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L’islam sunnite dans la Syrie post - Al-Assad: vers une nouvelle recomposition ?

La chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, et la dissolution du parti Baas marquent la fin de décennies de domination d’un modèle politique officiellement « laïque », mais exerçant un contrôle sur l’islam sunnite majoritaire (70 % des 24,17 millions de Syriens en 2024) et entretenant avec les minorités des relations fondées sur une logique verticale et clientéliste. Avec la prise de pouvoir par la Hayat Tahrir al-Cham (HTC), le champ religieux connaît des mutations : médiatisation de figures connues, émergence ou mise en visibilité de nouveaux acteurs et leur politisation croissante.

Si les communautés minoritaires, notamment alaouite et druze, sont traversées par des dynamiques d’autonomisation et de polarisation, cherchant à redéfinir leurs rapports au nouveau pouvoir, l’islam sunnite fait l’objet d’une réorganisation marquée à la fois par la revalorisation de sa place sociale et religieuse dans l’espace public et par une restructuration institutionnelle. Malgré une situation sécuritaire instable, ces évolutions révèlent les ambiguïtés de la politique religieuse de la HTC, oscillant entre continuité et rupture.

Un islam soumis

Les relations entre le pouvoir baasiste et les dignitaires sunnites ont été marquées par des tensions et des confrontations. À son arrivée au pouvoir en 1963, le Baas instaure un contrôle direct sur les autorités religieuses sunnites : transfert au Premier ministre et au ministre des Waqf (biens religieux indivisibles) des prérogatives du Haut Conseil des Waqf, notamment en matière de nomination et de révocation des imams. La désignation du grand mufti devient également encadrée par l’État : bien que fondée sur une élection par des figures religieuses, elle est soumise à l’approbation du Conseil des ministres, puis contrôlée par le ministre des Waqf dès 1967. Cette captation de l’autorité religieuse aboutit à une subordination des muftis au pouvoir politique, comme en témoigne le cas d’Ahmad Kaftaro (1915-2004), mufti de la République de 1964 à sa mort. Son successeur, Ahmad Badr al-Din Hassoun, proche de Bachar al-Assad, occupait cette fonction jusqu’à sa suppression en 2021.

Si le régime des Al-Assad a adopté une politique visant à réintroduire l’islam sunnite dans l’espace public – construction de mosquées, diffusion d’émissions télévisées, lancement de médias islamiques publics –, ses relations avec les dignitaires religieux reposaient sur la cooptation et l’instrumentalisation. L’objectif était de renforcer sa « légitimité », comme en témoigne la création, au milieu des années 1990, d’instituts de mémorisation du Coran. Il s’agissait aussi d’élargir l’assise du régime en intégrant des figures influentes, à l’instar de Mohamed Saïd Ramadan al-Bouti (1929-2013), professeur à la faculté de charia de l’université de Damas. En 2011, ce dernier qualifiait les manifestants de « voyous ne connaissant rien à la prière ».

Cette stratégie a entravé l’émergence d’un islam structuré en dehors de l’islam étatique, mais elle n’a pas empêché le développement de dynamiques sunnites reposant davantage sur des personnalités charismatiques. La révolution de 2011 a constitué une opportunité pour des acteurs religieux de s’émanciper de la tutelle du régime et de s’établir dans les zones échappant à son contrôle, notamment dans le nord du pays. C’est dans ce contexte qu’a émergé le Conseil islamique syrien (CIS), créé en 2014 à Istanbul. Il rassemblait alors des dignitaires et prédicateurs issus d’écoles de pensée « modérées » de tendance soufie. Son président, Oussama al-Rifai, connu pour ses prises de position contre Bachar al-Assad, avait été arrêté en 2011, puis contraint à l’exil en Turquie l’année suivante.

Quelle restructuration ?

Dans la province d’Idlib, la HTC s’est dotée dès 2017 de ses propres structures, dont le Haut Conseil des fatwas, créé en 2019 et présidé par Abdel Rahim Atoun. Ce dernier ne se contentait pas d’émettre des avis justifiant les décisions politiques : il fut l’architecte principal de nombreuses transformations du mouvement. Il a légitimé la rupture avec Al-Qaïda, tout en jouant un rôle central dans l’évolution idéologique et stratégique de la HTC. Abdel Rahim Atoun a insisté sur la nécessité de placer l’intérêt du djihad syrien au-dessus des priorités d’Al-Qaïda ; la révolution passait avant tout. Les relations entre le CIS et la HTC n’ont pas toujours été harmonieuses. Dans un communiqué publié le 3 janvier 2018, le premier a condamné les actions de la seconde ; de son côté, Abdel Rahim Atoun a critiqué les positions du CIS, notamment l’élection d’Oussama al-Rifai en tant que grand mufti de Syrie en novembre 2021, alors que Bachar al-Assad venait de supprimer le poste du mufti de la République.

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