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Titan : le futur de la haute intensité

Techno-guérillas tenant en échec des armées régulières, retour de conflits de grande ampleur, démocratisation et généralisation des drones, agressions cyber combinées à la manœuvre : les conflits au Liban, en Ukraine, en Irak ou dans le Haut-Karabagh illustrent des tendances de fond de la conflictualité qui s’accéléreront dans les décennies à venir. Alimentées par les stratégies de puissance et la diffusion de technologies aux applications militaires potentiellement disruptives, ces tendances sont de nature à modifier en profondeur les formes de confrontation à l’horizon 2035-2040.

Pour l’armée de Terre, ces évolutions posent des défis majeurs : comment combattre face à un adversaire équivalent, sinon supérieur technologiquement et/ou numériquement ? Comment opérer dans un champ de bataille contesté où ses capacités de commandement, de coordination et de manœuvre seront ciblées ? Quelles sont les technologies de rupture qu’elle doit absolument capter ou développer pour conserver des forces aéroterrestres performantes ? Quelles interactions seront nécessaires avec les autres composantes de milieux (mer, air et espace) et avec ses alliés ?

Depuis l’été 2020, ces questions et d’autres encore, déterminantes pour l’avenir de nos forces aéroterrestres, font l’objet d’une vaste étude lancée par l’État-­major de l’armée de Terre (EMAT) et menée conjointement avec l’État-major des armées (EMA) et la Direction générale de l’armement (DGA) : le projet Titan.

Titan, la réponse de l’armée de Terre aux besoins stratégiques et opérationnels

Titan est le projet capacitaire structurant de l’armée de Terre pour les quinze prochaines années. Il se propose d’étudier les évolutions nécessaires du segment de décision et de la connectivité aéroterrestre par une approche globale et cohérente (1). Titan doit répondre au double défi de la conflictualité future : combattre un adversaire à parité et pénétrer et opérer dans les espaces contestés.

Titan doit permettre aux forces aéroterrestres de jouer pleinement leur rôle, dans le contexte dégradé rappelé dans l’actualisation stratégique de 2021. Dans une ère d’ores et déjà marquée par le continuum compétition/confrontation/affrontement et des stratégies de puissance souvent ambiguës, les forces aéroterrestres constituent un outil essentiel pour renseigner, forger des alliances, prévenir et dissuader en amont des crises, puis pour agir avec force si nécessaire. Or la remise en cause de l’ordre établi par de grandes puissances ou des puissances régionales crédibilise l’hypothèse d’un conflit de grande ampleur, auquel il faut se préparer en retrouvant de l’épaisseur, c’est-à‑dire une masse critique qui permettra en ou hors coalition, de compter, de durer et de vaincre.

Cette masse sera d’autant plus importante que n’est plus garantie la suprématie technologique. Échappant au contrôle des États, la diffusion des technologies et l’augmentation des budgets de défense rendent des capacités de pointe accessibles à des puissances moyennes, voire à des groupes non étatiques. La fin du confort opératif qui en découle pour les puissances occidentales modifie profondément les conditions de l’engagement, face à des adversaires désormais capables de contester l’accès à un ou plusieurs milieux ou champs (terre, air, espace, mer, cyber, électromagnétique).

Une réponse aux défis du champ de bataille futur

Avec Titan, les forces aéroterrestres doivent donc se préparer à pénétrer de force et à opérer dans des champs de bataille fortement défendus, où leurs capacités et celles des autres composantes de milieux pourraient être partiellement entravées. Opérer dans de telles conditions nécessite une intégration poussée des effets entre les différents milieux et champs et une grande résilience, notamment face aux cyberattaques, aux agressions électromagnétiques et au brouillage PNT (2). Ainsi, l’interopérabilité entre la bulle de connectivité terrestre et celles des autres milieux (air, mer, cyber, espace) est centrale dans la conception de la connectivité de Titan. Pour bénéficier de l’appui des autres composantes, les forces aéroterrestres devront contribuer à créer les conditions permettant l’emploi de celles-ci, par des moyens de renseignement, de ciblage et de frappe à longue distance. Faute de pouvoir créer ces conditions, elles devront pouvoir opérer seules.

À l’horizon 2040, face à des attaques de natures nouvelles (haute vélocité, attaques saturantes, munitions téléopérées, attaques dans les champs immatériels (3)), Titan devra compléter SCORPION avec des forces plus puissantes, mobiles et protégées (combat de contact, artillerie, défense sol-air d’accompagnement, etc.). Ces forces, constitutives du segment de décision, devront tout d’abord intégrer les nouveaux systèmes qui se multiplieront sur le champ de bataille et transformeront la physionomie des combats (en particulier la robotique et les petits objets volant dans la basse couche). Il faudra également prendre en compte les menaces que ces systèmes pourraient constituer, en développant des protections adaptées (lutte anti-­drone, défense sol-air d’accompagnement, protection collaborative, hard-kill, etc.).

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