Magazine Space International

« Notre engagement dans la gestion des crises revêt une importance capitale »

En ce qui concerne la défense, de nombreuses technologies spatiales peuvent être utilisées à des fins civiles et militaires. Nous ne travaillons que sur des applications à des fins pacifiques en accord avec notre Convention, mais nous reconnaissons que la plupart des solutions peuvent avoir des applications duales. A commencer par la météorologie, l’observation de la Terre en général ou les systèmes de positionnement précis développés dans le cadre de GALILEO.

Quant à la précision, lors de la formation d’ambassadeur spatial animée par Connect by CNES, il a été évoqué que le CNES envisageait de passer à une résolution de 10 centimètres dans un avenir proche.

Cela ne veut pas dire qu’elles seraient disponibles pour tous. Il est remarquable de constater que pendant longtemps, la France n’autorisait pas Airbus à vendre des images avec une résolution inférieure à un mètre, alors qu’elles étaient déjà disponibles via des moyens américains. Cela pose la question de l’utilisation des outils disponibles, notamment en matière de défense, utilisation qui peut être différente de ce qui était prévu initialement.

Lorsque l’on examine la situation aux États-Unis, ne constate-t-on pas une tendance selon laquelle les start-ups et les entreprises cherchent à obtenir des subventions ou des financements, voire à s’implanter là-bas, afin de bénéficier d’une plus grande liberté et de favoriser une croissance accrue ?

Concernant l’innovation en Europe, bien que la recherche puisse être plus aisée aux États-Unis en raison de leur financement plus important, l’Europe a accompli beaucoup avec un budget moindre. Il est essentiel de maintenir des technologies avancées en Europe et de soutenir les start-ups pour rester compétitif.

Quelle est votre perception de la position de la France ou de l’Europe dans ces domaines de sécurité, de gestion de crise, et éventuellement de prévention ? Considérez-vous que la France soit un modèle en matière de politique spatiale ?

La France dispose du plus gros budget spatial en Europe et est active dans tous les domaines, mais d’autres pays européens ont également des domaines d’excellence. En effet, les pays ayant des budgets spatiaux plus faibles ont soutenu le développement de niches économiques par le biais de l’assistance aux industriels, leur permettant ainsi de devenir des leaders dans certains domaines spécifiques. Cela leur a ouvert la voie à la conclusion de contrats et à des investissements dans ces secteurs.

Concernant l’ESA, bien qu’elle ne soit pas autorisée à faire du commerce, elle soutient le développement d’applications et de services à travers des partenariats public-privé, y compris pour les domaines de la sécurité et de la gestion de crise, et depuis toujours. Il est essentiel de tenir compte des besoins des utilisateurs dans le développement de ces initiatives, même si cela relève souvent des entreprises elles-mêmes. L’accent est mis sur l’utilisation efficace des fonds publics et sur la maximisation de l’impact socio-économique.

Comment l’ESA prend-elle en compte les préoccupations et les besoins des utilisateurs dans le développement de ses initiatives ?

Lorsqu’il s’agit d’un secteur commercial, c’est à l’industriel de déterminer quels sont les besoins susceptibles de favoriser les ventes. Les États n’interviennent pas directement auprès des utilisateurs ; certains États ont cependant mis en place des comités interministériels permettant à tous les ministères, y compris ceux utilisant les services, de donner leur avis. Les décisions politiques de l’État concernant les programmes de l’ESA sont ainsi influencées par ces échanges avec d’autres ministères tels que l’agriculture, mais cela dépend de chaque État et de sa volonté de lier ces initiatives aux politiques nationales. Pour certains États, l’intérêt est principalement d’ordre industriel, plutôt que l’utilisation effective des technologies développées par leurs entreprises. Cependant, nous estimons de plus en plus important de se concentrer sur les utilisateurs, car de nombreux États souhaitent des retombées plus importantes de l’utilisation des fonds publics. L’objectif est d’optimiser l’utilisation des ressources en faisant en sorte que les résultats soient utilisables par le plus grand nombre, que ce soit dans le secteur public ou privé.

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