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Les sociétés militaires privées : vers une privatisation de la guerre ?

Quelles sont, selon vous, les principales évolutions possibles à court et moyen terme dans ce secteur ?

Aujourd’hui, nous observons déjà des cas où certaines SMP se retrouvent face à face sur un même théâtre d’opérations. L’exemple le plus emblématique est celui de l’Ukraine, où des SMP russes « affrontent » des SMP occidentales. Ce type de configuration pourrait se reproduire dans d’autres conflits à venir.

Le cas de Taïwan est souvent cité comme un scénario plausible. Certes, Taïwan n’utilise pas directement de SMP au sens strict, mais le territoire accueille déjà de nombreuses sociétés étrangères spécialisées dans la sécurité. Si Pékin décide un jour de reprendre le contrôle de l’ile, il est tout à fait envisageable que des SMP chinoises soient mobilisées en soutien à l’Armée populaire de libération (APL), par exemple pour assurer un blocus maritime.

Le secteur maritime, justement, constitue une zone de développement dynamique pour les SMP chinoises. Des sociétés telles que China Security Technology Group, China Overseas Security Group, Hua Xin Zhong An (Beijing) Security Service Co. Ltd., VSS Security Services, ou encore Zhongjun Junhong Security Service Co. Ltd., y sont de plus en plus actives. Le modèle des SMP, loin de reculer, s’ancre durablement dans les dynamiques sécuritaires contemporaines. Et les chiffres le confirment : le marché mondial de la sécurité privée est en pleine expansion. Les projections économiques tablent sur 338,3 milliards de dollars en 2030, et jusqu’à 385,35 milliards d’ici 2032.

Le recours à ces sociétés répond à un besoin croissant de spécialisation. Les institutions sécuritaires peinent à couvrir certains domaines très techniques. C’est là que les SMP trouvent leur place.

Un acteur à surveiller de près dans les années à venir est l’Ukraine. À l’issue du conflit, on verra émerger une nouvelle génération d’anciens combattants dotés de compétences avancées, aussi bien dans le maniement de matériels d’origine soviétique et occidentale que dans l’usage des drones. Ces profils, formés au combat dans des conditions extrêmes, seront hautement qualifiés pour intégrer ou fonder de nouvelles SMP. Des deux côtés du conflit, Russes comme Ukrainiens alimenteront ainsi le marché mondial de la privatisation de la sécurité et de la défense.

Quant à la question de savoir si le maintien de la paix peut être un marché pour les SMP, il ne s’agit en réalité pas d’un terrain inédit pour elles. Dès 2010, les Nations Unies avaient déjà dépensé 72 millions de dollars pour des prestations fournies par des sociétés privées. Dans ce contexte, il n’est pas tant question de morale que d’efficacité : lorsqu’il s’agit, par exemple, de former du personnel humanitaire à évoluer dans un champ de mines, les institutions internationales font tout simplement appel à des professionnels. Et souvent, ce sont les SMP qui détiennent ces savoir-faire.

Propos recueillis par Thomas Delage le 16 mai 2025.

Article paru dans la revue Diplomatie n°134, « Inde/Pakistan : pourquoi la guerre ? », Juillet-Août 2025.
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