Notre singularité, c’est d’avoir fait de l’énergie un service public, pas une simple marchandise. Ce mot a un sens : il implique une continuité, une solidarité, une responsabilité. Il affirme que l’électricité, comme l’eau ou la justice, n’est pas une variable d’ajustement, mais une condition de dignité. C’est cette idée que la régulation française, avec ses tensions, ses équilibres et ses contradictions, continue de porter — y compris dans les zones les plus contraintes du territoire national.
Ce que la France propose aujourd’hui, en s’appuyant sur ses ingénieries, ses régulateurs et ses territoires d’expérimentation, c’est un appui aux États qui veulent rester maitres de leurs choix. Pas pour les encadrer, mais pour leur transmettre des outils, des cadres, des méthodes. Pour qu’aucun ne soit contraint de choisir entre dépendance technologique et isolement stratégique.
C’est une forme de diplomatie nouvelle. Pas un retour en arrière, mais une projection de notre tradition dans le monde qui vient. Une manière de dire que la liberté, l’égalité et la fraternité peuvent aussi s’écrire en langage énergétique. Et qu’au XXIe siècle, le vrai progrès est celui qui permet à chacun de décider chez lui, en responsabilité.
La France ne propose pas une leçon. Elle propose une voie. C’est cela, un nouveau siècle des Lumières.
Notes
(1) Ce texte propose une lecture stratégique des recompositions énergétiques mondiales à partir de l’expérience française de régulation et de service public. Il s’inscrit dans une démarche de réflexion prospective. Il n’engage pas la position institutionnelle de la Commission de régulation de l’énergie, mais vise à éclairer les enjeux techniques et géopolitiques de la transition énergétique.
(2) Antoine Joubeau, « Nucléaire civil : du Burkina Faso à l’Égypte, quelle influence russe en Afrique ? », TV5 Monde, 15 octobre 2023 (https://rebrand.ly/64f09e).
(3) David Dollar, « Understanding China’s Belt and Road infrastructure projects in Africa », Brookings, septembre 2019 (https://rebrand.ly/7zs73hg).
(4) Frédéric Simon, « Technologies propres : la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine est “problématique”, selon le commissaire au Climat », Euractiv, 14 février 2024 (https://rebrand.ly/jjl58kt).
(5) U.S. Department of State, Bureau of International Security and Nonproliferation, « Civil Nuclear Energy Initiatives », 2025 (https://rebrand.ly/flrajbw).
(6) Marianne, « Malgré l’Allemagne, l’UE classe le nucléaire parmi les “technologies stratégiques” bas carbone », 8 décembre 2023 (https://rebrand.ly/1f2125).
(7) Connaissance des Énergies, « Nucléaire et taxonomie verte : l’Allemagne “accepte d’être en désaccord” avec la France », 7 janvier 2022 (https://rebrand.ly/f0610d).
(8) Christian Harbulot, « J’attaque ! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie ? », École de guerre économique, mai 2021 (https://rebrand.ly/ohymg80).
(9) World Nuclear News (WNN), « USA announces new cooperation to support Ghana SMR plans », 3 juin 2024 (https://rebrand.ly/q5aq9hn).
(10) Yves Maigne, et al., Electrifying rural Africa. An economic challenge, a human necessity, Fondation Énergies pour le Monde, Observ’ER, 2021 (https://rebrand.ly/fc8242).
(11) The Guardian, « Guinea-Bissau’s capital has power cut off after government fails to pay electricity bill », 19 octobre 2023 (https://rebrand.ly/g77yjs3).
(12) Edwin Shri Bimo, « China’s Role in Indonesia’s Coal-Powered Industry Poses Challenge to Prabowo’s Green Goals », China Global South Project, 15 décembre 2024 (https://rebrand.ly/7k96rm7).
(13) WNN, « Vietnamese students complete Russian training », 23 février 2017 (https://rebrand.ly/ncp89yt).
(14) Sur ce sujet, voir : Lova Rinel, « Énergie en Outre-mer : enjeux d’un service public sous contrainte », Institut Terram, juillet 2025 (https://rebrand.ly/uq96ad7).
(15) Site de RegulaE.Fr : https://www.regulae.fr/.
(16) Site de MedReg : https://www.medreg-regulators.org/.
Légende de la photo en première page : Le 27 juillet 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est reçue par le président américain en Écosse, au club de golf Trump Turnberry. À l’occasion de cette rencontre, qui s’inscrivait dans le cadre de négociations commerciales suite à la menace de Donald Trump de taxer l’UE à 30 %, l’Europe s’est engagée à acheter 640 milliards d’euros de produits énergétiques américains sur 3 ans. Un chiffre jugé hors norme par rapport aux besoins énergétiques de l’Europe, sauf si Washington devait devenir l’unique fournisseur énergétique du Vieux Continent pourtant en pleine transition vers une énergie propre et en quête de diversification. (© White House/Daniel Torok)













