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Forcés de partir, forcés de revenir ? Naviguer à travers l’instabilité au Moyen-Orient

Depuis des décennies, les guerres, les génocides et les catastrophes naturelles ont redessiné le paysage du Moyen-Orient, forçant des millions de personnes à se déplacer à l’intérieur et au-delà de la région.

La région abrite certaines des plus grandes populations de réfugiés au monde, principalement en raison de la guerre civile syrienne, qui a contraint plus de 5,6 millions de personnes à fuir vers les pays voisins (Turquie, Liban, Jordanie). Cette crise a établi plusieurs records tragiques : la Turquie est devenue le plus grand pays d’accueil de réfugiés au monde, avec 3,5 millions de Syriens ; le Liban a le plus grand nombre de réfugiés par habitant ; la Jordanie abrite le camp de réfugiés de Zaatari, le plus grand au monde.

Au-delà de la crise syrienne, le Moyen-Orient continue d’héberger un grand nombre de réfugiés irakiens, dont beaucoup ont fui vers la Jordanie, le Liban et la Syrie en raison des conflits successifs qui ont frappé la région tels que la guerre Iran-Irak, la guerre du Golfe, l’invasion menée par les États-Unis en 2003 et la montée de l’État islamique. Beaucoup d’Irakiens qui avaient initialement fui vers la Syrie ont été à nouveau déplacés en 2011 par la guerre civile. De la même façon, les réfugiés yéménites ont cherché à fuir dans des pays comme l’Arabie saoudite (1) et l’Égypte, échappant à près d’une décennie de conflits dévastateurs.

Quant aux réfugiés palestiniens, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), chargé de la protection et du bien-être des réfugiés palestiniens, vient aujourd’hui en aide à plus de 5,9 millions de personnes à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie. Déplacés depuis 1948 (Nakba) et 1967 (guerre des Six Jours), de nombreux Palestiniens ont acquis une nationalité partielle dans les pays d’accueil, mais des millions d’entre eux continuent de vivre dans des conditions précaires sans solution permanente.

Les pays de transit comme la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, la Mauritanie ainsi que la Turquie et, plus récemment, le Liban, sont devenus des portes d’entrée pour les réfugiés cherchant à obtenir l’asile en Europe. Des pays qui étaient autrefois considérés comme des refuges sûrs pour les déplacés fuyant la guerre se sont progressivement transformés en pays de transit en raison de l’hostilité croissante à l’égard des réfugiés, des pressions sociales et de l’instabilité politique.

Depuis le 7 octobre 2023

Au Liban, les bombardements israéliens ont forcé les habitants à fuir tant au sein même du territoire qu’au-delà de la frontière, vers la Syrie. À Gaza, suite à l’attaque du Hamas, le 7 octobre, les Palestiniens se sont retrouvés sans issue face aux frappes aériennes israéliennes, Israël ayant fermé ses frontières, tandis que l’Égypte restreignait fortement les déplacements via le point de passage de Rafah, n’autorisant que l’entrée limitée de l’aide humanitaire. En novembre 2024, la guerre avait déplacé presque toute la population vers le sud. Selon les estimations de l’ONU, 1,9 million des 2,2 millions d’habitants de Gaza ont été contraints de fuir à plusieurs reprises, certains jusqu’à dix fois ou plus.

Lorsque la guerre d’Israël contre le Liban a commencé en octobre 2024, des milliers de réfugiés syriens ayant cherché refuge dans le Sud du Liban ont été confrontés à un choix impossible : fuir à nouveau et faire face à un déplacement interne au Liban ou retourner en Syrie, là où leur sécurité restait incertaine. Les organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch, avaient maintes fois alerté sur le risque pour les personnes retournant en Syrie d’être arrêtées, torturées et de « disparaitre » sous le régime de l’ancien président Bachar el-Assad (2). Toutefois, rester au Liban impliquait également de nombreux risques et une grande incertitude. Les tensions à l’égard des réfugiés étaient déjà en hausse, de nombreux Syriens ayant rapporté avoir été exclus des abris au profit des déplacés libanais.

En 2024, les déplacements au sein de la région n’ont pas cessé d’augmenter. À la fin de l’année, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a rapporté que plus de sept millions de personnes demeuraient déplacées à l’intérieur de la Syrie, sans compter celles qui avaient commencé à revenir des pays voisins. Des schémas similaires de déplacements ont été observés en Libye, en Irak, en Turquie, en Cisjordanie et à Gaza, au Yémen, et plus récemment au Liban, où l’instabilité croissante a forcé de nombreuses personnes à quitter leur domicile à la recherche de sécurité.

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