Malgré les sanctions prises par l’Union européenne (UE) et les États-Unis contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, le rouble ne s’est pas effondré et connaît une embellie face au dollar et à l’euro. Comment, avec une inflation galopante et une économie qui se contracte, Moscou parvient-il à protéger sa monnaie ?
Pour le Kremlin, le rouble est, avec la distribution de passeports russes, un instrument de souveraineté sur les territoires nouvellement conquis. Ainsi, la Crimée, dès son annexion en mars 2014, puis les oblasts de Donetsk et de Louhansk, tenus par les séparatistes du Donbass, sont passés au rouble. Les autorités russes tentent de l’imposer en lieu et place de la hryvnia ukrainienne dans la région de Kherson, au nord de la Crimée, le rouble étant également adopté par les deux régions séparatistes de Géorgie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Il est également utilisé dans la Transnistrie moldave, aussi sous tutelle politique, économique et militaire russe. Son usage est pourtant moins répandu que le rouble soviétique, en circulation dans toute l’URSS de 1922 à 1991. À partir de 1992, le rouble russe le détrône progressivement jusqu’en septembre 1993, mais les pays de l’ex-Union soviétique le remplacent par la création de leur propre monnaie.
Réputé stable dans les années 2000, le rouble est en crise à l’automne 2014, perdant la moitié de sa valeur en quelques semaines. Cette dévaluation est en partie due aux sanctions économiques européennes prises après l’annexion de la Crimée et surtout à la baisse du prix du pétrole à l’échelle mondiale, entraînant crise et inflation en Russie. La monnaie russe est ensuite revenue au plus haut face à l’euro et au dollar depuis 2015, grâce aux réserves de change et à la remontée des cours. À la suite de l’invasion de l’Ukraine du 24 février 2022 et des nouvelles sanctions occidentales contre la Russie, le rouble a dévissé durant quelques jours avant de remonter pour atteindre son plus haut niveau : le 30 juin 2022, il fallait 52 roubles pour un dollar, contre 138 le 8 mars.
Il peut paraître paradoxal qu’un pays qui connaît une forte récession (estimée à - 11,2 % en 2022) dispose d’une monnaie performante. Cette dynamique est liée à une politique volontariste du Kremlin, qui oblige les exportateurs russes à déposer 80 % de leurs recettes à la Banque centrale pour les échanger contre des roubles, et contraint les acheteurs de gaz russe à payer en roubles, favorisant la circulation de cette monnaie et donc la hausse de sa valeur. Elle est aussi liée à une réduction de la dépendance économique et financière de la Russie à l’Occident. Moscou s’attache à maintenir un faible niveau d’endettement, un budget équilibré, et à verser le surplus de la rente énergétique dans des fonds souverains atteignant 628 milliards de dollars en décembre 2021 et permettant de résister aux sanctions.
Dans ses échanges commerciaux, la Russie diminue sa dépendance à l’UE, qui reste son principal partenaire, au profit de la Chine. Les Vingt-Sept ont compris que la fragilité russe tenait à sa dépendance à la rente énergétique et se sont accordés pour interdire plus des deux tiers des importations du pétrole russe et atteindre une réduction de 90 %. Un embargo suffisant pour déstabiliser le rouble ?















