Blog de Joseph HENROTIN

L’éditorial de DSI n°155 (septembre-octobre) : la chute de Kaboul ne signifie pas la fin de la contre-irrégularité.

Dans notre numéro 154 (juillet-août), nous notions que la probable prise rapide de Kaboul par les talibans – au terme de l’annonce du retrait américain faite par le président Biden, mi-avril – tout comme les annonces faites par l’Élysée autour du Sahel remettaient sérieusement en question la pertinence de l’« approche globale ». Cette dernière visait tout à la fois à vaincre l’ennemi et à s’engager dans une logique de modernisation de l’État hôte (notamment à travers le state-building et le nation-building). Il était alors question parvenir à la certitude stratégique que l’ennemi ne pourrait revenir. Mais cette approche globale, pour tentante qu’elle ait paru, s’est révélée humainement, politiquement et budgétairement coûteuse, pour des résultats hasardeux. Mais s’il faut donc s’éloigner d’une approche qui semblait plus attractive aux partisans des écoles libérales/pluralistes et sécuritaires en relations internationales qu’aux partisans de celles liées au réalisme, encore faut-il ne pas se leurrer sur l’avenir de la conflictualité.

Si elle sera bien marquée par la haute intensité et les compétitions interétatiques, elle ne s’y résumera pas. Les organisations djihadistes ne cessent de muer et les sources de conflit intraétatiques ne se sont pas taries, y compris dans des zones d’intérêt pour la France et notamment au bénéfice potentiel d’États avec lesquels il y a compétition. De facto, on ne peut pas totalement séparer les problématiques stratégiques étatiques et les irrégulières, en particulier à l’heure où la guerre par procuration reste foncièrement valide, mais aussi à l’heure des techno-­guérillas. Autrement dit, il reste nécessaire de disposer d’options afin de mener des opérations contre-­irrégulières en sachant qu’en la matière, la « grammaire stratégique » est rarement satisfaisante : l’approche globale offrait le mirage d’une certitude en contre-­irrégularité, mais c’est l’incertitude – qui ne nous a jamais quittés – qu’il va falloir se réapproprier. Partenariat militaire opérationnel (PMO) et combat couplé, contre-­guérilla plus que contre-­insurrection, « modèle afghan » couplant forces spéciales et aviation sont autant d’outils. En attendant que d’autres soient forgés ?

Vers la sommaire et la consultation en ligne de DSI n°155.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC, chercheur associé à l'IESD.

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