Le 9 avril 2021, Korean Aerospace Industries (KAI) a présenté pour la première fois au public le KF-21 Boramae, issu du programme KF-X. Fruit d’un programme lancé en 2015 incluant une participation indonésienne, l’appareil a bénéficié d’un appui américain pour sa conception – conséquence d’un offset lié au choix du F-35. Depuis lors, le chasseur sud-coréen a poursuivi son programme d’essais et voit l’intérêt à son égard grandir.
Ayant effectué son premier vol le 19 juillet 2022, le KF‑21 Boramae (anciennement KF‑X) est le fruit d’un long effort, mené depuis 2001, afin de disposer d’un appareil devant remplacer les F‑4 et F‑5 en service en Corée du Sud. Sa version biplace a effectué son premier vol, d’une durée de 34 minutes, le 20 février 2023. En janvier de la même année, un monoplace avait réalisé pour la première fois un vol supersonique. Le programme d’essais en vol, poursuivi de manière ininterrompue, concerne quatre monoplaces et deux biplaces, dont le dernier a effectué son premier vol en juin 2023. Jusqu’ici, tous les domaines de vol, de jour comme de nuit (y compris le ravitaillement en vol), et des essais de séparation d’armement ont été conduits sans problèmes majeurs. KAI recevait la première commande, pour 20 appareils du Block 1, en juin 2024, pour un montant équivalent à 1,41 milliard de dollars (soit environ 70,5 millions par appareil), sachant qu’une deuxième commande, également pour des appareils du Block 1, devrait intervenir cette année.
Un programme sans problèmes majeurs ?
Le programme est particulier à bien des égards. D’une part, il est incrémental : les Block 1 seront les premiers à entrer en service et seront spécialisés dans la supériorité aérienne, avec de premières livraisons attendues en 2026, année du lancement de la production en série. Le développement se poursuivra dans les années 2020 avec le Block 2, pleinement multirôle, en vue d’une entrée en service à partir de 2032 – Séoul entendant pour l’heure commander 120 appareils. Une version d’attaque électronique sur la base de la version biplace, suivant une logique semblable à celle de l’EA‑18 Growler, est également envisagée, de même qu’une version export avec la possibilité pour les clients de modifier les configurations logicielles de l’appareil – la précision de l’industrie sud – coréenne est intéressante au regard de ce qui a été observé sur le F‑35. Enfin, une variante intégralement furtive est également évoquée. De facto, les Block 1 et Block 2 renvoient à une vision maîtrisée de la furtivité et de ses trade-off sur la conception et les contraintes induites. Pour l’heure, si l’avion a des formes furtives, il n’est pas doté de soutes, les missiles air-air sous le ventre étant encastrés.
D’autre part, le programme a d’emblée été ouvert à la coopération sur deux points essentiels. Lorsque Séoul a lancé son appel d’offres pour un nouveau chasseur, l’une des conditions pour les soumissionnaires était de participer au développement du KF‑21. Lockheed Martin l’ayant emporté avec le F‑35, la firme a appuyé la DAPA (Defence acquisition program administration) et KAI – en ayant l’expérience d’une coopération précédente sur le T‑50 Eagle. La coopération a d’emblée été établie également avec l’Indonésie, qui a participé aux coûts de développement du programme avec la perspective d’un achat futur ainsi que de retombées industrielles avec la production sur place de 48 appareils. L’affaire n’a pas été sans difficulté. L’accord entre Séoul et Djakarta stipulait ainsi que la première prenait à sa charge 80 % des coûts de développement (eux – mêmes répartis à 60 % pour le gouvernement et 20 % pour KAI), initialement envisagés à 4,96 milliards d’euros. L’Indonésie devait contribuer à hauteur des 20 % restants, soit 1,04 milliard, mais n’a payé qu’à peine 260 millions, arguant de difficultés de financement.
Finalement, si KAI a réussi à réduire les coûts de développement à 4,66 milliards, le retard de paiement indonésien est tel que la DAPA a envoyé dix courriers à l’administration indonésienne en 2024, qui n’a répondu qu’à trois. En 2024, une proposition de réduction de la part indonésienne a également été formulée, à 367,62 millions d’euros. Il faut y ajouter, entre – temps, un intérêt politiquement affiché par l’Indonésie à l’égard du Kaan turc qui pourrait faire douter de l’intention de Djakarta d’effectivement acheter les 48 KF‑21 prévus… Du côté sud – coréen, le déficit de financement devrait être supporté par l’État et KAI, mais les négociations avec ce dernier sont ardues du fait de la volonté gouvernementale de faire peser une plus grande part sur les épaules de KAI – en sachant alors que le coût total de l’implication de l’avionneur dans la R&D du KF‑21 serait de sept fois son dernier bénéfice annuel.














