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Biotechnologies : un champ d’étude plein de promesses pour les armées

Les différentes agences du département de la Défense américain investissent massivement dans les biotechnologies. L’objectif : maîtriser les avantages qu’offre la nature et les appliquer aux matériels et aux équipements du soldat.

La biotechnologie est une discipline de l’ingénierie qui consiste à utiliser les systèmes du vivant pour créer une large palette de produits. Selon Michelle Rozo, directrice adjointe pour la biotechnologie détachée auprès du sous-secrétaire d’État à la Défense, « nous pouvons utiliser cette technologie pour produire une énorme gamme de choses, de la nourriture aux médicaments, en passant par des textiles et des carburants ».

Ces technologies auront des répercussions importantes dans le secteur de la défense. Michelle Rozo ajoute : « Des propriétés qui permettent de créer des produits représentent un énorme potentiel pour transformer des systèmes militaires. »

Dès 2018, la National Defense Strategy avait souligné le besoin de développer de nouvelles biotechnologies, identifiées comme une priorité pour la modernisation des armées américaines, dans un contexte de forte concurrence avec la Chine et la Russie.

Michelle Rozo explique qu’il s’agit d’une véritable « technologie de rupture qui changera la nature du combat et offrira d’énormes capacités dans une multitude de domaines ». En réalité, cela fait des années que le Pentagone travaille sur les biotechnologies. Mais jusqu’à récemment, il s’était surtout concentré sur les applications dans la médecine et la chimie. Aujourd’hui, les chercheurs espèrent connecter les biotechnologies aux matériels et aux équipements militaires. Les opportunités qu’elles offrent intéressent le département de la Défense qui cherche à créer de nouveaux matériaux essentiels pour les armées.

La crise de la COVID-19 offre un exemple concret des promesses que peuvent représenter ces biotechnologies. La crise sanitaire met en évidence la vulnérabilité des États-Unis face à des menaces biologiques. Elle a également montré l’extrême fragilité de la chaîne d’approvisionnement américaine. Les États-Unis dépendent de fournisseurs étrangers pour un grand nombre de produits, comme les produits chimiques, les terres rares ainsi que des produits utilisés dans l’industrie pharmaceutique. Les biotechnologies permettraient de construire une chaîne d’approvisionnement nationale. Tel est l’objectif du Pentagone.

La Defense Advanced Research Project Agency, la DARPA, vient de lancer le programme Living Foundries. Ce programme a pour but de transformer la biologie en ingénierie en développant des outils technologiques, des méthodes et des infrastructures. Dans ce cadre, la DARPA et Lockheed Martin travaillent sur les microbes dont les molécules pourraient être utilisées à des fins commerciales ou militaires.

Pour l’heure, le Pentagone n’a pas le potentiel industriel pour générer des molécules et des matériaux qui seraient rentables et pourraient être utilisés dans une large gamme de domaines. Au sein du programme Living Foundries, la DARPA a lancé le projet « 1 000 molécules » consacré à la fabrication de molécules rentables et adaptables pour de meilleures performances dans le secteur militaire.

Le programme Living Foundries doit également permettre d’améliorer la qualité des contre-mesures médicales comme les capacités de filtration contre les armes chimiques. « Imaginez un vêtement capable de neutraliser des armes chimiques. Nous avons trouvé une solution, mais nous pouvons encore améliorer son potentiel », a expliqué Renee Wegrzyn, manager au sein du programme Living Foundries.

Les chercheurs du projet « 1 000 molécules » travaillent actuellement sur le design des biotechnologies. L’objectif est de trouver le passage vers le biosynthétique, c’est-à-dire trouver les gènes ou les enzymes dont ils ont besoin pour telle application, puis les reproduire de manière synthétique. Les scientifiques devront par la suite construire et synthétiser l’ADN pour l’insérer dans des organismes afin de produire des molécules.

La DARPA travaille avec l’Air Force Research Laboratory (AFRL) et le Naval Air Warfare Center Weapons Division à cette fin.

De son côté, l’US Army travaille sur le projet Transformational Synthetic Biology for Military Environments Programm ou TRANSFORME, dont l’objectif est de produire des matériaux pour tout type de revêtement en utilisant les biotechnologies, la biologie synthétique, l’ingénierie et les sciences. Ce programme doit notamment servir pour les équipements des soldats, en améliorant leur résistance à la corrosion par exemple. Il doit par la suite être étendu à la stabilité des composants de propulseurs pour les munitions à long rayon d’action.

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