Magazine Diplomatie

L’indépendance coréenne, tributaire des sphères d’influence et des intérêts des grandes puissances

Aujourd’hui, en raison de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, Washington et Pékin font pression sur la Corée du Sud pour qu’elle prenne parti. La nouvelle selon laquelle certains Chinois traitent la Corée du Sud comme un État subordonné a ajouté des tensions dans la relation sino-coréenne, provoquant un mécontentement public en Corée du Sud. Néanmoins, l’importance de la Chine en tant que pays voisin de la Corée ne cesse de croitre dans de multiples domaines, ce qui rend toute caractérisation simple de la relation bilatérale difficile.

Si le nationaliste chinois Tchang Kaï-chek soutenait l’indépendance de la Corée, quelle était la relation entre les mouvements d’indépendance coréens et les communistes chinois ? Comment le changement de régime chinois en 1949 a-t-il affecté la relation post-indépendance entre la Corée et la Chine ?

Les mouvements d’indépendance coréens s’étendaient à travers diverses idéologies, méthodes et stratégies. Nationalistes, socialistes, communistes, anarchistes et autres militants de l’indépendance luttaient à leur manière pour la libération de la Corée et poursuivaient leurs propres objectifs. Ils différaient quant au type de pays qu’ils voulaient construire après l’indépendance, mais demeuraient unis dans l’objectif de vaincre l’impérialisme japonais et d’obtenir la libération nationale. C’est pourquoi tant de militants indépendantistes coréens ont coopéré avec le Parti communiste chinois. Lorsque la République populaire de Chine émergea en 1949, la Corée du Sud capitaliste (République de Corée) s’aligna diplomatiquement avec Taïwan (République de Chine) et rompit ses liens avec la Chine communiste pendant de nombreuses années, jusqu’à l’établissement de relations diplomatiques officielles en 1992.

Propos recueillis par Thomas Delage le 18 aout 2025.

Notes

(1) À ce sujet, lire Jean Lévesque, « Staline s’en va-t-à l’Est : la campagne de l’Armée rouge en Extrême-Orient (aout-septembre 1945) », Diplomatie n135 (septembre-octobre 2025).

(2) Cette expression a également été utilisée pour justifier l’intervention chinoise dans la guerre de Corée, car on craignait que la défaite de la Corée du Nord (les « lèvres ») n’ait des conséquences négatives pour la Chine. Cette expression a également irrité Pyongyang, car elle reléguait la Corée du Nord à une position subordonnée vis-à-vis de la Chine. Mais pour la Chine, la Corée du Nord n’a pas seulement été un tampon et un bouclier contre les forces étrangères hostiles, elle a également été une vulnérabilité (https://​rebrand​.ly/​6​l​o​c​3yt).

Légende de l’illustration en première page : Caricature de 1887 intitulée « Une partie de pêche » et représentant la convoitise de la Chine, du Japon et de la Russie pour la Corée. Alors qu’en 1880, la Chine des Qing mettait en garde la Corée, tributaire de Pékin, contre la menace russe et l’invitait à maintenir des relations amicales avec le Japon — alors considéré comme trop faible économiquement pour constituer une menace — et à rechercher une alliance avec les États-Unis pour faire contrepoids à la Russie, les Américains refusèrent, lors de leur négociation avec la Chine, d’accepter que la Corée soit sous dépendance chinoise. (DR)

Article paru dans la revue Diplomatie n°136, « Les États-Unis de Donald Trump : une puissance prédatrice en déclin ? », Novembre-Décembre 2025.
0
Votre panier