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CAESAR. Les leçons de trois ans de guerre en Ukraine

Beaucoup de pièces d’artillerie continuent aujourd’hui d’être développées comme si la guerre en Ukraine n’avait jamais existé, basées sur des paramètres de sauvegarde antérieurs à 2022. L’excellente survivabilité du CAESAR en Ukraine malgré, peut-on dire, son très bon niveau de disponibilité opérationnelle, est due à son architecture particulièrement bien adaptée aux conditions de la contre – batterie moderne. Cette architecture a été imaginée au début des années 2000, donc bien avant la généralisation des drones et l’apparition des munitions planantes, et c’est presque par hasard qu’elle se trouve la mieux adaptée aux conditions de la guerre d’aujourd’hui. Le plan d’équipement de l’artillerie ukrainienne de novembre 2024 comportait, pour la partie canons autoportés, 91 % de CAESAR et de Bohdana (17). Si cette architecture n’était pas adaptée, après trois ans de guerre, la proportion serait tout autre.

Si les moyens antidrones vont s’améliorer, drones et MTO vont modifier durablement la contre – batterie, et les caractéristiques de simplicité et de robustesse du CAESAR continueront d’être un atout. Surtout, les nouveaux moyens accentuent les niveaux d’attrition des matériels terrestres (véhicules, munitions, carburants) jusqu’à des distances importantes de la ligne des contacts. Dans cette nouvelle guerre d’attrition, l’un des mérites du CAESAR est de permettre à la fois la masse et de conserver des ressources pour la lutte antidrone ou pour l’acquisition de drones, de MTO et de munitions d’artillerie. Plus que jamais, l’équilibre des budgets d’acquisition des équipements de défense est à la fois nécessaire et complexe à réaliser ; et dans ce domaine aussi, le CAESAR est particulièrement bien adapté à la guerre moderne.

Notes

(1) Aujourd’hui, cette proportion est estimée à 15 % pour le CAESAR et à plus de 50 % pour les blindés chenillés et autres systèmes tourellés.

(2) Le faible pourcentage de destruction de quelques systèmes est dû à une très faible disponibilité opérationnelle. Évaluer la capacité à survivre d’un système d’armes est inséparable de la prise en compte de sa disponibilité opérationnelle : que dire d’un système fort peu détruit, mais qui passerait l’essentiel du temps dans les ateliers de réparation ?

(3) La performance de cette unité commandée par le colonel Lanovyi est principalement due à l’excellence des artilleurs qui la composent, mais peut-être pour une certaine part aussi à la qualité du CAESAR.

(4) Le terme de contre-artillerie paraît plus juste.

(5) Ce qui suffit à neutraliser une pièce.

(6) Même si de nouvelles versions peuvent contenir jusqu’à 5 kg.

(7) Contre-intuitivement peut-être, le premier avantage du CAESAR est que l’équipe de pièce peut tirer depuis l’extérieur. Elle peut le faire parce que l’ordinateur de tir se situe à l’arrière, et parce qu’elle comprend 4 ou 5 personnes.

(8) Cela s’applique aussi aux lance-roquettes, qui sont toujours frappés sur le pod munitions par les MTO.

(9) Une pièce emportera rarement 100 % d’obus explosifs, plutôt de l’ordre de 80 %, mais le nombre de charges sera toujours le même. Le réapprovisionnement en munitions se fera avant que la pièce ait tout tiré, peut-être à 25 % de capacité, ce qui représente toujours un volume de matière active considérable.

(10) Il faut notamment tenir compte de la durée de trajet du projectile, des délais de désignation de l’unité de tir, de la mise en batterie du canon ennemi…

(11) En 1943, le ciblage et la destruction des sous-marins ravitailleurs en munitions et en carburant, les MilchKühe, a fortement réduit l’efficacité des U-Boots. Patrick Beesly, Very Special Intelligence: The Story of the Admiralty’s Operational Intelligence Centre, 1939-1945, Seaforth Publishing, 2020, p. 384-385.

(12) Le K10, par exemple, transporte 104 obus, et donc potentiellement 832 kg d’explosif et 2 184 kg de poudre.

(13) De nombreux blindés chenillés contiennent près d’une tonne de carburant.

(14) https://​www​.areion24​.news/​2​0​2​1​/​0​7​/​3​0​/​a​r​t​i​l​l​e​r​i​e​-​l​e​s​-​n​o​u​v​e​l​l​e​s​-​c​a​p​a​c​i​t​e​s​-​p​o​u​r​-​p​a​r​a​l​y​s​e​r​-​l​e​s​-​a​x​e​s​-​l​o​g​i​s​t​i​q​u​es/

(15) Peter Padfield, War Beneath the Sea, John Wiley&Sons Ltd, Londres, 1998.

(16) Le volume de la chambre contenant la poudre propulsive est plus important.

(17) Pour 3 % de blindés chenillés et 6 % de canons automatisés.

Légende de la photo en première page : Un CAESAR français en Pologne. La mobilité n’est pas le seul avantage de ce type de formule. (© Karolis Kavolelis/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI n°181, « Face à la Chine : le Japon peut-il sauver Taïwan ? », Janvier-Février 2026.
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