Le projet de Golden Dome de Donald Trump constitue le plus ambitieux plan de protection du territoire américain depuis Ronald Reagan. Si les progrès scientifiques et techniques ouvrent des possibilités, ce système de défense est-il vraiment réalisable, notamment en raison de son coût faramineux au regard des défis opérationnels associés ? Pourrait-il réellement protéger les États-Unis ou ne s’agit-il que d’un coup de bluff ?
En janvier 2025, le président Trump a annoncé le lancement d’un ambitieux programme de défense du territoire américain contre les missiles balistiques. Reprenant l’Initiative stratégique de défense (SDI) lancée par Ronald Reagan en 1983, le Golden Dome vise à restaurer la sanctuarisation du territoire américain, perdue depuis le survol des États-Unis par le satellite Spoutnik en 1957, au moyen d’une architecture multicouche d’intercepteurs. Outre des défis technologiques majeurs, ce projet de « bouclier impénétrable » suscite beaucoup de critiques quant à son coût.
Alors que l’administration présidentielle l’a chiffré à 175 milliards de dollars avec un déploiement d’ici à 2028, les experts considèrent que la réalisation d’un tel projet nécessitera au moins deux décennies et un budget au moins trois fois supérieur. Le Congressional budget office (CBO) avait même initialement évalué ce projet à 831 milliards de dollars pour la partie spatiale uniquement, avant de revoir ses estimations en considérant que la baisse prévisible du coût des lanceurs spatiaux d’ici à 2045 permettrait de réduire la facture à 542 milliards de dollars.
Toutefois, le CBO a tempéré cet optimisme en soulignant que le Golden Dome ne devrait pas seulement contrer les menaces d’États « voyous » comme l’Iran ou la Corée du Nord, dont les missiles intercontinentaux sont assez peu performants. Il devrait aussi arrêter des missiles bien plus sophistiqués de puissances militaires majeures telles que la Russie et la Chine, bien plus difficiles à détecter et à détruire. Cela nécessitera des intercepteurs, mais aussi des radars, des systèmes d’alerte avancée… très complexes et donc extrêmement coûteux.

Certes, le Golden Dome ne part pas de rien. Depuis 1983, les États-Unis ont déjà dépensé plus de 400 milliards de dollars pour tenter de mettre en place une défense antimissile impénétrable. La SDI comprenait déjà initialement une composante spatiale, mais elle avait été rapidement abandonnée pour des raisons techniques et parce que son coût était tellement élevé qu’un tel déploiement aurait ruiné les États-Unis. La SDI s’est donc concentrée sur les composantes terrestre et navale, avec toutefois des succès relatifs. En effet, les performances apparaissent bien plus limitées que les promesses originelles de Ronald Reagan.

La composante terrestre (ground – based midcourse defence) affiche des performances bien en deçà de celles d’un bouclier impénétrable. Sur les 20 tests réalisés depuis 1999, les intercepteurs n’ont réussi à détruire leur cible que onze fois. Certes, le score s’est amélioré au fil du temps, mais la réussite de l’interception est loin d’être garantie et il faut garder en tête que les tests réussis ont bénéficié de conditions favorables, très différentes d’une attaque sans préavis, de nuit et avec un ensemble de contre – mesures pour leurrer le système de défense, comme le rappelle l’American Physical Society (APS) (1). Le coût d’une telle défense peut rapidement devenir prohibitif s’il faut employer plusieurs intercepteurs, chacun valant 67 millions de dollars, pour détruire avec certitude une seule cible.

Les missiles Patriot ont prouvé leur efficacité, mais leur portée est limitée. Ils ne sont pas à même de protéger l’entièreté du territoire américain, comme le présuppose le Golden Dome. De même, un système Aegis ne peut défendre qu’un quinzième du territoire continental des États-Unis, ce qui est toujours mieux que le système THAAD (2). Ces systèmes ne peuvent traiter que des missiles en phase terminale, contrairement à la promesse de détruire les missiles adverses dès leur décollage. L’idéal pour intercepter un missile intercontinental est en effet de le supprimer pendant la « boost phase », mais celle-ci ne dure que de trois à cinq minutes et le missile peut être lancé depuis l’autre côté de la Terre. Les défenses au sol ou en mer ne peuvent donc traiter que la phase terminale : la seule solution est de déployer des missiles prépositionnés dans l’espace.
Intercepter un missile intercontinental depuis le sol est déjà un défi technique. Le faire depuis l’espace est encore plus difficile. Les satellites doivent être en orbite basse (à moins de 2 000 km de la Terre) pour permettre un délai de réaction suffisamment court. Toutefois, sur cette orbite, les satellites ne sont pas géostationnaires, mais tournent en permanence autour de la Terre et accomplissent une rotation complète en 90 minutes. Cela veut dire qu’un satellite ne dispose que d’une courte fenêtre de tir pour intercepter un missile venant d’un point donné au sol. Afin de garantir l’interception et protéger le territoire américain, il est nécessaire de mettre en place une constellation gigantesque.
Au regard de cette contrainte et des défis technologiques majeurs, le Golden Dome aurait une efficacité limitée, même face à une attaque de faible ampleur. Selon l’APS, il faudrait placer en orbite plus de 1 600 intercepteurs pour avoir la garantie d’arrêter un seul missile nord-coréen assez simple de type Hwansong‑18. Pour arrêter une salve de dix missiles, le nombre s’élèverait à 16 000 intercepteurs spatiaux avec un système de réponse instantané, voire à 36 000 si le Pentagone souhaitait disposer d’un délai de confirmation de l’engagement de 30 secondes. Ces chiffres sont à comparer aux 12 000 satellites tournant autour de la Terre aujourd’hui.














