait provoquée la crise mondiale en 2008-2009. À la suite des élections de 2013 qui sanctionnent durement les partis de gouvernement, les gouvernements suivants, dirigés par des présidents du Conseil de centre-gauche, aussi soutenus cependant par des dissidents de la droite berlusconienne, essaieront de rétablir la situation économique en recourant toujours aux mêmes mesures d’inspiration néolibérale.

L’explosion d’une demande de protection de la part de la population italienne

Même si les dirigeants des partis de gouvernement considèrent qu’ils ont appliqué la seule politique économique possible vu l’endettement du pays, une majorité de la population, et donc des électeurs, ne sont plus du tout de cet avis à la fin des années 2010. Tous les indicateurs de la situation économique et sociale sont en effet des plus médiocres. Pour ne prendre que deux exemples, le nombre absolu de naissances sur le territoire italien connaît un point bas en 2015-2017, jamais vu depuis 1861 (3), et le PIB par tête est toujours environ 10 % moins élevé en 2017 qu’en 2007, soit au même niveau qu’en 1999 (4).

Par ailleurs, à compter des années 1990, l’Italie est devenue un pays d’immigration. En 2017, cinq millions d’étrangers résident en Italie, représentant pas moins de 8,5 % de la population (5). Dès sa création, la LN s’est emparée de cet enjeu. Les milieux régionalistes nordistes qu’elle mobilise passent sans difficulté de la dénonciation de l’immigration des Italiens du Sud dans le Nord du pays à celle des « immigrés extra-communautaires ». Le MSI se désintéresse d’abord du sujet, car son combat est alors de défendre les Italiens qui ont quitté la mère-patrie à la suite des politiques favorisant l’émigration italienne en Europe et dans le monde. AN finira par se vouloir lui aussi un parti de la maîtrise de l’immigration. La loi « Bossi-Fini » de 2002 destinée à réguler l’immigration en sera le symbole. Les crises dans les Balkans, puis au Moyen-Orient et en Afrique, vont faire au fil des années de l’Italie l’un des points d’entrée majeurs de l’immigration illégale sur le continent. Cette situation fait augmenter la demande de contrôle de l’immigration, particulièrement à compter du moment où, en 2015, la fermeture des frontières française et autrichienne fait de l’Italie une nasse pour les immigrés souhaitant poursuivre leur route vers le Nord de l’Europe.

Deux partis néo-nationalistes au pouvoir : la Ligue et le M5S

Deux partis vont profiter pleinement, lors des élections de mars 2018, de cette situation de crise économique et migratoire, liée à l’incapacité perçue des gouvernements précédents à défendre les intérêts des Italiens en Europe : la LN et le M5S.

La LN bénéficie d’abord de la stratégie de son dirigeant à compter de 2013, Matteo Salvini. Ce dernier, militant de la LN depuis son adolescence et n’y ayant occupé jusque-là que des postes électifs secondaires, va la révolutionner. Il va faire de ce parti des intérêts nordistes, affichant depuis toujours une xénophobie vis-à-vis des Italiens du Sud, un parti des intérêts italiens en général. Cette mutation se fonde essentiellement sur sa personne. Grâce à son art de la provocation, M. Salvini est omniprésent à la fois sur les réseaux sociaux et à la télévision. Quoique Milanais, il entend incarner l’Italien ordinaire en général, avec ses qualités et aussi ses défauts. Le discours contre l’immigration s’avère bien sûr d’une grande radicalité, tout comme celui contre l’état de l’Union européenne. Il défend un nativisme sans aucune retenue. Il appelle en effet à privilégier en toute chose les Italiens sur leur propre sol. Il se rapproche à cet effet des extrêmes droites européennes, comme le Rassemblement national (RN) français et le FPÖ autrichien. Il crée en 2015 avec eux le groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL) au Parlement européen et le parti européen Mouvement de l’Europe des Nations et des Libertés (MENL). Au niveau italien, M. Salvini a commencé sa conquête de Rome et du Sud, en se rapprochant un temps d’un petit parti néofasciste, Casa Pound Italia (CPI). Ce parti, d’abord uniquement présent à Rome, veut représenter le « fascisme du XXIe siècle ». Créé à partir d’un centre social éponyme destiné à suppléer à un État social défaillant, il veut faire revivre l’esprit social du fascisme et ambitionne de former un homme nouveau.

La transformation de la LN en « Ligue nationale » ou en « Ligue Salvini » lui permet de passer d’un étiage de 4 % des voix aux élections de 2013 à un score improbable de 17 % aux élections de 2018 (6). L’attrait électoral de la LN couvre pour la première fois toute la péninsule et pas seulement le Nord profond de l’industrie diffuse. Le néofascisme de CPI, avec moins de 1 % des voix, s’en trouve étouffé électoralement, alors même que des militants néofascistes semblent se sentir autorisés par les propos de ce dernier à multiplier les actions directes contre les immigrés ou leurs soutiens italiens. Devenu vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur début juin 2018, les premiers pas gouvernementaux de M. Salvini se focalisent sur le refus d’accueillir en Italie les migrants sauvés par les navires d’ONG au large des côtes libyennes. Ces décisions font selon les sondages de l’été et du début de l’automne 2018 de sa Ligue le premier parti italien avec plus de 30 % des intentions de votes (7). La réponse de l’opinion publique aux premiers pas de M. Salvini aux affaires correspond bien à deux tendances longues que l’on pouvait observer dans les sondages : les Italiens étaient très majoritairement hostiles à l’immigration et ils avaient le sentiment que leur voix ne comptait pas en Europe (8). Le slogan de campagne de M. Salvini, Prima gli Italiani (D’abord les Italiens), a bien saisi l’ampleur de la demande de protection de la part des Italiens ordinaires, et l’application qu’il en donne, pour symbolique qu’elle soit, semble bien séduire la majorité d’entre eux.

L’autre parti de la coalition gouvernementale formée en juin 2018, le M5S, n’avait pas grand-chose à voir, à sa création en 2009 par le comique Beppe Grillo, avec le nationalisme, le néofascisme, ou le régionalisme nordiste (9). Il est alors essentiellement un parti anti-partis, qui critique la corruption de tous les politiciens, et réclame plus de démocratie directe. Il s’enracine dans les luttes locales contre des grands projets inutiles et il est le pourfendeur de l’abandon économique de la jeunesse par les autorités. C’est à compter de 2011, qu’il commence à s’opposer à la politique d’austérité menée « au nom de l’Europe » par le gouvernement Monti. Il devient dès 2013 le premier parti en nombre de voix, avec 25 % des suffrages, surtout acquis parmi les moins de 45 ans. En 2014, ses premiers élus au Parlement européen font alliance avec les Britanniques de l’UKIP pour pouvoir fonder un groupe au Parlement européen, Europe des Libertés et de la Démocratie Directe (ELDD). B. Grillo laisse la direction en 2016 à Luigi Di Maio, un trentenaire napolitain, qui incarne ce virage à droite d’un parti qui se veut pourtant depuis sa création ni de droite ni de gauche. Sous sa direction, le M5S recueille 33 % des suffrages, ce qui en fait de loin le premier parti italien. Il triomphe dans le Sud, en Sicile et en Sardaigne. Comme le M5S se veut le représentant de l’Italien moyen sur tous les sujets et que son pragmatisme proclamé consiste à suivre les volontés de l’opinion publique, il n’est guère étonnant de le voir se positionner de plus en plus nettement sur une posture d’orgueil national et de refus de tout sacrifice supplémentaire de la part des Italiens sur l’autel de l’austérité ou des réformes structurelles, voulues par la Commission européenne ou la Banque centrale européenne. Par ailleurs, même s’il ne développe pas un discours nativiste comme la Ligue ou les néofascistes, l’une de ses préoccupations majeures est de faire en sorte que les jeunes Italiens ne soient pas obligés d’émigrer pour trouver un travail. Au « faire des enfants pour sauver la race italienne » de ses alliés, il préfère le « vivre et travailler au pays » typique en Europe des mobilisations politiques dans les périphéries étatiques. Cela correspond à son succès électoral dans le Sud du pays en 2018, et, comme en 2013, parmi les diplômés d’universités qui ne trouvent pas un emploi à la mesure de leurs acquis académiques. Ses propres dirigeants font d’ailleurs partie pour la plupart de ce groupe social.

Des rapports nécessairement plus difficiles avec les partenaires européens

La Ligue, même si elle s’est nationalisée, reste donc le parti de la protestation du Nord productif du pays, et le M5S, même s’il demeure présent dans le Nord, tend à devenir le parti du désespoir méridional. Le point commun sur lequel se sont accordés les deux partis pour former un gouvernement a été une meilleure défense des intérêts des Italiens en Europe. Cependant, il faut bien considérer les limites de leur mandat populaire et de leurs aspirations. Loin de vouloir rompre avec l’Union européenne, M5S et la Ligue ne cherchent qu’un retour à la normale des années 1980, à enrayer un déclin largement perçu désormais et que toutes les autres formations malgré leurs intentions affichées ont échoué à enrayer. En raison de la très forte sanction électorale qu’ont connue les partis qui ont gouverné en respectant les demandes européennes, celles-ci ne sont plus perçues comme automatiquement légitimes par les nouveaux gouvernants. La Ligue et le M5S veulent se donner les moyens de relancer l’économie, malgré le poids de la dette publique, et ils n’entendent pas être empêchés par les règles européennes d’innover en la matière. Par contre, il n’y a pas de volonté majoritaire dans l’opinion publique italienne de sortir de la zone Euro, et encore moins de l’Union européenne. La volonté de M. Salvini d’unir les souverainistes de toute l’Europe à l’occasion de l’élection européenne de 2019 tient largement à ce dilemme : comment changer radicalement l’Europe sans la quitter, sinon en en prenant le contrôle, ou du moins en s’y rendant incontournable ?

Notes

(1) Articles 10 et 11 de la Constitution.

(2) Piergiorgio Corbetta, Maria Serena Piretti, Atlante storico-elettorale d’Italia 1861-2008, Bologne, Zanichelli, 2009, 209 p.

(3) ISTAT, Bilancio demografico nazionale, 2017, Rome (https://www.istat.it/it/files//2018/06/bilanciodemografico2018.pdf).

(4) « GDP per Capita », ISTAT (https://www.istat.it/en/).

(5) https://www.istat.it/en/archivio/217005

(6) Cf. Marco Valbruzzi, Rinaldo Vignati (dir.), Il Vicolo Cieco: Le elezioni del 4 marzo 2018, Bologne, il Mulino, 2018, 288 p.

(7) Voir le site officiel où sont déposés depuis 2000 tous les sondages politiques faits en Italie (http://www.sondaggipoliticoelettorali.it).

(8) Cf. D. Reynié (dir.), Où va la démocratie ? Une enquête internationale pour la Fondation pour l’innovation politique, Paris, Plon, 2017, 318 p.

(9) Cf. Jérémy Dousson, Un populisme à l’italienne ? Comprendre le Mouvement 5 Étoiles, Paris, Les Petits Matins, 205 p.

Légende de la photo en première page : Matteo Salvini, leader de la Ligue du Nord et actuel ministre italien de l’Intérieur. En prenant la tête du parti en 2013, il a profité des conséquences de la crise migratoire, de la fracture territoriale et de la crise économique pour faire effectuer un virage à la Ligue du Nord, qui est passée d’un parti régionaliste à une ligue nationale et souverainiste. (© European Union/European Parliament)

Article paru dans la revue Diplomatie n°95, « Populisme, nationalisme, souverainisme : l’Europe en crise », novembre-décembre 2018.

Christophe Bouillaud, « Des néo-nationalistes au pouvoir à Rome ? », Politique étrangère, vol. automne, no 3, 2018, p. 89-101.

Pierre Martin, « Les élections italiennes du 4 mars 2018 », Commentaire, vol. 162, no 2, 2018, p. 359-364.

À propos de l'auteur

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Professeur de science politique à Science-Po Grenoble, chercheur au laboratoire de sciences sociales Pacte (UMR CNRS), spécialiste de la vie politique italienne.

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