Le retour de la conflictualité de haute intensité en Europe oblige les Alliés, à titre national et au sein de l’OTAN, à effectuer un effort considérable de remise à niveau de leurs forces armées et de leurs modes opératoires. Comme le rappelle le concept stratégique de l’OTAN de 2022, les Alliés se sont engagés à mettre « à disposition, chacun pour sa part et collectivement, tout l’éventail des forces, capacités, plans, ressources, moyens et infrastructures nécessaires à la dissuasion et à la défense, y compris au combat multidomaine de haute intensité contre des compétiteurs à parité [peer-competitors] disposant de l’arme nucléaire (1). »
Dans le domaine aérien, la préparation à un conflit de haute intensité implique à la fois d’opérer et de survivre dans la durée, et d’assurer la liberté d’action opérationnelle des forces aériennes pour mener des opérations défensives et offensives contre un agresseur. Dans ce contexte, et même si des budgets accrus permettraient une certaine remontée en puissance numérique des forces aériennes alliées, il n’en demeure pas moins que ces dernières s’appuient sur un nombre limité d’appareils concentrés sur un nombre historiquement bas de bases aériennes, et dotés de moyens comptés en munitions.
La survivabilité de ces moyens, en particulier face à des adversaires capables de soutenir dans la durée des campagnes de frappes suffisamment précises et dans la profondeur, constitue donc un enjeu majeur, comme le démontre actuellement le conflit en Ukraine. À cela s’ajoute une difficulté supplémentaire, liée au faible nombre de moyens de défense aérienne et antimissile disponibles dans les forces armées alliées, combinés à des coûts d’acquisition et de mise en œuvre élevés. Si le nombre de moyens défensifs disponibles est appelé à s’accroître significativement dans les prochaines années, notamment du fait de son haut niveau de priorité dans la planification capacitaire otanienne, il serait néanmoins irréaliste de faire reposer la protection des bases aériennes alliées uniquement sur une approche de défense active.
Dans ce contexte, le concept Agile combat employment (ACE), suscite un intérêt croissant et apporte des éléments de réponse utiles face à ces défis. Il constitue en outre un sujet de convergence entre les travaux nationaux français et ceux de l’OTAN, pour le bénéfice de tous.
Origine, définition et valeur ajoutée
Selon la définition qui en est donnée sur le site de l’Allied Air Command (AIRCOM) de l’OTAN, l’ACE est un « schéma de manœuvre opérationnelle conçu pour améliorer la résilience et la capacité de survie tout en générant de la puissance aérienne à partir de bases d’attache et de lieux géographiquement dispersés (2) ». La définition américaine (cf. Air Force Doctrine Note 1‑21, ACE, 2022) est similaire, mais insiste par ailleurs sur la nécessité d’exécuter cette manœuvre à une vitesse dépassant le rythme opérationnel de l’adversaire.
Comme l’explique une note récente du Centre des études stratégiques aéro-spatiales (CESA) sur le sujet, « il s’agit de disposer en tout temps d’un réseau de points d’appui fiabilisés, activables sous très faible préavis, qui puissent supporter une manœuvre de dilution rapide des moyens aériens et des structures de commandement et de contrôle [on notera que ces bases primaires, secondaires et tertiaires peuvent se situer tant sur le territoire national que sur celui d’un allié, voire d’un partenaire]. Cette agilité permettant de manœuvrer plus rapidement que le cycle décisionnel adverse a pour effet de saturer les capacités de renseignement et de compliquer le processus de ciblage de l’adversaire (3) ». En dispersant les opérations aériennes et en minimisant la dépendance aux grandes bases aériennes traditionnelles, l’ACE permet aux forces aériennes de continuer à opérer même en cas d’attaques ciblées sur leurs infrastructures principales. La guerre en Ukraine illustre la réalité de ce risque opérationnel.














