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Penser la stratégie. Stratégie nucléaire : la « prolifération amicale » selon Elbridge Colby

Elle ne concerne pas la Chine et la Russie de la même façon, même après février 2022, tout simplement parce que la Russie n’est plus considérée comme capable d’exercer une réelle hégémonie régionale. C’est la raison pour laquelle, dans ce même discours du 12 février à l’OTAN, qu’il faut lire attentivement entre les lignes, Colby a bien confirmé que Washington « continuer[ait] à fournir la dissuasion nucléaire étendue des États-Unis », tout en mentionnant sept fois le mot conventionnel. Et, surtout, en mettant en rapport, quelques lignes plus loin, « l’approche à deux volets » des années 1970 et 1980 (la période de la détente durant laquelle son grand – père William Colby servit la présidence Nixon comme directeur de la CIA) et les « efforts du président Trump » pour « négocier la fin de la guerre tragique en Ukraine ». L’OTAN « 3.0 » est donc à double détente, si l’on ose dire : elle impliquerait aussi, et selon toute apparence, une approche plus diplomatique des relations avec la Russie (13).

Lire Colby nous fait en définitive soupçonner que les efforts des alliés européens des États-Unis pour se doter d’un potentiel atomique propre sans remettre en question l’Alliance atlantique auront toutes les chances de se heurter au refus, voire aux rétorsions de Washington. La Pologne n’est pas la Corée du Sud, et la Suède compte bien moins que le Japon. La question n’est pas seulement celle du TNP en tant que traité. Mais bien la manière dont le TNP, en tant qu’aristocratie conventionnelle, reflète les intérêts nationaux américains eux – mêmes : « La non – prolifération, note Elbridge Colby, aide les États-Unis à conserver l’influence dont ils jouissent en tant que l’une des seules puissances nucléaires et l’une des deux seules superpuissances nucléaires ». Le parallèle avec la France est donc fallacieux : en 1960, le TNP n’existait pas. Et l’on peut penser que si la Pologne et l’Allemagne veulent la bombe, elles ne l’auront qu’en affrontant les États-Unis. Au risque de faire éclater l’Alliance atlantique.

Notes

(1) Remarks by Under Secretary of War for Policy Elbridge Colby at the NATO Defense Ministerial (As Prepared), 12 février 2026, US Department of War [en ligne].

(2) « Elbridge Colby: ‘NATO Is Actually Stronger Than Ever.’ », entretien avec Ravi Agrawal, Foreign Policy, 14 février 2026.

(3) Cité dans Victor Jack, « Top US official calls for ‘NATO 3.0’ », Politico, 12 février 2026.

(4) Remarks by Under Secretary of War for Policy Elbridge Colby at the NATO Defense Ministerial, art. cité.

(5) Johannes Kibsgaard, « Is it Time for a Nordic Nuke? », War on the Rocks, 26 janvier 2026.

(6) « President calls for Poland to seek nuclear deterrent », Notes from Poland, 15 février 2026.

(7) Johannes Kibsgaard, « Is it Time for a Nordic Nuke? », art. cité.

(8) Elbridge Colby, « Choose Geopolitics Over Nonproliferation », 28 février 2014.

(9) Elbridge Colby, Strategy of Denial, Yale University Press, New Haven, 2021, p. 279.

(10) Ibid.

(11) Ibid., p. 277.

(12) Ibid, « Preface », p. xiii.

(13) Remarks by Under Secretary of War for Policy Elbridge Colby at the NATO Defense Ministerial, art. cité.

Légende de la photo en première page : Le HMS Vanguard. Disposer d’une dissuasion nucléaire signifiait pour Londres qu’elle devait être étroitement coordonnée avec Washington. (© Crown Copyright)

Article paru dans la revue DSI n°182, « Les effets de la guerre électronique », Mars-Avril 2026.
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