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CAESAR. Les leçons de trois ans de guerre en Ukraine

La logistique des munitions d’artillerie est également un objectif prioritaire. La première conséquence de l’omniprésence des drones et des MTO est que l’attrition des munitions est beaucoup plus importante que dans les conflits précédents. Il est donc nécessaire de constituer des stocks plus volumineux qu’autrefois, ce qui pèse sur les budgets d’acquisition. De plus, tout véhicule qui manifestement transporte des munitions d’artillerie est ciblé, et tout particulièrement les véhicules de 
ravitaillement spécialisés, leur silhouette étant le plus souvent caractéristique. Pour cette raison, les munitions sont actuellement transportées par les deux adversaires dans des véhicules banalisés et en très faible quantité afin de ne pas risquer une perte volumineuse.

Enfin, la disponibilité opérationnelle devient un paramètre de survivabilité. Le taux de disponibilité opérationnelle des canons fortement automatisés est deux fois inférieur à celui de canons qui ne le sont pas, comme le CAESAR ou l’AS90. Ils doivent donc être réparés plus fréquemment et, pour ce faire, être transportés vers l’arrière, parfois sur porte – chars, via des axes logistiques sous surveillance quasi permanente de l’ennemi. À l’été 2024, des unités de maintenance ukrainiennes interdisaient l’évacuation de véhicules avant minuit et après quatre heures du matin. Devoir attendre de longues heures pour les évacuer réduit encore la déjà faible disponibilité de matériels trop fragiles.

Plus globalement

L’omniprésence des drones a un pouvoir dissuasif qui impacte fortement la manœuvre de l’artillerie. Dans un secteur où la présence d’un drone ennemi a été détectée, il est essentiel qu’une pièce d’artillerie reste silencieuse. Une partie de la mission de contre-batterie est donc réalisée puisque son but est d’empêcher l’artillerie ennemie de tirer. Cela rappelle le pouvoir dissuasif des avions de patrouille maritime alliés envers les sous – marins allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale (15). À l’arrivée d’un avion, le sous – marin plongeait, réduisant ainsi sa vitesse. Il ne pouvait plus suivre le convoi. Il n’était pas forcément nécessaire de le détruire pour l’empêcher de nuire.

Le drone est plus dissuasif que la MTO, puisqu’il permet de déclencher soit une frappe de MTO, soit une frappe d’artillerie, avec par exemple des obus guidés par laser contre une position enterrée dans laquelle se trouve une pièce d’artillerie. Seul un nombre important de pièces permet de disposer de multiples solutions de tir. Un nombre réduit de pièces (à cause de leur coût d’acquisition élevé) contraindra de choisir entre ne pas exécuter la mission ou risquer la destruction de certaines d’entre elles. C’est là l’un des avantages du CAESAR, dont le coût d’acquisition représente entre un quart et la moitié de celui des pièces automatisées. Il s’agit de l’un des effets indirects de la simplicité de son architecture. Alors que nous sommes entrés dans l’ère de l’attrition, précédemment décrite, ce paramètre est plus important que jamais.

Un nombre élevé de pièces pourra également compenser l’indisponibilité technique de celles en réparation, en permettant de disposer de canons de rechange. La principale cause de panne est l’abondance de capteurs électroniques, plus présents dans les canons automatisés. Une autre cause d’indisponibilité des pièces est l’arme elle-même, à cause de l’usure ou de la fragilité éventuelle de la culasse. C’est l’un des points forts du CAESAR, dont la culasse à vis a prouvé sa robustesse, y compris à longue portée, ce qui est particulièrement important pour les 155 mm 52 Cal (16). Si plusieurs pièces ont une architecture inspirée de celle du CAESAR, son arme est unique et l’un des facteurs contribuant à son excellente disponibilité opérationnelle.

Les partisans des canons automatisés estiment que l’automatisation a précisément pour but de compenser le manque d’effectifs et donc que des pièces de rechange ne pourraient être armées. Les équipes de pièces de ces systèmes automatisés dont le taux de disponibilité est faible pourraient armer des systèmes de rechange pendant les réparations, mais leur coût élevé ne permet pas d’envisager des matériels de rechange. Surtout, un matériel immobilisé deux fois plus de temps pour réparations nécessite deux fois plus de maintenanciers. Ajoutons enfin que certaines pièces d’artillerie automatisées qui dépendent d’un véhicule de ravitaillement en munitions automatisé cumulent la fragilité des deux systèmes. Si chaque système n’est disponible que 30 % du temps, il est peu probable que les périodes d’indisponibilité coïncident.

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