Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Entre innovation, collaboration et méfiance : l’intelligence artificielle ou le reflet de relations internationales incertaines

Dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité, la perte de confiance et l’incertitude, les enjeux de l’intelligence artificielle et, plus largement, de la cybersécurité, sont aujourd’hui démultipliés.

L’intelligence artificielle fait parler d’elle sous toutes ses formes : IA, IA générative, machine learning, apprentissage automatique, etc. Cette composante structure désormais notre société de manière graduelle et réunit de nombreux enjeux sociétaux, économiques, politiques, militaires, diplomatiques et géopolitiques.

Cette innovation technologique, seulement à ses prémices en 2025, suscite en effet à la fois coopération à travers la volonté de développement technologique, mais aussi méfiance entre les différents acteurs internationaux, en tant que réel avantage stratégique de déstabilisation.

Considéré comme le cinquième terrain d’affrontement après le terrestre, le marin, l’aérien et le spatial, la cybersécurité est au cœur de nos paradigmes internationaux. Cyberattaques entre Israël et Iran dans le cadre de la guerre israélo-palestinienne récente, coupure de câbles sous-marins en Norvège en fin d’année 2024, coopération interétatique policière pour faire tomber des réseaux cybercriminels…, la cybersécurité redéfinit constamment les relations internationales et nous pousse à nous interroger sur la place des technologies numériques au sein des rapports internationaux, et notamment celle de l’IA.

Le cyber, nouvel objet des relations internationales

Le cyberespace bouleverse nos repères et nous pousse à redéfinir la conception traditionnelle que nous avons des relations internationales.

Si l’on étudie ces relations internationales à travers le prisme des conflits, le cyberespace a longtemps été considéré comme une simple condition sous-jacente de ces derniers. Aujourd’hui, il correspond à une nouvelle forme de conflit moderne, reconnu respectivement par les différentes organisations militaires, en témoignent les conflits récents sur le front israélo-palestinien ou celui russo-ukrainien.

Le cyberespace, et notamment l’IA, met au défi le champ d’étude que sont les relations internationales, et ce, pour plusieurs raisons :

 le cyberespace est un objet récurrent, présent peu importe la conjoncture internationale mais, pour autant, très opaque. De plus, c’est un espace en constante mutation où chaque État dispose d’un niveau technologique différent ;

 parallèlement, le concept de cyberespace reste complexe à maitriser car il ne correspond pas réellement à la définition classique de Clausewitz avec des critères de violence et de finalité politique qui ne sont pas toujours explicites et des origines et objectifs souvent ambigus (1) ;

 les frontières du cyberespace en elles-mêmes sont floues et brouillent ainsi celles entre guerre et paix, alliés et opposants, civil et militaire, politique intérieure et internationale ;

 à cela s’ajoutent des perceptions différentes du fait cyber selon les États. Aux États-Unis, le cyber est perçu comme un domaine soutenant les activités économiques et sociétales. En revanche, la Russie et la Chine le considèrent comme un outil d’intimidation et de déstabilisation des sociétés adverses. Les principales menaces viendraient ainsi perturber leur stabilité politique et sociale du régime.

Le débat autour du terme « cyberguerre » illustre bien cette confusion. Bien qu’aucun conflit cyber majeur n’ait encore éclaté, le terme est largement employé dans le vocabulaire courant pour décrire un large éventail d’opérations et y est souvent associé dans les médias à un registre presque apocalyptique.

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