Au début du siècle, la Bundeswehr décide de lancer un programme afin de remplacer son Flakpanzer Gepard devant quitter le service en 2010, et dont j’ai pu apprécier l’efficacité et la cadence de tir dévastatrice sur des champs de tir en Allemagne. Pour mener à bien cette mission cruciale, un consortium de trois firmes regroupant KMW, LFK et Rheinmetall est créé. Cette dernière qui, par la suite, deviendra le maître d’œuvre du programme, est représentée au sein du consortium par Rheinmetall Air Defence (RAD), qui n’est autre que l’ancienne firme suisse Oerlikon Contraves, absorbée par le géant allemand en 2006 et qui avait activement participé au développement du Gepard entre 1966 et 1974.
Le nouveau programme de défense antiaérienne globale, dénommé SysFla (System flugabwehr), est présenté en mars 2007 au BWB, l’agence fédérale pour la défense et la technologie, et est immédiatement validé par ce dernier. Il comporte deux projets. Le premier est le NBS (Nächstbereichschutzsystem ou futur système de défense de zones), un système statique devant protéger des emprises en opération, comme en Afghanistan, ou des bases militaires contre les menaces asymétriques et symétriques (avions, hélicoptères, drones et missiles de croisière). Le second est un système mobile dérivé du premier, installé sur des plate-formes blindées à roues ou chenillées constituant une défense antiaérienne à courte portée permettant de protéger les forces en déplacement. Il est prévu d’avoir terminé les phases de tests du système en 2014 pour un début de production planifié l’année suivante. Le cahier des charges stipule que le système doit être NLOS (Non line of sight), donc capable d’engager des objectifs non visuellement repérés par le biais de missiles, autonome, car devant être déployé en terrains difficiles et urbains, et aérotransportable en A400M, tout en ayant la capacité d’être couplé à d’autres systèmes de même nature.
Le système statique est mis au point par RAD en moins de 13 mois pour un coût de 48 millions d’euros, et testé avec succès en Turquie à l’été 2008. Le NBS C‑RAM (Counter – rocket, artillery and mortar) Mantis est né. En mai 2009, donc bien en avance sur les prévisions, deux systèmes sont commandés pour un montant de 111 millions d’euros. Le premier est livré à la Bundeswehr en janvier 2010 et sera déployé en Afghanistan dès 2011 en protection des FOB de la Bundeswehr, alors que le second système est destiné à l’instruction et à l’entraînement des maintenanciers. Ces deux systèmes sont transférés à la Luftwaffe le 1er janvier 2011 pour être envoyés à Koundounz fin 2011, mais le projet est abandonné. Ils sont ensuite déployés au Mali en 2017, mais sans leurs canons, avant d’être vendus à la Slovaquie pour 120 millions d’euros le 7 février 2023 et affectés au sein de la 11e brigade. Le système Mantis se compose de six tourelles armées d’un canon de 35 mm, de deux unités de capteurs qui comprennent un radar et des capteurs électro – optiques et d’une unité de commandement dotée de la conduite de tir Skyshield. Le système, entièrement automatisé, permet la surveillance d’une emprise sept jours sur sept et 24 heures sur 24. Il peut prendre en compte un missile à 3 km pour le détruire par ses tubes de 35 mm dont la cadence de tir est de 1 000 coups/min.
Rendre le système mobile
Le conflit qui a débuté entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan le 27 septembre 2020 a grandement accéléré le processus de développement du second projet, car il s’est caractérisé par un emploi intensif de drones et de munitions rôdeuses, à une échelle encore jamais vue. Cet emploi, parfaitement adapté aux reliefs montagneux de la région et à celui des plaines de l’Artsakh, a permis aux forces de Bakou de mener une guerre – éclair. En 45 jours, l’armée arménienne, lâchée par Moscou pour cause de planification de l’« opération spéciale » de février 2022, a été écrasée, anéantie, malgré un rapport de force favorable et le fait qu’elle était installée en défensive. Utilisés dans une zone de combat d’environ 300 km de long sur 250 km de large, montagneuse et forestière, les drones ont démontré toute la pertinence de leur emploi en permettant aux Azerbaïdjanais de s’affranchir des reliefs tourmentés tout en économisant des forces et des moyens pour l’observation et la destruction des nœuds de résistance arméniens fortement retranchés. En effet, l’emploi du drone, outre le fait d’observer, a permis le guidage des tirs d’artillerie de précision qui ont anéanti les défenses arméniennes. Cet emploi massif de l’artillerie guidée par drones laisse entrevoir un changement tactique majeur, décuplé de nos jours en Ukraine par l’ampleur des forces en présence et la taille du théâtre.














