Les États-Unis mettent en place l’US Space Force : quels enjeux ?

Le test antisatellite effectué par la Chine en 2007 était un appel à l’action. Celle-ci a démontré sa capacité à attaquer un satellite et a ignoré le risque créé par les milliers de débris dispersés, qui demeurent une menace aujourd’hui. Au cours de la dernière décennie, la Chine a rapidement étendu ses capacités contre-­spatiales à travers de multiples vecteurs – dans l’espace, dans le cyberespace et dans le spectre électromagnétique. De même, la Russie a intensifié ses activités de recherche et développement pour déployer ses propres capacités contre-­spatiales… pour inclure des essais d’armes en orbite.

Des nations comme la Russie et la Chine ont redéfini l’espace en tant que domaine de combat. Les États-Unis ne veulent pas d’un conflit qui commence ou se prolonge dans l’espace. Au-delà de la mise en péril de nos intérêts nationaux, un tel conflit mettrait en danger des services, de la surveillance du climat au GPS, dont le monde dépend. Notre mission est d’empêcher que cela ne se produise.

Comme je l’ai dit plus tôt, nous ne pouvons pas protéger notre voie vers la victoire… La guerre implique la défense et l’attaque. Le rapport de force ne tombe pas carrément du côté de l’offensive ou de la défensive et il ne tombe pas carrément sur le domaine spatial… la supériorité spatiale exigera la totalité de tous les domaines. Défendre nos intérêts nationaux et soutenir nos alliés et partenaires signifie que nous devons avoir les deux. Et nous avons besoin de ces capacités sans délai. Nous devons offrir des capacités et innover plus rapidement. Nous devons avancer plus vite pour rester en tête.

De plus en plus d’acteurs envisagent d’exploiter des ressources en dehors de l’orbite terrestre – sur la Lune, Mars ou les astéroïdes. Verrons-nous le déploiement d’une stratégie spatiale dans cet espace éloigné à moyen terme ?

L’espace est une vaste zone d’opérations qui commence à 100 kilomètres au-­dessus de la surface de la Terre, globalement et plus haut. Aujourd’hui, la mission de l’US Space Command se concentre là où les États-Unis opèrent dans l’espace. Cela tend à être dans la zone située sous la Lune, sur des orbites géocentriques autour de la Terre, à des altitudes allant de centaines de kilomètres à près de 40 000 kilomètres.

Notre responsabilité en tant qu’United States Space Force est de fournir les capacités et le personnel nécessaires pour protéger les intérêts américains et alliés dans, depuis et vers l’espace. Si, à un moment donné dans le futur, nous devons aller au-delà d’où nous opérons habituellement aujourd’hui, si l’Amérique a des intérêts nationaux au-delà du géostationnaire – qu’ils soient militaires, civils ou même commerciaux –, alors nous ferons certainement partie de cette conversation stratégique et chercherons à continuer pour remplir notre mission consistant à organiser, former et équiper les forces spatiales pour protéger les intérêts américains et alliés dans l’espace et fournir des capacités spatiales à la force interarmées… où que cela nous mène.

L’espace est un environnement « partagé », comme tout espace fluide (maritime, aérien, cyber), entre États, civils, militaires, opérateurs publics et privés. L’USSF souhaite-t‑elle co-opérer avec le Commandement spatial français et/ou l’Agence spatiale européenne ?

Absolument, et en fait nous nous associons aujourd’hui très étroitement au Commandement spatial français et à l’Agence spatiale européenne. Il y a un réel pouvoir dans les partenariats. Nous travaillons en étroite collaboration dans certains domaines actuellement, et il est impératif que nous en fassions davantage. Le général Friedling, commandant du Commandement français de l’espace, et moi-même construisons une relation de travail étroite qui ne fera que se renforcer. Nos adversaires avancent vite seuls, mais nous irons loin ensemble.

Alors que les États-Unis ont entrepris la réorganisation la plus importante de leur entreprise spatiale de sécurité nationale, nous savons que nous ne pouvons pas rivaliser, dissuader, ou gagner un conflit qui commence ou s’étend dans l’espace sans élargir la coopération en matière de sécurité dans le domaine.

Historiquement, nous n’avons pas eu avec des alliés les mêmes partenariats dans l’espace que dans d’autres domaines. Nos nations ont bénéficié d’une période de paix relative sans précédent grâce à un alignement ouvert et transparent sur les normes. Nous devons tirer parti de nos perspectives et capacités uniques pour encourager des comportements acceptables dans l’espace. Ensemble, nous pouvons développer des options qui suppriment les avantages d’attaquer l’espace ; des options pour imposer des coûts, de la part de tous nos gouvernements ; des options tout au long de l’escalade – à travers le continuum du conflit –, des zones grises aux grandes opérations de combat.

L’espace en tant que domaine de combat exige que nous nous associions dans l’espace – tout comme nous l’avons fait sur terre, en mer et dans les airs. Et il existe de nombreuses possibilités de travailler ensemble. De la formation et du wargaming au partage de données, au développement des capacités, aux charges utiles hébergées et aux missions partagées. Nous sommes plus forts ensemble !

À peine née, l’USSF a fait l’objet d’une série Netflix. Bien sûr, c’est une comédie avec tous ses codes, mais c’est assez intéressant de voir qu’elle est devenue un objet culturel plutôt rapidement – et qu’elle est assez suivie par les stratèges. Quelle a été votre réaction ?

J’ai dit en plaisantant que si le général Mark Naird était censé être une parodie de moi, il avait beaucoup trop de cheveux ! Je pense vraiment que la série met en lumière comment l’espace est devenu central dans la vie quotidienne et qu’il y a une réelle excitation autour du domaine : lancements, vols habités, accès commercial, communications mondiales, éducation et plus encore. J’ai hâte de voir la saison 2.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 16 janvier 2021.

Traduction par Philippe Langloit.

Note

(1) NdT : ces derniers sont géographiques (NORTHCOM, EUCOM, etc.) ou fonctionnels (Cyber command, Special operations command, etc.).

Légende de la photo en première page : Symbole de l’avance technologique américaine, le drone spatial X-37B offre une réelle liberté d’action aux forces américaines. (© USSF) 

Article paru dans la revue DSI hors-série n°76, « Spatial militaire : la nouvelle donne  », février-mars 2021 .
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