Les Émirats arabes unis adoptent une stratégie offensive, structurée et à long terme. Ils ont développé une forte présence dans les secteurs logistiques, commerciaux et énergétiques, et cherchent à se positionner comme un acteur incontournable de la transition énergétique, notamment via la COP28. Leur implication s’étend également à des contextes plus instables, comme le montre leur rôle controversé dans le conflit au Soudan. Leurs investissements, fortement soutenus par l’État, visent à sécuriser leurs routes commerciales et à asseoir leur influence dans les chaines de valeur mondiales, notamment celles liées à l’économie verte.
L’Arabie saoudite, de son côté, suit une approche dictée par ses priorités domestiques (chômage élevé, jeunesse nombreuse). Riyad cherche à capter des ressources africaines pour alimenter ses projets industriels internes, dans le cadre de la « Vision 2030 », tout en limitant ses risques. Elle privilégie les engagements diplomatiques, le soft power religieux et l’aide au développement. Géographiquement, son influence est plus concentrée dans la Corne de l’Afrique. Cette posture s’explique en grande partie par le contexte intérieur propre au royaume, qui fait face à d’importantes pressions socio-économiques. Dans cette perspective, l’Afrique est perçue non pas comme un espace d’importance géostratégique, mais comme un espace ou elle peut prendre ce dont elle a besoin. Elle est identifiée comme un pilier de la « Vision 2030 » saoudienne, dans la mesure où elle peut fournir les ressources nécessaires aux ambitions industrielles du pays. Par ailleurs, Riyad privilégie l’acquisition d’entreprises africaines déjà établies plutôt que la construction de nouvelles infrastructures.
Contrairement à l’Arabie saoudite, le Qatar ne mise pas sur une implantation large ou multisectorielle. Parmi les trois monarchies du Golfe, le Qatar a le moins besoin de diversifier son économie, en raison de la solidité de son modèle basé sur le gaz naturel. Il concentre ses efforts sur des secteurs ciblés, notamment l’exploration gazière, pour maintenir sa position de leader mondial du gaz. Depuis le blocus de 2017, Doha a intensifié ses recherches de nouveaux partenaires en Afrique, via des investissements dans l’aviation (Qatar Airways) et les infrastructures gazières (GNL). Cependant, son engagement en Afrique reste encore limité et en phase exploratoire. Le Qatar privilégie les investissements limités mais ciblés, notamment dans les projets climatiques et sociaux. Contrairement à ses voisins, il est moins impliqué dans les grandes infrastructures ou la sécurité et adopte une approche basée sur des partenariats sélectifs pour rester très attentif à la gestion du risque financier.
Les investissements massifs des Émirats, de l’Arabie saoudite et du Qatar en Afrique profitent-ils réellement au développement local, ou maintiennent-ils des logiques de dépendance économique ?
Les investissements de ces pays en Afrique subsaharienne ne cessent de croitre. S’ils comblent le désengagement relatif des bailleurs occidentaux, ils soulèvent aussi des questions sur leur contribution réelle au développement local et le risque de perpétuer des logiques de dépendance.

En 2022 et 2023, les pays du Conseil de coopération du Golfe ont injecté collectivement près de 113 milliards de dollars en investissements directs en Afrique, soit davantage que sur toute la décennie précédente. Ces capitaux ciblent des secteurs à fort enjeu : infrastructures, énergie, climat, transport logistique, ou encore minerais critiques.













