Magazine DSI HS

Les réserves rénovées : un an plus tard

Les réserves militaires ont, au cours de l’histoire, fait preuve d’évolutions permanentes, s’adaptant sans cesse au contexte et aux conflits dans lesquels elles étaient engagées. La résurgence de menaces visant le territoire national et un retour jugé potentiel aux conflits symétriques ont donné naissance à un changement de modèle de l’armée de Terre et à une nouvelle orientation visant à la « Supériorité opérationnelle 2030 ».

Les réserves de l’armée de Terre évoluent afin de répondre aux enjeux de l’engagement militaire opérationnel, de la résilience et du lien entre les armées et la nation. Un rappel historique, en préambule d’un état des lieux synthétique des réserves opérationnelles de l’armée de Terre, permettra d’apprécier le chemin parcouru et le point de départ de la réforme engagée depuis la parution de la vision stratégique du Chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT).

La rupture marquée par la suspension de la conscription

Comme la composante d’active, la Réserve opérationnelle (RO) doit constamment évoluer pour s’adapter au contexte d’emploi de la force armée. En dépit de ses mutations profondes et répétées, la réserve conserve l’image tenace, mais qui ne correspond plus à la réalité, d’un important réservoir de forces déployable sur le territoire national et rapidement mobilisable. Sans doute sont-ce les réminiscences des unités de gardes mobiles de la IIIe République et des armées de la Loire, ou encore les souvenirs de nos régiments de réserve et de réserve territoriale de 1914 et de 1939, capables de compléter et de régénérer l’active. La mise en œuvre de la Défense opérationnelle du territoire (DOT) de 1963 a assurément contribué à ancrer cette perception aujourd’hui dépassée.

En effet, la Loi de programmation militaire (LPM) de 1984-1988 prévoyait une force de 10 brigades régionales de 5 000 soldats, renforcées en temps de guerre par la mobilisation de 100 régiments départementaux de réserve. La chute du mur de Berlin et de l’URSS a sonné le glas de ce modèle de réserve. Les trois millions de réservistes recensés en 1997 sont devenus aujourd’hui, pour l’armée de Terre, un peu plus de 24 000 volontaires mobilisables au titre de la Réserve opérationnelle de premier niveau (RO1).

Pour la France, la fin de la conscription en 1996 marque aussi celle de l’armée de masse ; les régiments de réserve sont dissous. La LPM de 1997-2002 voit alors la mise en place d’une réserve d’emploi. Plus moderne et mieux entraînée, elle se trouve intégrée à l’armée professionnelle d’active. Elle permet de conserver un lien avec la population civile en dépit de la suspension du service national. C’est la naissance des deux familles de réservistes qui existent encore aujourd’hui : la RO1 d’abord, qui regroupe les volontaires issus de la société civile, avec ou sans expérience militaire, et qui ont signé un contrat d’engagement à servir dans la réserve ; la RO2 ensuite, réserve dite « de disponibilité », qui est constituée des anciens militaires ayant quitté le service depuis moins de cinq ans.

Une remontée en puissance débutée en 2014

La réduction des budgets alloués aux armées, entre 2008 et 2014, impacte le format de la réserve. Mais en 2015, les efforts budgétaires consentis par la nation à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire ont permis la remontée en puissance de la réserve opérationnelle, principalement engagée pour la protection du territoire national. La cible, alors fixée à 24 000 réservistes opérationnels, est atteinte au cours de l’année 2019. L’armée de Terre puise dans cette réserve une ressource essentielle, en particulier pour des postes nécessitant une expertise de niche.

Une rénovation profonde nécessaire

Pensée dès l’origine pour être employée en complément de l’active, en particulier pour la fonction protection sur le territoire national, la réserve opérationnelle a aujourd’hui atteint son effectif cible et doit dorénavant se durcir pour entamer le virage vers des engagements plus durs.

Une réserve d’efficience

Les deux tiers de l’effectif de la RO1 servent au sein des Unités élémentaires de réserve (UER) des régiments. Pour l’essentiel, ils contribuent à la protection de leurs concitoyens sur le territoire national, en particulier au sein de l’opération « Sentinelle ». Le dernier tiers donne corps aux Compléments individuels (CI). Ils sont recrutés pour leurs compétences ou leur expérience et comptent aussi d’anciens militaires d’active. Les CI sont comparables à une « agence d’intérim » de l’armée de Terre, tout en étant absolument indispensable à son fonctionnement courant, et ne représentent pas une ressource mobilisable en vue de constituer une masse de manœuvre.

Parmi les réservistes des UER, nombreux sont ceux qui sont quotidiennement engagés dans les missions de protection du territoire national ; leur contribution, qui peut être renforcée sur préavis d’un mois, a déjà atteint 8 % de l’effectif total du contrat « Théâtre national » au cours des cinq dernières années. Aussi le poids de la réserve opérationnelle est-il significatif dans les opérations intérieures conduites par l’armée de Terre.

Le renforcement du modèle de RO1, lancé en 2020, vise à dégager davantage de disponibilité opérationnelle, en simplifiant les procédures administratives et en mettant l’accent sur la formation au sein des unités. L’objectif est d’accroître le nombre de réservistes opérationnels qui atteignent le Standard opérationnel de 1er niveau (SO1). Il s’agit du niveau de qualification qui atteste de la maîtrise des missions communes de l’armée de Terre et autorise le déploiement du personnel sur le territoire national, en particulier au sein de l’opération « Sentinelle ».

La RO2 : une ressource complémentaire essentielle

Du temps de la conscription, tout citoyen masculin était considéré comme rappelable sous les drapeaux pour le service de la France jusqu’à ses 35 ans. Cette relative disponibilité impliquait, pour une partie, de participer régulièrement à des activités militaires, notamment des exercices. De nos jours, tout militaire ayant quitté le service actif depuis moins de cinq ans et n’ayant pas dépassé la limite d’âge de réserve de son grade est légalement rappelable en qualité de réserviste. Ainsi, la RO2 représente un effectif potentiel de 30 000 anciens militaires d’active susceptible de s’ajouter aux plus de 24 000 réservistes de la RO1. Les procédures de rappel de la RO2 font actuellement l’objet de réflexions en vue de leur amélioration.

L’ambition 2020-2030

Après l’effort quantitatif de réalisation des effectifs, l’attention se porte aujourd’hui sur l’effort qualitatif à consentir pour permettre aux réserves de poursuivre la montée en puissance souhaitée, en particulier dans le cadre de la haute intensité.

État final recherché

La vision stratégique du CEMAT, déclinée par un plan stratégique, exprime l’ambition de mettre à la disposition de la France une armée de Terre durcie, prête à faire face aux chocs les plus rudes jusqu’à l’affrontement majeur et apte à emporter la décision. Ainsi, il s’agit désormais, considérant la réserve opérationnelle, de garantir ses aptitudes à participer aux efforts de l’armée de Terre, jusque dans un contexte de haute intensité, en lui offrant un supplément de capacité opérationnelle, une résilience renforcée et sa juste place dans les efforts de cohésion nationale.

L’objectif est de disposer à terme d’une masse de manœuvre plus importante, plus autonome et mieux territorialisée. Elle devra bénéficier d’une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie de notre société, être apte à couvrir si nécessaire tout ou partie du contrat opérationnel de protection du territoire national et à s’engager, au besoin, au-delà de la fonction protection.

Lectures offertes

Lectures offertes

Afin de permettre une meilleure compréhension des évènements qui frappent aujourd'hui l'Ukraine, nous partageons GRATUITEMENT les derniers numéros des nos magazines DIPLOMATIE et DSI consacrés à la géopolitique et aux forces militaires russes. Bonne lecture !

Bienvenue sur Areion24.news,
le portail d'information dédié aux relations internationales et aux questions de Défense des publications d'Areion Group. Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions géopolitiques et stratégiques publiés dans nos différents magazines.

Votre panier