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Imaginer le soldat du futur

Quel visage auront l’armée et le soldat du futur ? La robotisation sera-t-elle totale ? Exosquelette, intelligence artificielle et données formeront-ils l’ossature du soldat « augmenté », voire du robot-soldat ?

Ces questions, l’Agence de l’innovation de défense (AID) française et l’Agence de l’innovation et de la prospective de l’armée suisse se les sont posées lors d’un atelier participatif dont l’objectif était d’imaginer le soldat du futur. Robotique, système autonome, informatique et intelligence artificielle sont des domaines dont les progrès ont été fulgurants et continuent aujourd’hui de nous étonner. Or ces secteurs ouvrent la voie à de très nombreuses applications, tant dans le domaine civil que dans le domaine militaire.

Opportunités et dangers des nouvelles technologies

Robot-soldat ou « tueur autonome », tels sont les quelques qualificatifs donnés au soldat du futur. L’US Navy réfléchissait récemment sur la notion de « terminator » et les dangers qui lui sont liés, dans le cadre de son programme de soldat « amélioré ».

L’atelier franco-suisse a posé sur la table quelques projets, dont la « transpacape » qui permet de rendre soldats et objets invisibles, ou encore l’« actipathie », qui permet de commander des machines par la pensée. Certes, ces projets semblent tout droit sortis d’un roman de science-fiction. Et pour cause. L’Agence de l’innovation de défense a créé, l’année dernière, la Red Team, composée d’auteurs de science-fiction, dont le rôle est d’imaginer les conflits, les champs de bataille, les armées, les soldats et les technologies de demain. Plus largement, cet atelier illustre la volonté des armées d’aujourd’hui d’élargir le champ de la connaissance à des personnes d’horizons très hétérogènes et capables d’apporter d’autres angles de réflexion, de nouvelles idées. Au-delà, il s’agit bien sûr de renforcer la collaboration entre des agences internationales alors que le monde se dérégule et que les menaces qui pèsent sur nos sociétés occidentales sont mouvantes et changeantes.

Mais les agences ne collaborent pas qu’entre elles. Elles nouent aussi des partenariats avec le monde académique, universités, écoles polytechniques ou écoles d’ingénieurs, nationales comme internationales, afin de mieux appréhender les nouvelles technologies appliquées au secteur de la défense. C’est notamment le cas de ce que l’on appelle la robotique « molle » qui utilise des matériaux déformables. L’objectif des agences est de déterminer non seulement les opportunités, mais aussi les menaces qu’un tel matériau pourrait représenter, et de les anticiper. Concrètement, les personnels des agences réfléchissent par exemple à la création d’un robot construit en matériau mou pour mieux se déplacer dans des zones sinistrées, rendues difficiles d’accès par des glissements de terrain ou des gravats d’immeubles détruits. Puis, le projet passe aux chercheurs des instituts et centres de recherches puis à l’industrie et aux start-up s’il est réalisable. Le programme de recherche en prospective technologique de l’Agence suisse finance d’ailleurs des thèses de doctorat et des développements technologiques. Dans ce dernier cas, cela peut même conduire à la création de start-up.

L’imagination au cœur de la veille technologique

« N’investissez jamais dans une technologie sans l’avoir d’abord vue à l’œuvre dans un jeu vidéo. » Cette phrase de Quentin Ladetto, directeur de recherche à Armasuisse, est placée en exergue sur le site du DEFTECH, le Defense Future Technologies. L’imaginaire est placé au cœur de la veille technologique et de la réflexion sur les soldats, les engagements et les armées du futur. Ainsi, au sein de ce DEFTECH suisse, des concepteurs de jeux vidéo, des auteurs et des écrivains sont réunis dans une équipe, sur le même modèle que la Red Team française de l’AID. Le DEFTECH travaille étroitement avec la Maison d’Ailleurs, musée et centre de recherches sur la science-fiction. Les travaux menés par les deux instituts, souvent sponsorisés par le DEFTECH, permettent aux chercheurs et aux auteurs d’analyser la science-fiction via des sujets de réflexion ou des jeux vidéo pour la maîtrise future de certaines technologies. Certaines de ces dernières seront d’ailleurs déployées aux Numerik Games qui auront lieu au mois de novembre prochain.

Les esprits chagrins ne manqueront pas de souligner que cette débauche de technologies et cette quête du futur ne serviront pas à grand-chose face à des combattants qui utilisent encore des Kalachnikov. Sauf que les choses évoluent très vite. Nous l’avons vu avec les drones armés par Daech (voir DefTech no 07) ou les menaces cyber typiques de la guerre asymétrique. Le soldat doit s’adapter aux menaces qui elles-mêmes sont changeantes. Être prêts et garder l’ascendant ne veut pour autant pas dire remplacer l’homme par la machine. Car, au centre du dispositif et dans la prise de décision, il y a l’humain, et notamment le fantassin.

Du côté français, l’AID et la société Scalia travaillent sur le casque FAST (fantassin augmenté sécurisé et tactique) dans le cadre d’une plongée intégrale dans le champ de bataille numérisé. Scalia explique que ce casque est un PC et un smartphone réunis dans un seul matériel qui laisse les mains libres aux fantassins. Il est doté d’un écran qui affiche la situation tactique dans le champ de vision du soldat, c’est-à-dire l’orientation, la position des amis et des ennemis et les points d’intérêt. Autre innovation : le système de communication en temps réel. Les informations sont géolocalisées et partagées, et le poste de commandement peut accéder à l’information sur le champ de bataille numérisé. Quels sont les objectifs d’un tel matériel connecté ? D’abord, il permet de faciliter l’accès à l’information et offre de bonnes conditions pour remporter le combat. La réalité augmentée permet d’afficher plus d’informations, mais sans diminuer la perception de l’environnement. Le postulat de l’AID et de Scalia est que cette réalité augmentée prendra de plus en plus de place dans les opérations futures.

Article paru dans la revue DefTech n°08, « Développement durable : un enjeu stratégique pour les armées », 3e trimestre 2020.

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